Le sionisme à l’heure du confinement

Israël encourage le retour des Juifs sur leur Terre ancestrale conformément à la définition du sionisme, idée fondatrice de l’État d’Israël. Et chaque année des Juifs du monde entier deviennent israéliens, que ce soit par choix idéaliste ou à la suite d’insécurité forçant leur départ de leur pays d’origine.

Dans un tel pays, le confinement revêt une signification particulière. Surtout lorsque le pays a imposé des conditions d’entrée et de sortie plutôt drastiques et ne permet pas aux non-israéliens de pénétrer sur le territoire. Cela signifie que de nombreux Israéliens ont été privés de contacts avec leur famille à l’étranger depuis des mois.

Certains ont tenté d’apporter des aménagements à cette situation humaine très difficile pour des jeunes parents, des soldats seuls, ces jeunes qui viennent s’engager au sein de l’armée israélienne laissant derrière eux parents et familles. Des discussions ont eu lieu à la Knesset pour permettre des retrouvailles. Mais à des conditions très restrictives.

Je fais partie de ce groupe, de cette catégorie de personnes qui regardent avec envie les photos de ceux qui ont le luxe, même en respectant une distance hygiénique, de pouvoir s’approcher, de ne pas avoir à douter des assurances données quant à la santé des plus âgés. Et ce, malgré toute ma reconnaissance envers la technologie me permettant de voir en temps réel les miens. Ces confinements sont pour les gens comme moi une double peine.

Mais sur fond de début de campagne électorale, cet élément est capital car ses conséquences pourraient impacter de façon majeure le résultat de ces élections et de celles à venir.

Car au-delà de la situation des néo israéliens, il s’agit plus largement de la place des juifs de diaspora en Israël, de ces relations émaillées de drames, d’incompréhension, d’amour inconditionnel, parfois aveugle, de culpabilité, de responsabilité et d’engagement.

Poser la question est d’ailleurs une gageure en soi. Comment parler de place au sein de la société de non-résidants ? D’étrangers ? Comment réconcilier la vision sioniste, fondement de l’État d’Israël, le serment de venir en aide à tous les Juifs du monde, d’être un refuge pour tous ceux menacés du fait de leur identité juive et le constat que la moitié des juifs au monde vivent en dehors de l’État Juif ? Ou plus exactement comment leur offrir une place, les intégrer dans la destinée de l’État Hébreu lorsque leur quotidien n’est pas affecté par les décisions locales ? Comment assurer ce rôle central dans le destin du peuple juif que s’est donné Israël ?

Un défi unique à Israël. Un de plus…

Mais comme chacun de ses défis, la clé du succès réside dans son aspect unique, dans la capacité d’innovation d’Israël, son aptitude à inventer des solutions inédites, fort de cette richesse provenant justement de sa diversité et de ses identités multiples.

Cependant la crise du Corona a peut-être justement hâté la nécessaire résolution de cette équation. En leur interdisant l’accès au pays pour des raisons impérieuses et intelligibles, les Juifs de diaspora qui, depuis 1948 vivent avec l’assurance qu’Israël leur est accessible à tout moment ont brutalement été renvoyés à leur condition d’étrangers en Israël.

Du jamais vu en 72 ans.

Pour certains, cette situation a eu raison de leurs hésitations à s’installer en Israël et les demandes d’alyah auprès de l’Agence juive, organe chargé de l’immigration des Juifs en Israël, n’ont pas cessées. Pour d’autres, la séparation entamée est peut-être consommée. Mais en aucun cas, cette situation n’a laissé quiconque indifférent.

Alors quid des élections ? Comment cet élément s’inscrit dans une énième campagne ? Le poids des néo israéliens, les Olim, et celui des juifs de diaspora va-t-il influer les positions des partis ou des candidats ?

Le soutien politique et financier des Juifs de diaspora est crucial; nombre d’hôpitaux, d’universités et autres infrastructures sont intimement tributaires de ce soutien externe mu par sens de responsabilité et sionisme. Mais si l’on accepte que les Juifs de diaspora jouent ce rôle, pourquoi en échange ne leur octroyons un statut particulier ?

Pourquoi ne pourrions pas harmoniser les règles de reconnaissance de judéité ou tout du moins reconnaître la variété d’identités afin de conserver le statut central d’Israël au sein des destinées du peuple juif ? Il n’est pas question de laxisme ou de négation de courants ultra-orthodoxes mais de la nécessaire harmonisation des relations au sein d’un peuple qui a connu nombre de vicissitudes, dont les déchirements ont toujours précédé des tragédies, et qui vit depuis 72 ans des temps historiques auxquels il doit s’adapter.

Avec un paysage politique qui comporte des partis ultra-orthodoxes, cette question n’est pas anodine.

En revanche, devrait-on, au prix de cette nécessaire union, inclure les voix des Juifs de diaspora dans le processus de décision des questions sécuritaires ? Que des groupes se réclament en Europe et en Amérique du Nord de mouvements politiques exigeant la fin de la colonisation ou encore que d’autres prennent une part active à nos campagnes électorales en déifiant notre actuel Premier ministre, ne constituent-ils pas des entraves à notre indépendance et à notre souveraineté ?

Et finalement les Olim, les nouveaux immigrants, pris entre ces différentes cultures, un peu comme l’enfant malmené entre ses parents, quel rôle peuvent-ils jouer dans cette dynamique ?

Je n’ai pas de réponse absolue à ces questions mais je pense qu’elles devraient faire partie du débat lors des prochaines élections. En espérant que les candidats et les multiples partis en lice s’intéressent au moins autant aux préoccupations de tous les Israéliens qu’aux sondages….

à propos de l'auteur
Née à Paris, ancienne avocate au Barreau de Bruxelles, Myriam a quitté l’Europe en 2005 pour s’installer à Montréal, où elle est devenue une travailleuse communautaire au FNJ-KKL puis directrice des relations communautaires et universitaires pour CIJA, porte parole officiel de la communauté juive, avant de faire son alyah
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