Le Proche-Orient pour les nuls

Proche-Orient - Google Earth
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Le texte qui suit se veut être une métaphore. Toute ressemblance avec une situation géopolitique quelque part dans le monde, ne saurait, en aucune manière, être fortuite.

J’ai un ami, qui se prénomme Joe. Il vient de partout et de nulle part. Il prétend n’avoir aucune nationalité ou les avoir toutes. D’ailleurs, il a plusieurs surnoms comme « Nations Unies » ou « Communauté Internationale » ou même « Conseil de Sécurité » ou « États-Unis ».

Il rencontre quelques problèmes d’éducation avec ses enfants, David et Aïcha. Il habite un tout petit appartement parisien, au sein duquel il a été obligé d’aménager une des chambres à coucher de telle manière qu’elle puisse accueillir David et Aïcha, devenus adolescents, tout en leur laissant à chacun un espace privatif raisonnable.

Le problème a été compliqué par le fait que David, de santé fragile dès sa naissance, ait été obligé de séjourner à l’hôpital de l’âge de 3 ans à l’âge de 7 ans. Durant ce séjour, sa petite sœur Aïcha est née et a été installée dans la chambre à coucher de David. Dès ses premières années de mobilité autonome, elle a commencé à déplacer les affaires de son grand frère, qu’elle ne connaissait que vaguement, imaginant qu’il ne quitterait jamais l’hôpital.

Ses parents avaient beau lui expliquer que David reviendrait un jour à la maison…elle ne voulait rien entendre. Elle est encore petite, se disait mon ami Joe… elle comprendra plus tard et sera tellement heureuse d’avoir son grand frère près d’elle. Il pourra développer une complicité avec elle. Ils apprendront ensemble, progresseront ensemble… Tout ira pour le mieux, pensait-il.

Le grand jour est arrivé, et David est rentré à la maison. Au début, tout allait bien. David avait bien vu qu’Aïcha avait déplacé et même fait disparaitre certains de ses jouets. Toutefois il se disait que, non seulement, il avait grandi et n’en n’avait peut-être plus besoin, mais également que l’attitude d’Aïcha durant son absence était compréhensible après tout.

David montrait à Aïcha comment aménager la chambre de telle manière qu’ils puissent en profiter au mieux tous les deux. Il lui montrait comment jouer avec ses « jeux de grand » qu’elle ne comprenait pas du fait de son jeune âge. Il lui expliquait son encyclopédie scientifique, lui lisait des histoires des 1001 nuits. Joe était content : il voyait que le retour de David se passait bien. David retrouvait sa place d’aîné, et Aïcha savait en tirer le meilleur bénéfice.

Malheureusement, Aïcha amena un jour ses amies à la maison. Celles-ci furent très surprises de voir que David avait occupé une partie de la chambre. Elles n’acceptaient pas qu’Aïcha ait à rendre une part de son espace à son frère aîné. A partir de là, elles tentèrent tout pour que leur amie Aïcha récupère l’entièreté de la chambre.

D’abord, elles lui disaient tous les jours de ne pas accepter la présence de son grand frère, de ne pas écouter ses histoires ni ses explications scientifiques. A un moment, elles réussir même à convaincre Aïcha, de faire des recherches sur l’origine de la maladie de jeunesse de David et de rencontrer les médecins qui l’avaient soigné.

Certains de ces médecins estimaient d’ailleurs que David n’était pas complètement guéri et voulaient tout faire pour le ramener à l’hôpital. Ils pensaient que la maladie de David était sans espoir de guérison réelle mais souhaitaient absolument l’hospitaliser afin de voir s’ils pourraient enfin trouver une solution finale à cette maladie.

Mon ami Joe eut à intervenir vis-à-vis de ces médecins, sans succès. Ces derniers infligèrent un traitement médical à David qui lui fit même perdre un tiers de sa capacité respiratoire. Suite à cela, le cas de David fût retiré à ces médecins, et d’autres médecins ordonnèrent à David de ne plus suivre aucun traitement, estimant que seul son retour à la maison, dans sa chambre, le guérirait complètement.

Mon ami Joe envisagea à un moment même de faire déménager Aïcha et me demanda conseil. Je lui avais alors répondu que, même si cela donnerait plus d’espace à David sur le moment, il lui en voudra un jour de l’avoir séparé de sa petite sœur.

Joe entreprit alors de lourds travaux d’aménagement de la chambre pour faire en sorte que la cohabitation se passe mieux. Mais Aïcha, avait très mal vécu ce dernier épisode. Elle était très déçue que le 2ème traitement de son frère ainé n’ait pas porté ses fruits. Secrètement, elle espérait même une issue fatale. Cela lui permettrait de définitivement prendre possession de toute la chambre. Un jour, elle dévoila ses pensées secrètes à une de ces amies, qui trouva que c’était une excellente idée. Elle décida de partager cela avec toutes ces autres amies. Ensemble, elles décidèrent de créer un genre de ligue, qu’elles baptisèrent « la ligue Aïcha ».

