Leçons d’Italie

DOSSIER – Giorgia Meloni au rassemblement de clôture de la coalition de centre-droit à Rome, le 22 septembre 2022. (AP Photo/Gregorio Borgia, dossier)
DOSSIER – Giorgia Meloni au rassemblement de clôture de la coalition de centre-droit à Rome, le 22 septembre 2022. (AP Photo/Gregorio Borgia, dossier)

Le populisme a le vent en poupe, on le savait, les Italiens viennent de le confirmer.

Après la Hongrie et la Pologne où les partis populistes exercent le pouvoir, après la Suède où le parti d’extrême droite a remporté les élections, c’est au tour de l’Italie de placer en tête un parti dirigé par une ex-fan de Benito Mussolini : Giorgia Meloni.

Avec 26 % des voix pour son parti, Fratelli d’Italia (Frères d’Italie), à la tête d’une coalition qui atteint 44 % des suffrages exprimés, elle devrait devenir Premier ministre.

Cette fois-ci, c’est un pays fondateur de l’Union européenne, sa deuxième puissance industrielle, qui tomberait dans l’escarcelle du populisme. Il ne faut pas s’y tromper : cela ne signifie pas que demain à Rome, les rues seront pavoisées de portraits du Duce. Giogia Meloni sait y faire. Comme Marine Le Pen en France, elle a réussi à « dédiaboliser » son parti, à le rendre plus présentable, plus européen. Comme son homologue française, elle a joué la carte juive et israélienne.

En condamnant l’antisémitisme, elle dédouane son parti de ses références historiques et attire un peu plus la vindicte sur les immigrés musulmans chez qui la haine des Juifs est très présente.

En soutenant Israël, elle rejoint la droite traditionnelle et discrédite une gauche suspecte de s’allier avec les antisionistes. Son succès a suscité les applaudissements enthousiastes d’Ayelet Shaked qui n’a pas hésité à enregistrer un message de félicitations en italien déclarant que les femmes peuvent faire beaucoup. Ce qui lui a attiré une vive réplique de Zéhava Galon, la leader de Meretz, soulignant que les femmes peuvent effectivement faire beaucoup de choses y compris amener le fascisme au pouvoir. Ayelet Shaked aimerait bien être la Giorgia Meloni israélienne. Elle partage la plupart de ses convictions et d’abord un nationalisme exacerbé.

Le problème est que dans les sondages elle fait 2 % des voix soit 13 fois moins que son modèle européen. Mais toutes les occasions sont bonnes pour faire parler d’elle. Elle espère atteindre 2,5 % dans les prochaines enquêtes d’opinion, persuadée qu’à partir de là, le Likoud l’aiderait à atteindre, le 1er novembre prochain, le seuil fatidique des 3,25 % lui ouvrant les portes de la Knesset. Ce qui permettrait au chef de l’opposition, Binyamin Netanyahou, de redevenir chef de gouvernement. Rien ne dit qu’elle réussira.

En Italie, avec 35 % d’Italiens qui ont boudé les urnes, l’abstention a atteint son maximum historique depuis la Libération. Le parti populiste a bénéficié d’une démobilisation de l’électorat modéré. C’est la deuxième leçon à retenir des élections dans la Péninsule : plus le taux de participation est faible, plus la droite de la droite en profite.

En Israël aussi, l’abstention jouera un rôle décisif, avec une Giorgia Meloni locale qui ne s’appelle pas Ayelet Shaked mais plutôt Itamar Ben Gvir…

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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