L’empire des cartels : le prix de l’invisible en Israël

Comment des cartels légaux ou tacitement acceptés coordonnent les prix que nous payons tous, sous le nez d’un régulateur impotant, dans un marché dont la main invisible reste désespérément introuvable. Au programme :
- Un système décrypté : les cartels
- La réforme du lait est-elle une bonne réforme ?
- Ce que réserve le projet de budget 2026 aux ménages
- Pourquoi il faut aider Kaspenu
Les cartels : l’économie invisible qui gouverne nos vies
Il y a des mots que l’on n’utilise pas assez en Israël. Pas parce qu’ils sont compliqués, mais parce qu’ils décrivent trop bien notre réalité. Le mot cartel, par exemple.
Il n’apparaît jamais dans les discours officiels, rarement dans les communiqués de presse, presque jamais dans le débat public. Dans la loi, il y a un terme un peu obscur qui est utilisé : הסדרים כובלים, qui veut dire littéralement « arrangements restrictifs ». Allez comprendre que les arrangements sont ceux des acteurs qui se combinent entre eux et que la restriction est celle de notre liberté d’accéder à un marché concurrentiel. Même après des années de travail à la Knesset, j’ai mis du temps à saisir ce que ce terme techno dissimulait. Et ce n’est pas pour rien qu’on utilise une expression aussi obscure pour décrire une réalité violente. Car ces arrangements restrictifs, ce sont en fait ce que l’on appelle des cartels. Et si on cherche à comprendre la vie économique israélienne, il faut commencer par là : les cartels sont partout.
Qu’est-ce qu’un cartel ? C’est une entente secrète entre entreprises concurrentes visant à fausser le libre jeu de la concurrence, souvent par la fixation des prix, le partage des marchés, la limitation de la production ou la manipulation des offres. En Israël certains cartels sont même légaux et organisés par l’État, comme on va le voir par la suite. J’ai choisi quelques exemples parlants mais ce sont loin d’être les seuls.
En Israël, depuis 1988, la loi sur la Concurrence économique (חוק התחרות הכלכלית) interdit noir sur blanc ce type d’ « arrangements restrictifs » (les cartels donc) :
- ententes sur les prix,
- partage de marché,
- coordination dans les appels d’offre.
Après la révolte du cottage de 2011, la Knesset a encore renforcé cet arsenal, donné à l’Autorité de la concurrence le pouvoir d’ouvrir des enquêtes pénales, de saisir des téléphones, d’imposer des amendes de dizaines de millions de shekels, d’envoyer des patrons en prison et même de déclarer un entreprise comme monopole pour la forcer à changer de comportement.
Sur le papier, tout est là. La loi existe, les sanctions existent, l’autorité existe. Ce qui manque, ce n’est pas l’arsenal juridique : c’est la volonté de l’utiliser vraiment.
Nous vivons dans un pays où les prix ne sont pas seulement déterminés par les coûts, la concurrence, la demande ou l’innovation. Non, ici une économie parallèle, invisible, s’est installée dans les interstices du système : une économie de coordination silencieuse, de signaux codés, de hausses de prix annoncées comme des bulletins météo et de décisions prises entre concurrents qui ne devraient jamais se parler.
Comme la Histadrout fut longtemps un État dans l’État, les cartels sont devenus, au fil des décennies, un marché dans le marché. Ils n’ont pas de logo, n’emploient officiellement pas de salariés, et ne publient pas de comptes annuels. Mais ils fixent nos prix, structurent nos dépenses, et impactent notre capacité à vivre dignement.
Et, comme toujours en Israël, tout commence par un peu d’histoire.
Retour aux origines : une économie construite à la pelle et verrouillée au ciment
Le jeune État d’Israël est né en 1948 dans une logique de construction intensive. Routes, logements, industries, agriculture : tout devait aller très très vite. Le pays n’avait ni capital, ni infrastructures, ni marché. Le gouvernement épaulé par la Histadrout a donc créé des structures planifiées, contrôlées, verticales, où quelques acteurs seulement participaient à la production. À l’époque, c’était une nécessité : un besoin = un produit = une entreprise (souvent nationale).
Mais la nécessité a un gros défaut : elle crée des habitudes. Et ces habitudes de coordination, de gestion centralisée, d’absence de concurrence, et disons le mot, de bosser entre copains et de « faire des combines », ont perduré bien après que le pays soit devenu une économie moderne.
