Le procès ou comment s’en débarrasser

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'exprimant lors d'une conférence de presse sur le coronavirus COVID-19, au bureau du Premier ministre à Jérusalem le 8 mars 2020. Photo de Yonatan Sindel / Flash90
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'exprimant lors d'une conférence de presse sur le coronavirus COVID-19, au bureau du Premier ministre à Jérusalem le 8 mars 2020. Photo de Yonatan Sindel / Flash90

Il a réussi à obtenir 40 jours de différé pour des raisons de procédure, mais début 2021, Binyamin Netanyahou devra se présenter trois fois par semaine devant le tribunal du district de Jérusalem pour répondre de trois chefs d’accusations – abus de confiance, fraude, et corruption – dans trois affaires.

Après trois années d’enquête, 333 témoins seraient appelés à la barre, sans compter l’examen de milliers d’enregistrements et de dizaines de milliers de pages.

Il y a quelques mois encore, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait l’habitude de répéter que « il n’y aura rien car il n’y a rien ». Il ne le dit plus. Car il y aurait bien quelque chose, ou plutôt différentes choses.

L’acte d’accusation de 77 pages, établi par le Procureur général d’alors, Shaï Nitsan, conduisant à la mise en examen autorisée par le  conseiller juridique du gouvernement, Avichaï Mandeblit,  serait selon la plupart des observateurs « accablant ».

Binyamin Netanyahou risquerait plusieurs années de prison. On comprend qu’il souhaite échapper à ce procès. Il a déjà essayé l’an dernier d’obtenir de la Knesset une immunité, mais sans succès. Il rêve aussi de limiter les pouvoirs de la Cour suprême pour faire voter une législation qui lui serait favorable, mais il n’a pas de majorité pour cela. Il tente aussi ces derniers temps de discréditer les deux hauts responsables précités.

Il voudrait bien aussi nommer un successeur au procureur général ainsi qu’un inspecteur général de la police et remplacer le conseiller juridique du gouvernement afin qu’ils annulent tout ou partie de l’enquête et des accusations.

Mais ces procédures sont compliquées et requièrent l’accord de ses partenaires au gouvernement, le parti Bleu-Blanc (Kahol-Lavan). Il lui resterait donc trois options. La première serait celle d’un protocole avec la justice – un accord plaider coupable – qui contre certains aveux lui garantirait une peine légère.

C’est ce que son épouse a accepté en remboursant 45 000 shekels et en écopant d’une amende de 10 000 shekels pour une affaire de repas indument commandés à l’extérieur aux frais du contribuable. Les avocats du Premier ministre pourraient également négocier une démission contre une grâce par le Président de l’Etat ou le vote d’une immunité par la Knesset.

Il y aurait pour Binyamin Netanyahou une dernière solution qui se présentera en juin prochain : se faire élire président de l’Etat et bénéficier alors d’un arrêt immédiat de son procès.

Il serait obligé de renoncer au pouvoir pour échapper aux juges dans toutes les hypothèses. Dans les deux dernières, cela impliquerait de réunir une majorité de députés. Beaucoup accepteraient de se prêter à ce déni de justice pour s’en débarrasser. Du procès. Et surtout de Binyamin Netanyahou.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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