Les années passèrent, sans qu’Aïcha ni ses amies n’abandonnent le combat. David devenait de plus en plus aigri, car les relations avec sa sœur ne s’amélioraient pas. Il ne voyait plus d’issue positive possible, d’autant que la ligue Aïcha avait retrouvé la substance qui rendait David malade. Elles avaient réussi plusieurs fois à lui en mettre en cachette dans son goûter, ce qui provoquait des crises chez David, sans toutefois le rendre complètement malade.

Tant le père de David, que David lui-même avaient tout essayé pour ramener la paix. Une fois David s’était même dit que s’il donnait une partie de la chambre à sa sœur, elle et ses amies arrêteraient de l’embêter, mais en vain. Cela ne changea rien.

Un jour, mon ami Joe est venu me voir, désespéré. Il ne voyait pas d’issue. Il avait un plan, et voulait m’en parler.

Le plan de Joe tel qu’il me l’a exposé était le suivant :

« Je vais obliger David d’une part, Aïcha et ses amies d’autre part, à s’assoir au salon et à discuter. Moi, le père de David et d’Aïcha, je serai au milieu et j’orienterai les discussions dans l’objectif qu’ils se parlent et arrivent à une solution. J’en ai déjà parlé à Aïcha, et comme celle-ci n’était pas intéressée, je lui ai offert plusieurs jouets en cadeaux. D’abord, une magnifique maison de poupée avec plusieurs personnages et tous les meubles. De plus, elle m’a fait promettre que si nous n’avions pas trouvé de solution au bout d’une semaine, je lui offrirai aussi le château de poupées avec toutes les dépendances. Cela va me coûter cher, mais le jeu en vaut la chandelle. »

J’ai répondu à mon ami Joe, je crois en ces termes : « Mais Joe, tu as complètement perdu la tête ? Tu agis d’habitude toujours avec beaucoup d’intelligence et de finesse d’esprit. Comment ne vois-tu pas que si tu donnes les récompenses à Aïcha avant qu’elle ne soit tombée d’accord avec son grand frère, tu ne l’incites pas du tout à la paix. Elle va comprendre que plus elle résiste, plus elle recevra de cadeaux. A mon avis, tu dois lui montrer que tant qu’elle n’accepte pas que David soit de retour chez lui, que c’est ton fils ainé et qu’il était là avant elle, elle n’aura rien de toi. Par contre, dès l’instant où elle l’accepte, c’est-à-dire qu’elle reconnait qu’il était là avant elle, qu’il a aussi le droit de vivre dans sa chambre, d’étaler ses jouets sans qu’elle les lui détruise, ses livres sans qu’elle les lui déchire, si elle accepte qu’il se développe sans être sous son autorité, alors là, tu pourras te montrer généreux et reconnaissant. »

Cela a fait réfléchir Joe. Et au bout de quelques jours, il m’a avoué que j’avais raison. Il allait abandonner l’idée de prendre parti avant le début des discussions. Il a aussi voulu se justifier en m’expliquant que durant les premières années d’Aïcha, il avait été injuste à son égard. A cette époque, il était particulièrement préoccupé par la santé de David et culpabilisait même à cause du fait qu’il n’avait peut-être pas assez pris soin de lui.

Cette culpabilité, pensait-il, l’avait rendu colérique, colère qu’il exprimait alors inconsciemment à l’égard de Aïcha. Lorsque David avait pu enfin rentrer de l’hôpital, pris de remords par son attitude passée vis-à-vis d’Aïcha, au lieu de tout faire pour rendre le retour de David à la maison le plus agréable possible pour tout le monde, dans l’harmonie et l’entente cordiale, il avait voulu se racheter une bonne conscience en favorisant Aïcha au détriment de David.

Je réagi avec enthousiasme à cette confession. « Joe, comment as-tu fait pour arriver à une telle analyse. Tu fais preuve là d’une magnifique prise de conscience ! Ce n’est pas donné à tout le monde une telle capacité d’introspection !

– Je dois t’avouer que j’ai commencé à me faire suivre, me répond Joe. On m’a recommandé un nouvel analyste, le Professeur Achem, que je consulte depuis quelques semaines. Il parait qu’il fait des miracles. C’est lui qui m’a aidé à y voir clair. »

Quelques jours plus tard toutefois, je rencontre Joe à nouveau. Il me dit que les services sociaux de la Ville de Paris étaient passés chez lui pour analyser la cohabitation dans leur appartement. En fait, cela était le résultat d’une nouvelle stratégie d’Aïcha et ses amies. Elles allaient se plaindre aux services sociaux de la ville, pour leur dire que David maltraitait Aïcha.

