Le Roi est nu

Crédit : Fonic design
Crédit : Fonic design

On se souvient tous de ce conte d’Andersen, qui raconte l’histoire d’un empereur qui se fait fabriquer par des escrocs un habit de lumière d’une beauté époustouflante, en fait l’habit n’existe pas, mais l’empereur, ses ministres et tous les courtisans invités à l’admirer font une surenchère dans leurs commentaires admiratifs de peur de passer pour des idiots en niant une fiction que l’ensemble considère comme une réalité.

Finalement, l’empereur se présente à son peuple vêtu de cette tenue imaginaire et la foule crie son enthousiasme, jusqu’au moment où un petit enfant s’exclame, ‘l’empereur est nu !’. Cette remarque, plonge la foule dans la stupeur et elle réalise  soudain l’aveuglement dont elle a été frappée.

Je me demande si ce conte pour enfant ne se réalise pas aujourd’hui dans notre pays et j’attends l’épilogue : la venue de l’enfant qui viendra déciller les yeux de notre population. En ces temps difficiles, nous devons certes être unis, il est impérieux qu’un gouvernement se forme et qu’il gère une situation inédite afin que nous soyons tous en confiance sachant que nos dirigeants prendront les bonnes décisions même si certaines d’entre elles sont impopulaires.

Nous vivons une situation dangereuse, non point du fait du corona virus mais parce que nous sommes divisés profondément en deux factions, ceux qui veulent Netanyahou à tout prix et ceux qui le rejettent inconditionnellement. Nous sommes en urgence nationale, un gouvernement d’union s’impose et chacune des parties accuse l’autre de regarder ses intérêts particuliers au lieu du bien général.

Dans notre Histoire plusieurs fois millénaires nous avons connu souvent un scénario analogue, la conclusion a toujours été dramatique pour l’ensemble du peuple. Parmi les nombreux exemples je n’en citerai qu’un seul : la fin du deuxième temple : au moment où les Romains assiégeaient Jérusalem, deux factions parfois trois, se livraient entre-elles un combat sans merci sous les yeux des Romains !

Un clan dit : ce que ‘la gauche’ ne peut obtenir par des élections démocratiques, elle cherche à l’avoir en utilisant le système judiciaire, l’autre clan dit : que toute la politique de ‘la droite’ consiste à utiliser le pouvoir de l’exécutif pour qu’un homme puisse échapper à la Justice.

Je ne veux pas rentrer dans ce débat, il est familier à tous les Israéliens et l’opinion de chacun est forgée dans un sens ou dans l’autre. Il y a deux manières pour sortir de l’impasse, soit Bleu-Blanc se joint à un gouvernement d’union dirigé dans un premier temps par Netanyahou, soit ce dernier est ‘démissionné’ par son camp.

Dans les deux cas la solution serait  provisoire, car une des deux tendances s’estimerait trahie avec comme résultante une instabilité politique qui ne manquerait pas d’apparaitre au premier coup de vent or ce n’est pas un orage que nous vivons mais une tornade !

Il existe cependant une troisième solution, cependant avant de l’aborder une petite digression très parlante. Supposons que Menahem Begin soit Premier ministre aujourd’hui et supposons également que ce dernier soit mis en examen judicaire, je sais bien qu’une telle hypothèse est inconcevable connaissant la probité légendaire de ce grand politicien ainsi que sa modestie bien connue.

Poursuivons néanmoins notre scenario et admettons que les accusations portées contre lui soient fallacieuses, injustifiées. La Justice peut se fourvoyer, elle est humaine ; il a été décidé par le système légal du pays de mettre en accusation Menahem Begin et de laisser le tribunal trancher si ce dernier doit être blanchi ou non. La question posée est la suivante : qu’aurait fait Menahem Begin dans une telle conjoncture ?

La réponse, je crois ne fait aucun doute pour tous, il aurait démissionné pour deux raisons, la première parce qu’il était un grand démocrate et que nul n’est au-dessus de la loi, la deuxième est que l’intérêt de l’état et de son parti est qu’il y ait un gouvernement d’union national et que le maintien dans sa fonction serait un obstacle infranchissable pour réaliser ce dessein.

Si demain Netanyahou démissionne en recommandant un homme ou une femme de son parti pour le remplacer nul doute que ce dernier ou cette dernière pourrait jouir d’une majorité confortable à la Knesset, la droite dans une telle éventualité resterait majoritaire et la cassure entre les deux camps se cicatriserait. Le Premier ministre doit être uniquement guidé par l’intérêt suprême de la Nation et s’il s’avère que cet intérêt est en opposition avec sa situation personnelle c’est toujours le premier qui a préséance.

L’Histoire inlassablement a montré qu’il n’y a pas d’hommes ou de femmes irremplaçables, si Napoléon était mort avant la Campagne de Russie son image aurait été encore bien plus grande dans la mémoire populaire. Churchill a été débouté par des élections législatives en 1945, tout juste après la guerre, les exemples sont nombreux.

Les journalistes en général ne font pas de cadeaux à Netanyahou, mais à ma connaissance aucun ne lui a posé la question de sa démission éventuelle qui aurait pu épargner au pays un an de crise gouvernementale, question que voilà: ‘Monsieur le Premier ministre ne pensez-vous pas que votre démission serait dans l’intérêt suprême de la Nation ?’

Puisqu’il en est ainsi, j’attends l’enfant qui posera cette question.

à propos de l'auteur
Dr. Daniel Suraqui est physicien nucléaire. Il a été enseignant à l’Université de Jérusalem puis a développé des systèmes informatiques. En 2011, dans le cadre de la compagnie dont il est le fondateur, il a été le premier à développer une application sur Androïd, un clavier révolutionnaire appelé SlideIT qui a été utilisé par des millions d’utilisateurs et qui est basé sur de nombreux brevets. Après lui, d’autres compagnies ont utilisé cette technologie de sorte qu’aujourd’hui ce type de clavier existe dans toutes les langues et pratiquement dans tous les téléphones. Il a également écrit plusieurs livres et est un passionné d’Histoire.
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