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Le sommet de Sakhnin

Des membres de la communauté arabe israélienne manifestant contre la violence qui sévit dans leur communauté, devant le bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 9 novembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Des membres de la communauté arabe israélienne manifestant contre la violence qui sévit dans leur communauté, devant le bureau du Premier ministre, à Jérusalem, le 9 novembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La ville arabe de Sakhnin en Galilée, jusque-là surtout connue pour son équipe de football, fait désormais parler d’elle d’une autre façon : le jeudi 22 janvier, jour de grève générale dans le secteur arabe, une manifestation géante contre la criminalité s’y est déroulée avec des dizaines de milliers de participants.

À l’issue, sur pression de la foule, les représentants des quatre partis arabes se sont réunis en « sommet » à la mairie. Ils y ont pris l’engagement de négocier la présentation d’une liste unifiée lors des prochaines élections à la Knesset avec un thème de campagne majeur : dénoncer l’insécurité et l’absence de réponse conséquente du gouvernement.

Les homicides en Israël sont commis à 80% dans le secteur arabe alors que celui-ci ne représente que 21% de la population. Menaces et meurtres scandent désormais la vie de chefs d’entreprises, petites et grandes, qui voient leurs locaux partir en flammes s’ils ne payent pas pour leur « protection » ; les élus municipaux sont aussi visés – dans tous les sens du terme – s’ils refusent d’attribuer des marchés publics aux gangs ; des familles ne pouvant rembourser les prêts contractés auprès des organisations criminelles sont décimées… Des femmes et des enfants sont désormais touchés dans des règlements de comptes, des actes de vengeance. Le bilan s’alourdit chaque année : 156 morts en 2023, 220 en 2024, 252 en 2025.

À cette explosion de la criminalité, le gouvernement et les partis de la coalition donnent une explication : la société arabe serait violente par nature. Explication démentie par les faits puisque les meurtres traditionnels comme les « crimes d’honneur » sont ultra-minoritaires : moins de 10 cas par an. Et surtout, une société ne devient pas deux fois plus violente en quelques années : il y avait eu deux fois moins de meurtres en 2021 (126), contre 252, rappelons-le, en 2025. On observera par ailleurs qu’en 2022, ce nombre avait diminué de 20% (109 cas).

Il est vrai que le « gouvernement du changement » avait pris des mesures fortes, avec un vice-ministre de la Sécurité publique dédié à cette tâche, Yoav Segalovitch, qui mit en œuvre un plan combinant renseignement et coordination des services de la police, de la justice et des services fiscaux.

Avec Itamar Ben Gvir comme ministre de la Sécurité nationale du gouvernement Netanyahu, ces efforts ont été abandonnés avec un non-dit : que les Arabes se tuent entre eux ! Grâce à une forte mobilisation de leur électorat, l’union des partis arabes avait porté ses fruits dans le passé avec l’élection de 15 députés en 2020 (contre 10 au total sur des listes séparées aujourd’hui).

Si une liste unifiée connaissait le même succès en 2026, l’actuelle coalition n’aurait aucune chance de se maintenir au pouvoir. Pour Benjamin Netanyahu et les siens, le nom de Sakhnin deviendrait synonyme d’échec.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017), "La gauche a changé" (L'Harmattan, 2023). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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