Lorsque je demandai à Joe comment il avait réagi, Joe de me répondre tout penaud : « je leur ai dit que David n’avait jamais habité là avant la naissance d’Aïcha ».

« Mais tu es fou », ais-je dis à Joe ! « Pourquoi as-tu fait cela ! Comment crois-tu maintenant que David va accepter votre médiation ? Il va dire et croire que tu veux nier qu’il est votre premier enfant et que tu veux entièrement accepter les revendications de la ligue d’Aïcha ! »

Joe était complètement décontenancé. Après quelques minutes de réflexion, il m’avoue à voix basse :

« Je ne sais pas ce qui m’a pris, mais je crois que, inconsciemment au moins, je n’ai jamais supporté la maladie de David. Je pensais qu’il ne reviendrait jamais de l’hôpital et m’étais fait une raison sur l’issue fatale de sa maladie. Le fait qu’il s’en sorte, est finalement devenu pour moi insupportable. Je n’admets pas le fait de le voir grandir, se développer, commencer même à prendre le dessus sur moi, tant intellectuellement que physiquement. En fait, ce n’est pas que je privilégie Aïcha. Je veux accabler David…Aide-moi ! » me demande t’il désespéré !

Je réfléchis longuement et lui demande : « ton analyste, le Professeur Achem, tu le consultes encore ?

– Non, me répond-il. J’ai arrêté. Je ne pouvais plus accepter ce qu’il me demandait. Il me disait que je devais commencer à m’effacer face au problème de mes enfants, parce que je n’apportais que des problèmes. Il voulait même que je les lui envoie en consultation, séparément et sans ma présence. Tu te rends compte ? Quel toupet !

– Je ne suis pas d’accord avec toi, Joe. Tu vois bien que cela n’avance pas. Tu devrais considérer la chose. Que risques-tu ?

– Mais tout, je risque tout, tu ne comprends pas ? Si je fais cela et que le Professeur Achem parvient à les réconcilier, je servirai à quoi ? Je resterai seul, à culpabiliser sur les erreurs multiples que j’ai commises par le passé, et plus personne ne pensera à me demander des conseils de sécurité ou d’éducation. Je ne serai plus utile à rien.

– C’est vrai Joe, tu perdras en influence, mais c’est peut-être l’occasion de te remettre en question, de créer quelque chose de nouveau. Tu voulais toujours tout liquider et ouvrir un gite rural sur une ile déserte. C’est peut-être l’occasion ? »

Quelques mois plus tard, je reçu une lettre très intéressante de la part de Joe.

Mon cher ami,

Tu te rappelles sans doute m’avoir conseillé, il y a quelques mois, d’ouvrir ce gîte rural sur une ile déserte. Eh bien, figures-toi que j’ai suivi ton conseil. Quelques jours après ta suggestion, je suis retourné voir le Professeur Achem. Il m’a fortement encouragé dans mon projet et m’a dit que cela me ferait du bien, sans doute autant qu’à David et qu’à Aïcha. Il m’a aidé à trouver l’ile en question, et m’a même indiqué un passage à sec temporaire. Apparemment, à cause du dérèglement climatique, la mer s’est retirée sur un petit couloir étroit pendant quelques heures, et j’ai donc pu rejoindre mon île en voiture !

David et Aïcha, quant à eux, ont profité de la place que j’avais laissé dans l’appartement. Ils s’accommodent très bien maintenant apparemment. Ils ont fait abattre tous les murs, et ont complètement réaménagé l’espace de l’appartement. Sur le moment, j’ai un peu regretté que les travaux que notre architecte d’intérieur avait réalisés soient anéantis. Tu te rappelles peut-être lui d’ailleurs, c’était un caucasien qui s’appelait Sykspikoe. Mais bon, tout est bien qui finit bien. J’imagine que l’appartement méritait bien un peu de rénov à sion. 

Bien à toi,

Joe.

à propos de l'auteur
Laurent souhaiterait partager ses observations de la vie israélienne et française à travers son regard de Juif français devenu israélien il y a 13 ans. Il a pris l'habitude de regarder et analyser les phénomènes politiques, culturels, religieux, géopolitiques, sous un regard différent de celui qu'on a l'habitude de voir. En effet, avant d'arriver en Israël, il a vécu en France, en Allemagne, en Belgique et au Royaume Uni. Il observe les phénomènes humains avec un très large point de vue, puisant dans son expérience de vie et dans son désir d'écrire. Laurent a passé son enfance en Allemagne, fait ses études de management en Alsace et passé sa carrière professionnelle au Royaume-Uni, en France, en Belgique, en Israël.
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