L’école malade des inégalités israéliennes

Le 2 septembre dernier ce sont 2 310 000 élèves qui ont effectué leur rentrée scolaire dans des établissements bien différents.

Depuis la loi de 1949, ce sont trois systèmes publics (national, national-religieux, arabe) qui coexistent avec les établissements ultra-orthodoxes officiellement privés mais reconnus par l’Etat et largement subventionnés. Les inégalités commencent là.

Les établissements (surtout chez les Bédouins), et ultra-orthodoxes (où on enseigne pas ou peu les matières fondamentales), obtiennent des résultats médiocres et font baisser la moyenne nationale, malgré une amélioration du niveau scolaire des femmes dans ces deux populations. Il n’empêche. Le pays ne cesse de régresser dans les classements internationaux (PISA), en particulier en mathématiques, en science et en lecture.

Car, un second facteur d’inégalité, social celui-là, défavorise les élèves de la « périphérie », qui n’ont pas la chance d’habiter la bande côtière, d’avoir des parents diplômés, ou qui peuvent payer plus de 1 000 shekels (environ 250 euros) par mois et par enfant pour leur offrir des activités périscolaires et des cours particuliers.

Ceci, alors que l’école publique est théoriquement gratuite pour les enfants de 3 à 18 ans. Ce recours au financement familial résulte du désengagement de l’Etat dont le budget de l’éducation mesuré en pourcentage du PIB a chuté et est inférieur à la moyenne OCDE.

Les élèves et leurs familles ne sont pas les seules victimes de ce sous-investissement : mal rémunéré (un peu plus de 7 000 shekels net au début pour 25 heures par semaine dans le secondaire), mal considéré par rapport au privé (un ingénieur gagne trois fois plus qu’un professeur de mathématiques), l’enseignement n’attire plus, et des difficultés de recrutement (particulièrement à Tel-Aviv) aggravent tous les maux.

Malgré de récents efforts – le budget de l’éducation, le second en importance après la défense en 2019, dépassera les 60 milliards de shekels ; le salaire des débutants devrait atteindre 8 000 shekels brut ; l’enseignement scientifique sera renforcé – le système scolaire israélien n’est plus au niveau nécessaire pour une économie développée.

Ni pour le « peuple du Livre ».

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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