Le Soft Power saoudien

Sur cette photo d'archive du 7 mars 2020, un homme passant devant une banderole montrant le roi saoudien Salmane, à droite, et son prince héritier Mohammed ben Salmane, à l'extérieur d'un centre commercial à Jiddah, en Arabie saoudite. (Photo AP / Amr Nabil, fichier)
Sur cette photo d'archive du 7 mars 2020, un homme passant devant une banderole montrant le roi saoudien Salmane, à droite, et son prince héritier Mohammed ben Salmane, à l'extérieur d'un centre commercial à Jiddah, en Arabie saoudite. (Photo AP / Amr Nabil, fichier)

L’Arabie Saoudite se méfie historiquement de l’Iran, elle souhaite donc consolider son influence régionale.

Fin 2010, le printemps arabe éclate en domino dans le monde arabe. Comme son adversaire iranien, les Saoudiens soutiennent ces mouvements dans les pays qui leur sont hostiles, la Syrie en fait partie. Ils appellent dès le début à la destitution du président Assad, à la fin de la coopération stratégique avec les Iraniens, à la destruction de la résistance libanaise (Hezbollah) et à la fin du soutien syrien à la résistance palestinienne.

Malgré ses vœux, les Saoudiens ne s’ingèreront en Syrie que vers la fin de 2012. Voyant le Qatar gagner la joute médiatique et empiler les succès politiques et militaires, le petit émirat devient surpuissant et dérange le grand frère saoudien, qui voit de très mauvais œil toute concurrence régionale, l’Arabie Saoudite entre dans la joute politico-militaire et impose son mot d’ordre.

À vrai dire, l’objectif premier était de limiter l’influence Qatarie, quitte à faire échouer les révolutionnaires islamistes de déloger le pouvoir syrien et, par ricochet, tacler la confrérie musulmane.

Le « Soft Power » au service de la géopolitique saoudienne:

Dans son livre « Dr Saoud et Mr Jihad », Pierre Conesa offre une étude très intéressante du Soft Power de ce pays : il s’agit d’un jus panaché entre une diplomatie religieuse, axée sur l’exportation du courant Salafiste-Wahhabite, et Soft Power à l’américaine, à la Hollywood.

Premier outil, le royaume instruit et finance les études des universitaires étrangers, via des bourses d’études, avec seul espoir : ouvrir des mosquées ou centres culturels et faire de la prédication. Au niveau universitaire, près des deux tiers des diplômés obtiennent un diplôme dans des matières islamiques.

Peu importe le pays ou le continent, le modus operandi ne change pas. La Wahhabisation du monde arabe change d’intensité d’un pays à un autre, selon les relations bilatérales, les tensions diplomatiques ou historiques, l’acceptation des pays recevant les aides financières du pays de cocagne et de la géopolitique mondiale dans la région.

Deuxième outil, les médias arabes, souvent basés à Londres ou à Dubaï, commandités partiellement ou entièrement par de richissimes Saoudiens ou des fondations ayant un lien avec les instances gouvernementales du pays. Ils deviennent le fer de lance de diffusion des obsessions politiques et religieuses du royaume.

Dans son livre Guerre des ondes, guerre des religions: la bataille hertzienne dans le ciel méditerranéen, René Naba offre une version intéressante de la guerre interétatique du « Soft Power », la guerre saoudienne en particulier, et celle du Golfe persique en général, après le succès de la chaine Qatarie Al Jazeera, au milieu des années 90.

Concernant la transmission des idéologies, l’Arabie-Saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis utilisent le domaine artistique d’une manière étonnante pour peser sur la société arabe.

Avec l’ouverture politique et financière des pays, au début des années 90, le secteur de la production cinématographique connait un boom inaccoutumé.

Le cas syrien et du printemps arabe.

Le cinéma syrien envahit le monde arabe, il est plus sophistiqué et porte une fraicheur aux productions arabes. Les productions syriennes deviennent donc un « Hub » et attirent les acteurs de tous horizons; donc, naturellement, le pétrodollar se dirige vers Damas. Un des premiers moyens de pression, pour réprimander le gouvernement syrien à la suite de ses réponses aux demandes des pays arabes lors du printemps arabe, était de couper tout financement des chaines du Golfe persique (MBC, Rotana, ART, Qatar Tv…) aux productions Arabes en Syrie.

La crise fut inhérente au sein de l’establishment artistique, artistes et diffuseurs syriens. Voyant la profusion et le pouvoir des bailleurs de fonds, une bonne partie des artistes arabes suit la ligne diplomatique, pro-rébellion et antigouvernemental, des chancelleries du Golfe persique, afin de garder un bon contact avec les producteurs. D’ailleurs, les artistes pro-gouvernement syrien et appuyant ouvertement le président Assad, se sont vus privés de tout passage aux émissions et productions de ces chaines.

Chaque rial dépensé compte, les milliards servent à contrôler la population, le changement dû au Soft Power se gère sur des décennies, une influence douce et constante. Pour surfer sur la vague, les mêmes pouvoirs, qui aujourd’hui mènent des contre-révolution, finançaient des productions pro-révolution.

à propos de l'auteur
Analyste politique région MENA, Walid se préoccupe particulièrement des affaires directes et indirectes concernant le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord.
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