Le Polisario en tenailles entre le Hirak et l’ONU

Les séparatistes du Polisario doivent vivre en cette période la réalisation de leurs pires cauchemars. Les mythes longtemps calcifiés sur lesquels leurs parrains algériens ont bâti leurs obsessions sont en passe de s’effondrer.

D’un côté la diplomatie marocaine est en train de récolter les précieux fruits de ses investissements pendant de longues années, de l’autre côté une dynamique politique d’une grande envergure est en train de modifier lentement mais sûrement les fondations et donc forcément les visions stratégiques de leurs protecteurs.

En l’espace de quelques mois, le ciel s’est lourdement assombri pour le Polisario. De cette crise du Sahara, vieille de quelques décennies, la lumière pointe au bout du tunnel.

Sur le plan diplomatique d’abord, la dernière résolution des nations unies a fini par inscrire sur le marbre ce qui était déjà dans les esprits. A savoir que la solution politique proposée par le Maroc dans tous les forums internationaux basée sur une autonomie avancée sous souveraineté marocaine est en train de séduire et de convaincre.

Dans cette résolution qui trace les grands contours de la sortie de crise admise et défendue par les nations unies, temple de la légalité internationale, des mots à fortes connotations politiques comme « référendum » ou « indépendance » ont littéralement disparu de l’atmosphère et de l’horizon des négociations.

Il n’est plus question que de voies réalistes, politiques, pragmatiques et de compromis. Et c’est le Maroc qui porte ces valeurs et incarne cette vision quand les séparatistes les plus radicaux se sont longtemps enfermés dans une logique autiste et de rupture.

Second point de grande satisfaction pour la diplomatie marocaine : les Nations-Unies mettent l’Algérie devant ses responsabilités historiques. Longtemps marionnettiste de l’ombre, généreux financier en sous-main de cette persistante subversion anti marocaine, vendeur à l’internationale de cette chimérique indépendance sahraouie, le régime algérien agit dans les couloirs et se débine publiquement, aspirant à créer un tête à tête entre le Maroc et le Polisario pour conserver ce rôle si confortable de grand ordonnateur de la crise et de tireur de ficelles. Les Nations-Unies viennent de priver cette Algérie là de cet atout. L’Algérie est partie prenante de cette crise et elle doit agir en tant que tel. Les masques tombent.

Alors justement cette Algérie là, dont le rôle dans la crise au Sahara est mis sous la lumière internationale, est en train de vivre une séquence politique qui ne manquera pas d’impacter sa diplomatie. Les marocains les plus pessimistes pourront toujours arguer, en espérant que c’est le contraire qui se produira, que l’institution militaire algérienne ne lâchera jamais son soutien au Polisario et que la stratégie d’affaiblir le Maroc et d’obérer ses ressources par ce biais là fait partie des fondamentaux de l’armée algérienne.

Il n’empêche que ce Hirak là et ses conséquences sur la nature du pouvoir qui va prendre la succession de l’ère Bouteflika ne pourra pas rester indifférent, comme si de rien n’était, d’abord aux évolutions internationales du dossier du Sahara, ensuite aux aspirations algériennes d’une gouvernance intelligente, efficace et qui gère au mieux les richesses du pays.

Aujourd’hui, le grand slogan et la grande préoccupation qui occupent la rue algérienne et à laquelle le patron de l’armée tente de répondre est la lutte contre les corrompus et ceux qui ont détourné la manne publique et pillé les richesses nationales. De manière certes sélective, Ahmed Gaid Salah offre à cette révolte des personnalités icônes de cette mauvaise gouvernance mais la dynamique est lancée et difficile à arrêter.

Or le généreux soutien algérien au Polisario, source d’une véritable hémorragie de l’économie algérienne déjà sous pression, ne peut passer inaperçu et que les investissements algériens dans ce mouvement séparatiste puissent tranquillement continuer sans qu’ils soient ouvertement interpellés par les nouvelles mentalités qui aspirent à rationaliser la relation du citoyen algérien avec la future autorité politique.

Un des éléments cruciaux supplémentaires qui milite pour ce possible tournant algérien sur le Sahara est que l’affaire du Polisario n’est pas populaire en Algérie. Elle est juste une affaire de service de sécurité qui l’utilisent dans leur éternelle compétition avec le leadership marocain.

Il faut rajouter à cette lecture le fait que la décision de maintenir les frontières entre le Maroc et l’Algérie fermées malgré la main tendue par les autorités marocaines provoque des frustrations populaires algériennes difficiles à contenir sous le boisseau avec un Hirak aussi éruptif et aussi exigeant.

About the Author
Mustapha Tossa est journaliste franco-marocain installé à Paris, né le 28 mai 1963 à Marrakech. Chroniqueur et Editorialiste dans plusieurs médias Francais et marocains, spécialiste du Monde arabe, il intervient régulièrement sur des plateaux de télévision Francais ( i-tele, LCI, France 24 et TV5 ) et internationales pour commenter l'actualité française et arabe.
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