Dans les années 90, après la révolution libérale et l’avènement de la Startup nation, Israël s’est modernisé ; mais dans de nombreux secteurs, un vieux réflexe est resté : pourquoi se faire la guerre (commerciale), si on peut s’arranger entre nous ?
Et comme la régulation a souvent été faible, absente ou trop compliquée pour bien fonctionner, ces arrangements sont devenus partie intégrante du paysage économique. Les cartels en Israël sont la conséquence naturelle d’un pays où le marché était – et n’est plus tellement – petit, les acteurs peu nombreux, les liens personnels très forts, et l’État souvent démissionnaire ou incompétent.
Le cartel du pain : un classique israélien
Un exemple typique : le pain. L’aliment le plus banal, le plus quotidien, celui qui traverse toutes les cuisines et toutes les classes sociales, et dont l’État a même décidé de contrôler le prix – mais pas la qualité, j’ai largement écrit sur ce sujet.
Pendant des années, des boulangeries industrielles comme Angel, Deganit et Berman ont pratiqué une forme de concurrence, disons, bien coordonnée :
- on se partageait les clients ;
- on évitait soigneusement de se marcher sur les pieds ;
- on ajustait ensemble les hausses de prix du pain standard et de la hallah lors de réunions secrètes tenues dans des arrière-boutiques.
En chœur, on protestait que le pain ahid est un produit vendu à perte – comme on siégeait aussi à la Commission de contrôle des prix c’était d’autant plus pratique, pas un pour contredire l’autre… Un vrai plaisir de bosser entre potes.
Il a fallu dix ans pour que la justice intervienne, après une enquête secrète de plusieurs années et de nombreuses écoutes. En 2018, Yaron Angel, patron d’Angel Bakeries, 1 milliard de shekels de chiffre d’affaires, a été condamné à cinq mois de prison ferme. Une peine sévère, mais pas une compensation pour les dizaines de millions de shekels prélevés indûment sur les familles israéliennes.
La question essentielle restant : comment un cartel sur le pain – le produit le plus basique du pays – a-t-il pu prospérer aussi longtemps sans que l’État ne s’en aperçoive ?
La réponse est simple : parce que le bruit ambiant en Israël n’est pas celui de la concurrence, mais celui des cris d’orfraie des entreprises de tous secteurs, qui sans cesse affirment qu’elles ne gagnent pas leur vie, sans cesse se plaignent de l’augmentation des prix des marchandises, du transport maritime, du taux de change, et créent ainsi une atmosphère générale qui vise à dire que c’est très difficile de fabriquer ou d’importer des produits basiques en Israël et de les vendre à un prix correct, le pays est une île, il est entouré d’ennemis, bla bla bla… Le seul problème, c’est les rapports financiers de ces mêmes entreprises qui montrent des taux de marge doubles ou triples de ceux pratiqués en Europe ou aux États-Unis, dans un Israël presque aussi cher que la Suisse.
Les œufs : le cartel légal, assumé, permanent
S’il existe un secteur où l’économie israélienne ressemble à un musée soviétique, c’est celui des œufs (et celui du lait dont nous parlerons plus loin dans cette newsletter) :
- quotas de production,
- prix administrés,
- importations impossibles,
- mêmes acteurs épouvantables depuis des décennies.
Le secteur entier est une construction artificielle où tout le monde sait exactement combien chacun produit, et à quel prix – lequel est défini et régi par une loi, qui définit et autorise officiellement ce cartel. Résultat : les prix des œufs en Israël sont parmi les plus élevés de l’OCDE, pour une qualité très basse et des exploitations qui sont régulièrement pointées par les organisations de défense des droits des animaux pour les conditions de vie épouvantables des poules élevées quasi-exclusivement en cages. J’ai consacré un numéro de cette newsletter au marché des œufs, lisez-le, c’est édifiant.
On a promis une réforme, on l’attend toujours, mais le lobby des aviculteurs est hyper-puissant à la Knesset et personne ne veut se le mettre à dos.
Le grand dévoilement : le cartel de l’alimentation
Mais c’est dans les supermarchés que la fiction a fini par s’effondrer. Pendant des années, on nous a raconté la même histoire poignante : les grandes enseignes ne gagnent presque rien, elles sont en guerre permanente pour gagner des consommateurs, les coupables ce sont les fournisseurs.
En 2021, à l’arrivée de la nouvelle directrice de l’Autorité de la Concurrence, Michal Cohen, bien décidée à montrer sa pugnacité, éclate « l’affaire des signaux » (פרשיית האיתותים). Un nom bien élégant pour une réalité assez hardcore : les patrons des enseignes se coordonnaient entre eux pour augmenter les prix.
