L’effet des sanctions américaines sur le Hezbollah

Les sanctions américaines ont beaucoup d’effet sur l’économie iranienne qui est au bord de l’asphyxie. C’est le but recherché pour mettre à genoux les dirigeants iraniens afin qu’ils acceptent de modérer leurs exigences en matière de nucléaire.

En droit international il est un principe de base des relations internationales : la souveraineté de tous les États, qui implique le droit exclusif d’exercer certaines compétences. Les États-Unis peuvent donc tout à fait décider d’interdire à leurs entreprises de commercer avec l’Iran. Mais ils ne peuvent pas interdire unilatéralement aux autres entreprises d’autres États de le faire. Hassan Rohani dénonce la «guerre économique» menée par Washington.

Mais les répercussions sur les satellites de l’Iran n’avaient pas été prévues. Les sanctions ont pénalisé de manière sensible le Hezbollah, inscrit sur la liste des organisations terroristes, dans la mesure où il reçoit moins de financement de la part de Téhéran. La milice libanaise, qui a toujours été la favorite des mollahs, a été forcée de faire des coupes importantes dans ses dépenses car l’argent ne rentre plus. Cela se traduit par la mise en congés de nombreux combattants transférés dans le cadre de réserve.

De nombreux miliciens ont même été retirés de Syrie pour raison budgétaire ce qui a dégarni les soutiens au régime de Bachar Al Assad. Pour ceux qui restent, et les cadres en particulier, de nombreux privilèges leur ont été supprimés, tels que les avantages en nature.

Les médias, comme Al Manar, ont été contraints de réduire la voilure et de mettre au chômage technique plusieurs équipes. Les programmes sociaux ont aussi subi un coup avec la baisse des distributions gratuites de médicaments et la réduction de l’aide alimentaire aux familles des combattants. Le moral est au plus bas au sein du Hezbollah. Les Américains eux-mêmes n’avaient pas mesuré l’ampleur des conséquences de leurs sanctions qui obligent le Hezbollah à tailler dans ses dépenses.

La milice libanaise n’est pas désespérée car elle a espoir de compenser ses sources de revenus par une campagne de dons et par la recherche d’autres sources de revenus. Il est question à nouveau de s’orienter vers le trafic de drogue depuis le sud Liban vers les pays européens. Conscients des difficultés, Hassan Nasrallah a décrété le Djihad financier en organisant des collectes a travers tous les villages libanais ou en déposant chez les commerçants de petites tirelires de plastique, à l’instar des boîtes bleues du KKL. De grands panneaux érigés le long de la route de l’aéroport sensibilisent les citoyens pour les pousser à des dons.

Cela explique la politique plus agressive de l’Iran contre les États-Unis qui ont révoqué les dérogations accordées à un certain nombre de pays pour importer du pétrole d’Iran, qui ont sanctionné l’industrie de la sidérurgie iranienne et classé le corps des Gardiens de la révolution comme une organisation terroriste étrangère.

Cela risque de pousser l’Iran vers des décisions extrêmes en particulier le sabotage de quatre navires de commerce dans le golfe Persique, des attaques contre les forces américaines dans la région par l’intermédiaire de milices chiites loyales à l’Iran, des attaques à l’aide de véhicules aériens sans pilote (UAV) contre des installations pétrolières saoudiennes et enfin l’escalade dans la bande de Gaza orchestrée par le Djihad islamique palestinien.

Le commandant de la force Al Qods des Gardiens de la révolution, Qasem Soleimani, vient de rencontrer des milices irakiennes à Bagdad pour leur demander «de se préparer à la guerre par procuration». Il s’est fait photographier avec Abu Mahdi al-Muhandis, commandant des unités de mobilisation populaire (milices chiites en Irak), et avec Shibl al-Zaidi, commandant du parti Shi, les milices des bataillons de l’imam Ali.

Avec le Hezbollah, tout est imprévisible. Il pourrait choisir la course en avant et se lancer dans une aventure de provocation ou de guerre pour raviver la flamme de ses militants. Mais ce serait un suicide.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps

About the Author
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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