Le silence des agneaux

Le ministre de la Défense Benny Gantz assistant à la première réunion du Cabinet du nouveau gouvernement au Chagall Hall de la Knesset, le Parlement israélien à Jérusalem, Israël, dimanche 24 mai 2020. (Abir Sultan / Photo de la piscine via AP)
Le ministre de la Défense Benny Gantz assistant à la première réunion du Cabinet du nouveau gouvernement au Chagall Hall de la Knesset, le Parlement israélien à Jérusalem, Israël, dimanche 24 mai 2020. (Abir Sultan / Photo de la piscine via AP)

Il a parlé ! On avait finit par croire que Benny Gantz avait renoncé à sa liberté de parole en acceptant l’accord de rotation au poste de Premier ministre.

Sur deux aspects essentiels de l’actualité depuis la formation du gouvernement, il s’était fait particulièrement discret. Après la première séance du procès de Binyamin Netanyahou, il avait même demandé à ses amis politiques de se contenter de déclarations de principe de soutien au système judiciaire.

Lors des réductions budgétaires touchant en particulier les services sociaux et de l’éducation pour financer les ministères créés de toute pièce, il s’est abstenu de toute déclaration. C’est logique : il est lui-même responsable en partie de cette inflation ministérielle, en ayant exigé la parité de la représentation entre son parti et le Likoud.

Mais le 31 mai, lors de la réunion du Conseil des ministres, il s’est exprimé sur la mort du jeune autiste palestinien survenue dans la Vieille ville de Jérusalem : « Nous sommes désolés de l’incident au cours duquel Iyad Halak a été mortellement blessé par balles et nous partageons le chagrin de la famille », a-t-il déclaré. « J’ai la certitude que ce dossier fera l’objet d’une enquête rapide et que des conclusions pourront être tirées ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahou n’a pas fait de commentaires. Qui ne dit mot consent, et en cela, le Premier ministre est fidèle à l’attitude qu’il avait adopté lors de l’affaire Elor Azaria, préférant couvrir les « bavures » des services de sécurité.

Benny Gantz s’en tiendra-t-il là ? Peut-être, d’autant qu’il est singulièrement absent de toute la gestion de la crise sanitaire et de la crise économique. Les ministres travaillistes, Amir Peretz et Itsik Schmuli, jouent ce rôle de contestation à l’intérieur du gouvernement, mais sans grand effet, leur représentation parlementaire se résumant à leurs seules personnes.

En d’autres termes, face à une opposition faible et divisée et à des alliés muets ou sans influence, Binyamin Netanyahou fait à peu près ce qu’il veut. On a peut-être ici l’explication du curieux bricolage qui a conduit à la formation de ce gouvernement : un ministère pléthorique noyant dans la cacophonie la contestation et où seule la voix du Premier ministre est audible.

La présence au gouvernement de Yemina avec de « fortes têtes » comme Naftali Benet et Ayelet Shaked aurait pu créer une sérieuse concurrence à droite. Binyamin Netanyahou a préféré s’en passer et fissurer le bloc de droite pour faire une place à des partenaires sans véritable ligne politique (Bleu-Blanc) ou trop faibles pour la faire prévaloir (Parti travailliste).

C’est en comptant sur ce silence des agneaux que Binyamin Netanyahou entend à partir du 1er juillet prochain mener à bien sa grande œuvre : l’annexion d’une partie de la Judée-Samarie.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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