Les révélations des verbatim des interrogatoires publiés par Calcalist ont dévoilé une mécanique fascinante, presque poétique dans son cynisme : un patron de la grande distribution – en l’occurrence Eyal Ravid de Victory, grand chevalier autoproclamé des prix cassés – donne une interview où il évoque des « ajustements nécessaires ». Les autres comprennent. Les fournisseurs comprennent. Les prix montent. La concurrence ? C’est pour les touristes.
Dans une conversation stupéfiante, Eyal Ravid déclare en octobre 2021 :
אני חושש מצונאמי של עליות מחירים. אין ברירה.
Je crains un tsunami de hausses de prix. Il n’y a pas le choix.
Ce tsunami n’était évidemment pas une catastrophe naturelle, mais une stratégie d’entente illicite sur les prix. Une manière de préparer le terrain, d’annoncer la hausse, d’inviter tout le monde à suivre – ce qui constitue une infraction à la loi sur la Concurrence.
Dans son interrogatoire par un enquêteur de l’Autorité de la Concurrence, un cadre de Berman résume l’essence du cartel :
אם אתם תעלו, כולם ילכו אחריכם.
Si vous augmentez, tout le monde suivra.
Voilà, tout est dit.
Dans un marché concurrentiel, on colle à la demande et on essaie de la stimuler par des prix attractifs. Dans un cartel, on suit le premier qui ose.
Il faut rappeler que ces verbatims ne sortent pas de nulle part. Ils viennent d’enquêtes très médiatisées ouvertes à partir de 2021. À leur lancement, on a parlé de « tremblement de terre » dans le secteur alimentaire, de « moment de vérité » pour les grandes enseignes. Les patrons défilaient devant les caméras, les communiqués de l’Autorité de la Concurrence promettaient un tournant historique. Et puis, en 2024-2025, presque toutes ces enquêtes ont été refermées, faute, comme toujours, de « preuves suffisantes ». Au final, malgré des milliers d’heures d’enquête, il ne reste aujourd’hui qu’une seule mise en examen. Le signal envoyé au marché est limpide : il ne faut pas parler trop fort, mais on peut continuer.
Les fournisseurs aussi ont joué un rôle clé : certains expliquaient aux enseignes de supermarchés comment « guider » le marché, comment retarder une baisse, comment s’assurer que tout le monde reste aligné. La transparence des prix, et la publicité des prix au titre de la Loi sur la transparence des prix, c’est-à-dire ces mêmes données dont se servent toutes les applications de comparatif de prix, y compris Kaspenu, même si nous en faisons un usage différent, est devenue un outil de surveillance interne : on checkait en permanence, non pas pour baisser les prix, mais pour être sûr que personne ne les baisserait trop vite.
Les voyages en Pologne : quand la mémoire devient une rente
Car il n’y a pas que l’alimentation : un cartel assez dérangeant est celui des voyages organisés en Pologne par le ministère de l’Éducation pour entretenir et rendre plus vivant le souvenir de la Shoah auprès des jeunes générations. Pour une raison assez mystérieuse, et alors que quand il le désire, le ministère de l’Éducation a bien montré qu’il peut financer par milliards des projets qui lui sont importants, ces voyages ont été privatisés et ce sont les parents qui acquittent la totalité du coût du séjour. Exemple personnel : ma fille est partie cette année avec son lycée (public), le coût était de 7. 500 shekels pour 6 jours, à charge totale des familles. Le ministère de l’Éducation affirme modérer les prix (!!) via un appel d’offres.
Entre 2010 et 2015, plusieurs agences de voyage se sont ainsi partagé les écoles, truquant les appels d’offres, déposant de fausses propositions pour cacher leur cartel. Des milliers d’élèves, des millions de shekels, et derrière tout cela, une économie parallèle sur le dos de la mémoire de la Shoah. Aujourd’hui, le ministère de l’Éducation a repris les voyages après une interruption de plusieurs années due au Corona puis à la guerre, le prix reste scandaleusement élevé et on ne peut que soupçonner que les agences qui ont gagné le nouvel appel d’offres se sont au moins consultées sur le prix.
Le cartel sans crime : l’automobile
Certains cartels n’ont même pas besoin d’être illégaux : le marché automobile israélien est verrouillé depuis des décennies par un système d’importations exclusives : une marque = un importateur, celui-ci régnant sur les prix. Pas besoin de se parler, pas besoin de se rencontrer : le système lui-même interdit la concurrence. Résultat : les voitures 30 à 50% plus chères qu’en Europe, avant même une taxe de l’État de 82%. J’ai également consacré deux newsletters au marché des voitures que je vous invite à consulter.
