Le président français intervient-il dans la campagne électorale israélienne ? 

Le président français Emmanuel Macron, à droite, et le Premier ministre israélien Yair Lapid saluent le mardi 5 juillet 2022 à l'Elysée à Paris. C'était le premier voyage à l'étranger de Yair Lapid depuis sa prise de fonction la semaine dernière. (AP Photo/Thomas Padilla)
Le président français Emmanuel Macron, à droite, et le Premier ministre israélien Yair Lapid saluent le mardi 5 juillet 2022 à l'Elysée à Paris. C'était le premier voyage à l'étranger de Yair Lapid depuis sa prise de fonction la semaine dernière. (AP Photo/Thomas Padilla)

Un voyage de Naftali Bennet en France était prévu de longue date mais la dissolution de la Knesset a bouleversé toutes les cartes politiques… Yair Lapid profite de l’occasion et saute dans le premier avion à destination de Paris…

Certes, le nouveau Premier ministre a été accueilli chaleureusement avec tous les égards et les honneurs par son ami Emanuel Macron mais personne n’est dupe, le président français semble intervenir dans la campagne électorale israélienne. Sur le perron de l’Elysée, il a osé « choisir » devant les micros, les caméras et les projecteurs, « le meilleur » Premier ministre de l’Etat d’Israël… pour la France…

La passion l’emportait sur la raison, sur le respect des formes, sur les règles du protocole… Accolades et embrassades exagérées devant une Garde républicaine aux garde-à-vous impeccables.

Macron flatte l’amour-propre et l’orgueil de Lapid et lui dit sur le dossier palestinien : « Je sais combien vous pouvez marquer l’histoire en relançant un processus en panne depuis trop longtemps. Je sais les difficultés, je n’ignore pas les obstacles, je sais aussi tous les raccourcis qui sont parfois faits mais je sais d’expérience, et je peux en témoigner, que vous avez l’étoffe de celui qui peut relever ce défi. »

Jean de La Fontaine disait : « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. »…

Louanges sincères ?! Intéressées ?! Calculées ? Manipulées ?… En fait, Macron a surpris Lapid et l’a mis dans un grand embarras.

Il semble que Macron préfère un leader israélien « plus flexible et moins intransigeant » que Netanyahou sur le projet nucléaire iranien et le conflit israélo-arabe. Il souhaite offrir aux Palestiniens un Etat indépendant, aligner ainsi Lapid à la position française pour pouvoir jouer le rôle intermédiaire et s’inscrire avec lui dans les pages de l’Histoire…

Et 48 heures plus tard, Lapid prend le téléphone et appelle pour la première fois le chef de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas…

Le président français a le mérite d’avoir l’objectif de redorer le blason de la France en tant que puissance politique, économique et culturelle. Il agit parfaitement dans ce sens avec audace et détermination.

Ce n’est pas la première fois que Lapid part à Paris lors d’une campagne électorale. Il y a juste deux ans, le 3 juillet 2019, Macron avait invité Lapid, chef de l’opposition, 4 jours seulement avant l’ouverture des urnes en Israël. Lapid a été aussi le premier leader étranger à saluer la deuxième victoire du président Macron avant même l’annonce des résultats officiels le qualifiant « ami sincère de l’Etat d’Israël. »

Pourtant le président Macron n’a pas effectué à ce jour une visite officielle d’Etat, en Israël. Il était venu en tant que ministre des Finances le 7 septembre 2015, puis, Président de la république, il avait assisté le 22 janvier 2020 à Jérusalem, aux cérémonies sur la Shoah avec une quarantaine de chefs d’Etat et de gouvernement.

Rappelons qu’Emmanuel Macron est déjà intervenu dans une campagne électorale israélienne puisqu’il avait invité à Paris le président Rivlin le 22 janvier 2019, connaissant parfaitement ses « opinions « sur Nétanyahou…

Au-delà de l’importance des discussions sur les dossiers brûlants et la consolidation des relations bilatérales, la visite éclair de Lapid à Paris semble avoir aussi un but précis : influencer le vote des Israéliens francophones.

Si c’est le cas, il s’agit bien entendu d’une ingérence grave et inadmissible de la part du président français. Lapid veut en tirer profit personnellement, contrairement à toute éthique politique et diplomatique.

On ne reproche pas à l’actuel Premier ministre de rencontrer des hommes politiques étrangers. C’est tout à fait légitime et normal mais de s’abstenir de le faire durant une campagne électorale. Nous avons connu dans le passé des rencontres informelles et amicales de François Mitterrand ou de Bill Clinton avec Shimon Pérès.

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à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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