L’économie d’Israël vire à droite toute

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La nomination probable de Betsalel Smotrich à la tête du ministère des Finances laisse présager un tournant à l’extrême-droite pour l’économie israélienne.

Si le programme électoral du Sionisme religieux est resté assez vague sur les grands dossiers économiques, Smotrich a précisé dans ses interventions publiques ses convictions économiques.

La politique économique d’un parti d’extrême-droite comme le Sionisme religieux ne se limite pas à des mesures économiques néolibérales ; elle s’accompagne d’une vision ultranationaliste de la société ainsi que d’une remise en cause des infrastructures institutionnelles, ce qui n’est pas sans conséquence économique.

Durant la campagne électorale, l’alliance dirigée par Betsalel Smotrich a présenté un programme axé autour de trois mots d’ordre principaux : sécurité, gouvernance, colonisation. Des défis qui pèseront lourd sur le budget de l’Etat.

Libéralisme pur et dur

Smotrich défend un libéralisme pur et dur ; ses propositions vont très au-delà de la politique libérale lancée par le ministre des Finances Netanyahou en 2003. Selon le chef du Sionisme religieux, l’Etat doit intervenir le moins possible dans l’économie, la régulation étatique devant être réduite à son minimum.

Concrètement : le nouveau ministre des Finances prône d’abord la poursuite des privatisations. Le port d’Ashdod a souvent été donné en exemple, tout comme l’introduction de capitaux privés dans les hôpitaux publics ; le Sionisme religieux se dit aussi favorable à la création d’écoles privées qui seraient soumises à une régulation minimale de l’Etat.

Le budget de l’Etat sera un autre instrument du libéralisme de l’extrême-droite. Du côté des recettes fiscales, c’est la baisse généralisée qui est prévue : la réduction des impôts sur le revenu et sur les sociétés sera réalisée alors que, côté impôts indirects, les taxes sur de nombreux produits (comme articles en plastique) seront revues à la baisse.

Smotrich vise aussi à porter atteinte au travail organisé : les grèves dans les services publics vitaux seront interdites alors que le rôle des syndicats et comités d’entreprise sera remis en cause.

En revanche, Smotrich prévoit une « touche sociale » comme des budgets supplémentaires pour construire des logements, améliorer les transports et l’éducation ; ce qui n’empêchera pas l’augmentation des inégalités puisque les politiques sociales des partis de la droite nationaliste excluent les plus pauvres et favorisent les plus riches.

Réforme des institutions

Le discours nationaliste de Betsalel Smotrich aura aussi des conséquences économiques. Dans le monde, les dirigeants qui ont remis en cause l’infrastructure institutionnelle de leur pays, ont fragilisé le fonctionnement de la démocratie.

Par exemple, la Pologne et la Hongrie, qui ont remis en cause l’indépendance des tribunaux et supprimé un certain nombre de contre-pouvoirs, ont connu un impact économique négatif : leur croissance économique est plus faible qu’ailleurs et la corruption augmente.

La soumission du judiciaire à l’exécutif, voulue par l’extrême-droite, se traduira par des réformes concernant notamment le mode de nomination des juges, l’affaiblissement des prérogatives de la Cour suprême et l’annulation du délit d’abus de confiance ; en remettant en cause les fondements de la démocratie israélienne, le parti Sionisme religieux s’attirera les craintes de la communauté internationale.

Sur le plan économique, l’ultranationalisme à l’israélienne finira par freiner les investissements étrangers et aggravera les risques d’endettement.

Etat juif

Autre volet idéologique du Sionisme religieux : l’introduction de lois religieuses dans la législation israélienne. Smotrich affirme vouloir renforcer l’identité juive du pays, tendance qui aura un impact économique, social et démographique ; sans compter la remise en cause du droit des minorités non-juives à vivre selon leurs propres coutumes.

L’interdiction de travailler le shabbat, la réforme des conversions, la modification de la Loi du Retour, l’application des règles alimentaires de la cashrout, sont autant de mesures qui modifieront le fragile équilibre entre démocratie et religion, tout en nuisant à l’activité économique.

De même, l’augmentation des budgets publics aux écoles talmudiques et à leurs élèves pèsera lourdement sur les finances de l’Etat.

Quant à la poursuite (voire de l’accélération) de la colonisation de la Cisjordanie, son coût ne sera pas seulement économique, mais aussi politique ; de nouvelles tensions dans les relations avec les partenaires occidentaux d’Israël sont à prévoir.

Au final, l’arrivée de l’extrême-droite au pouvoir en Israël ne sera pas sans conséquence économique ; l’alliage de l’ultranationalisme, du messianisme et du libéralisme, renforcera les mesures populistes qui coûteront cher à l’économie israélienne.

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998, à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005 et au Collège universitaire de Netanya de 2012 à 2020. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Dernier ouvrage paru : "Les Années Netanyahou, le grand virage d’Israël" (L’Harmattan, 2022). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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