L’État, le grand absent
Pendant dix ans, sous Michal Halperin, l’Autorité de la concurrence s’est abstenue de déclarer le moindre monopole. Son prédécesseur, David Gilo, avait essayé de s’attaquer au duopole du gaz, puis a été poussé à la démission par Benjamin Netanyahu, grand architecte de l’accord. Rappelons que le ministre de l’Environnement de l’époque Avi Gabbay avait également démissionné et le ministre Aryeh Derhy s’était démis de son rôle face au scandale constitué par cet accord dont aujourd’hui plus personne ne se souvient.
GAZ
Le message est clair : ceux qui veulent réguler sont écartés ; ceux qui laissent faire sont promus. Aujourd’hui encore, aucune autorité israélienne ne cartographie réellement l’Économie des cartels, alors qu’elle coûte chaque année des milliards aux consommateurs. Aucune politique publique n’a pour objectif explicite de rendre le marché concurrentiel. En dehors de la réforme du lait qui n’est pour l’instant qu’un projet, aucune réforme structurelle n’a été menée dans les secteurs clés : alimentation, agriculture, énergie, automobile.
L’État n’a pas abandonné la régulation : il a abandonné le consommateur.
Un impôt sans vote budgétaire
Ce que les cartels prélèvent n’apparaît pas dans le budget. Ce n’est pas une taxe, ce n’est pas une TVA, ce n’est pas un impôt sur le revenu. C’est un impôt invisible, privé, prélevé directement sur chaque caddie, chaque facture, chaque achat.
Depuis 2021, les prix de l’alimentation ont augmenté de plus de 22% en Israël, soit à peu près deux fois plus que dans les pays développés. Ce n’est pas seulement l’inflation mondiale ou la guerre : c’est aussi, et surtout, la manière dont ce système d’ententes permet de faire passer des hausses plus fortes, plus rapides, plus durables qu’ailleurs. Un article paru dans le quotidien Globes en 2019 évoque un surcoût de près de 20% sur un panier de dépense d’un ménage, en résulat du poids des monopoles et des cartels.
Quand les prix montent « tous ensemble », ce n’est pas l’inflation (ou pas seulement) : c’est la coordination. Quand les prix ne redescendent jamais, ce n’est pas le marché : c’est la rente.
Israël détient aujourd’hui le record du monde développé de distorsion entre les prix et le pouvoir d’achat : +35%, selon l’OCDE. Ce chiffre n’est pas une fatalité : il est la conséquence directe d’un système où les entreprises se comprennent mieux entre elles qu’avec leurs clients.
L’impact sur les citoyens : la démocratie économique fissurée et le besoin de transparence
Les cartels ne sont pas simplement des mécanismes économiques. Ce sont des mécanismes politiques. Ils décident qui peut acheter quoi, à quel prix, et avec quelle dignité. Ils décident :
- si une famille pourra acheter du fromage ou du poulet ;
- si un étudiant pourra se payer une voiture d’occasion ;
- si un parent pourra envoyer son enfant en voyage scolaire sans s’endetter.
Ils déterminent notre pouvoir d’achat, notre marge de liberté, notre capacité à respirer.
Mais surtout : ils créent un sentiment d’impuissance, donnent l’impression que « c’est comme ça », que rien ne changera, que les prix sont une loi de la nature. Mais les prix ne sont pas une loi de la nature. Ce sont des décisions.
Les cartels prospèrent dans l’ombre. La première étape pour les affaiblir est de les nommer et de les décrire. C’est le rôle d’une démocratie que de surveiller les puissants. Ce n’est pas un luxe, c’est une nécessité.
Tant que nous vivrons dans une économie où ce ne sont pas les consommateurs, mais les ententes invisibles qui fixent les prix, tant que la concurrence restera une fiction et la régulation un vague souvenir, le coût de la vie en Israël ne sera pas une crise : il sera un système. Mais les systèmes, contrairement aux catastrophes naturelles, peuvent être changés.
Réforme du lait : moderniser sans abandonner
La réforme du lait portée par le ministre des Finances Betsalel Smotrich, adoptée par le gouvernement mais pas encore par la Knesset, est présentée comme un choc destiné à mettre fin à une planification fossile et inefficace du marché et à faire baisser les prix. Mais derrière les annonces, c’est un secteur entier qu’il faut regarder en face : planifié, fragmenté, verrouillé et coûteux.
