La sécurité des Israéliens reste un sujet d’actualité

On avait failli l’oublier dans une campagne dominée par les polémiques sur les ‘affaires’, et des vidéos plus ou moins minables : la sécurité des Israéliens reste un sujet d’actualité. Elle l’est d’abord pour les habitants du sud du pays qui depuis un an subissent des attaques avec des roquettes, des ballons incendiaires et autres engins piégés (pas moins de 250 en cette fin de semaine).

Et le Hamas annonce pour le vendredi 29 mars, une manifestation géante où il attend 50 000 personnes afin de marquer le premier anniversaire de la grande « marche du retour ». Mais ce ne sont plus les seuls Israéliens qui habitent à proximité de la bande de Gaza qui sont visés. A deux reprises, les groupes terroristes se sont rappelés au bon souvenir des habitants du centre du pays. Cela a d’abord été le cas dans la nuit du 14 au 15 mars lorsque les sirènes ont retenti dans la région de Tel-Aviv avant deux explosions qui n’ont pas fait de victimes. Le Hamas a alors parlé d’erreur. Il devait sans doute s’agir plutôt de l’initiative d’un groupe rival.

Dans la nuit du 24 au 25 mars, les conséquences ont été plus graves puisqu’une maison du mochav Mishmeret, à une trentaine de kilomètres de Tel-Aviv (près de Netanya), a été détruite, et sept personnes (dont des enfants) blessées. Cela a conduit le Premier ministre à écourter son voyage aux Etats-Unis pour tenir une réunion d’urgence au cours de laquelle devrait être décidée une réponse « forte » à ces attaques.

On sait que sur ce terrain, la politique de Binyamin Netanyahou ne bénéficie plus d’un consensus. A la suite des habitants du sud, dans l’opposition mais aussi à droite (Naftali Benett, Avigdor Liberman) on critique aussi vivement son attitude : une forme de retenue sur le plan militaire et une autorisation de financement par le Qatar des fonctionnaires de la bande. Les images des valises de billets réceptionnées par le Hamas ont eu un effet désastreux sur l’image de ‘Monsieur sécurité’ que Binyamin Netanyahou a toujours eu le souci de se donner.

D’autant que face à lui, une liste comportant pas moins de trois anciens chefs d’Etat-Major peut difficilement être étiquetée de laxiste. Il est à craindre que d’ici au 9 avril, on assiste à une surenchère : de la part du Hamas et de ses rivaux trop contents de semer la panique à la veille des élections ; de la part du gouvernement soucieux de rétablir une image sécuritaire ; et de la part de l’opposition qui critiquera toute erreur dans une situation à bien des égards imprévisible.

Le futur gouvernement, quel qu’il soit, devra définir une politique sur l’avenir de la bande de Gaza, dans le cadre des discussions sur l’ « affaire du siècle », le plan de paix concocté par l’équipe Trump. En d’autres termes, après les élections, il faudra enfin cesser de gérer le conflit au jour le jour et passer aux choses sérieuses.

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Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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