La réalité est assez simple : ce sont les très petites exploitations, surtout située dans les moshavim (villages), qui tirent mécaniquement les prix vers le haut. Leur productivité est faible, leurs coûts sont élevés, et la planification leur garantit un revenu – quel que soit le coût réel pour le consommateur. Dans un marché déjà réduit, cette structure pèse lourd.
À cela s’ajoute une distorsion dont on parle peu : l’emprise de la Rabbanout sur la production, qui a un coût économique concret. En est témoin un exemple récent : le scandale de 6 millions de litres de lait jetés pendant les fêtes de Tichri, faute de pouvoir traire les vaches certains jours, selon la Rabbanout, alors que ce système est parfaitement casher dans le reste du monde pour la plupart des Juifs.
Un marché censé nourrir un pays ne peut pas fonctionner avec de tels décrets qui créent du gaspillage – honteux quand certaines familles sont en insécurité alimentaire grave – et de la pénurie, et renchérissent encore le produit final.
Pour autant, assainir un secteur n’a jamais signifié abandonner ceux qui y vivent.
Car ces exploitations, souvent situées dans des zones frontalières, sont stratégiques. La guerre l’a rappelé : ce sont des communautés qui tiennent le pays.
Alors oui, certaines exploitations devront fermer ou se regrouper, comme cela a été le cas en Europe. Mais elles doivent être aidées, accompagnées, subventionnées correctement, pas laissées seules au milieu du champ. Moderniser le marché n’implique pas d’abandonner la périphérie.
Concernant l’importation, elle jouera probablement un rôle limité : les Israéliens consomment du lait frais, pas du UHT. Les volumes importés ne bouleverseront pas le marché, mais ils peuvent créer une pression salutaire pour baisser les prix, à condition d’éviter de reproduire la catastrophe du beurre, où la libéralisation totale a fait grimper les prix.
Le passage de la loi en commission de l’Economie verra le ministère des Finances affronter le ministère de l’Agriculture vent debout contre la réforme ainsi que le lobby des producteurs de lait, l’un des plus puissants du pays.
Assainir, moderniser, protéger les consommateurs mais aussi les communautés rurales : c’est tout l’enjeu de cette réforme, si elle survit aux batailles politiques à venir.
Budget 2026 : le calme avant la tempête
Vendredi, le gouvernement a adopté le budget 2026 – mais il faut être précis : ce n’est pas encore un budget. C’est un projet de loi budgétaire, approuvé en 24h, lors d’un Conseil des ministres sans débat public, sans présentation à la Knesset, et surtout préparé sans directeur du Département budgétaire, un poste vacant depuis trois mois. Un budget sans pilote.
L’enveloppe globale atteint 662 milliards de shekels, le niveau le plus élevé de l’histoire du pays. Le déficit grimpe déjà à 3,9%, avant les correctifs et les ajouts futurs – un niveau préoccupant pour un pays dont la note de crédit a été abaissée. Et l’essentiel du bras de fer s’est déroulé sur une seule ligne du budget : la Défense. Tsahal demandait 144 milliards, le ministère des Finances n’en proposait que 93, et le Premier ministre Netanyahu a tranché en faveur d’un compromis à 112 milliards – un choix politique plus qu’économique.
Pour l’instant, tout semble étonnamment calme. Aucun impôt nouveau, aucune mesure douloureuse, aucune annonce susceptible de provoquer un tollé. Mais ce calme est artificiel : quelqu’un devra payer l’élargissement massif du budget, et les marges de manœuvre sont déjà épuisées. Les « vraies » mesures – celles qui toucheront les ménages – n’ont simplement pas encore été présentées.
La véritable bataille commencera lorsque le texte arrivera à la Knesset. C’est là que les hausses d’impôts, les coupes et les réformes différées sortiront des tiroirs. Et l’incertitude est totale, puisque les ministres ultra-orthodoxes ont démissionné du gouvernement : personne ne sait dans quelle configuration politique ce budget sera voté.
Pour l’instant, on ne voit qu’une façade.
Derrière la façade des masses budgétaires, ce qui compte vraiment, c’est à dire les choix, les renoncements, les sacrifices, reste encore dissimulé.
Je suivrai chaque étape et je vous détaillerai tout : le vrai coût, les gagnants, les perdants, et les mesures qui tomberont au milieu de la nuit quand tout le monde dort.
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Article publié sur Substack le 08/12/25.
