Le pogrom de Poutine…

DOSSIER - Sur cette photo tirée d'une vidéo publiée par le service de presse présidentiel russe, le président russe Vladimir Poutine s'exprime par vidéoconférence à la résidence Novo-Ogaryovo à l'extérieur de Moscou, en Russie, le mercredi 16 mars 2022. (Service de presse présidentiel russe via AP, dossier )
DOSSIER - Sur cette photo tirée d'une vidéo publiée par le service de presse présidentiel russe, le président russe Vladimir Poutine s'exprime par vidéoconférence à la résidence Novo-Ogaryovo à l'extérieur de Moscou, en Russie, le mercredi 16 mars 2022. (Service de presse présidentiel russe via AP, dossier )

Pour Vladimir Poutine, les sanctions contre la Russie sont semblables « aux pogroms antisémites des années 30″. Pour information, « le mot pogrom, d’origine russe, signifie « détruire, piller ».

Il est utilisé spécifiquement dans plusieurs langues pour décrire : « les attaques, accompagnées de pillages et de massacres contre les Juifs en Russie, perpétrées par la majorité chrétienne, sans réaction des autorités ou avec leur assentiment». De façon plus générale, ce mot désigne des violences exercées par une population contre la communauté juive qui vit en son sein. Ainsi, les massacres perpétrés par les cosaques en Pologne et en Lituanie entre 1654 et 1656 auraient fait plus de 100 000 morts et détruits 300 communautés.

Difficile donc de comparer des sanctions économiques prises à l’encontre d’un pays envahisseur d’une démocratie à des actes dont la barbarie et la violence sont innommables comme l’évoque l’historien Nathan ben Moses Hannover.

Si il est vrai que figurent parmi la fameuse «liste de Poutine », désignant des personnalités russes passibles de sanctions et diffusée dès 2018 par le département du trésor américain, dix-huit oligarques russe d’origine juive fondateurs du Genesis Philanthropy Group, qui n’a eu de cesse par ses dons de promouvoir la culture juive et de lutter contre l’antisémitisme, il serait bon de rappeler que comparaison n’est pas raison.

A la tête d’un pays dont l’histoire est empreinte d’un antisémitisme latent, que ce soit le refus presque systématique fait par l’OVIR, (département des visas et de l’enregistrement), aux juifs désirant émigrer en Israël après la Shoah, à l’interdiction d’exercer certaines fonctions publiques durant la guerre froide, et au complot des blouses blanches qui a entrainé la rupture des relations diplomatiques entre l’URSS et Israël en février 53, l’histoire de ce pays a longtemps été marqué par cette évidence.

Même si les choses ont changé depuis la chute du mur et que les communautés juives de Russie peuvent bénéficier d’une relative tranquillité à partir du moment où elles ont le bon goût de ne pas contrarier le pouvoir sans partage du président en place, le terme employé est plus que choquant, ne serait-ce que par rapport à la réalité des faits.

Tout d’abord, le président russe pensait, sur la foi des rapports de ses services de renseignement, que son armée allait être accueilli en libérateur il n’en n’a rien été. C’est sans doute pour cela que, selon le Times, Sergey Beseda, chef de la section étrangère du service de renseignements du FSB et son adjoint Anatoly Bolyukh ont été assignés à résidence par le Kremlin.

Ensuite, le président russe pensait que l’invasion de l’Ukraine ne serait qu’une simple formalité comme ce fut le cas pour le Dombass et la Crimée. C’était oublier un peu vite qu’un soldat qui défend sa patrie n’a aucunement la même motivation qu’un conscrit de l’armée russe qui se demande ce qu’il vient faire là. De plus, même si l’OTAN et les USA avaient signifié, avant même cette « opération », qu’ils ne risqueraient pas une troisième guerre mondiale pour l’Ukraine et ne s’engageraient pas directement dans ce conflit, les livraisons d’armes aux forces armées ukrainiennes, même si elles se font dans la plus grande discrétion, sont loin d’être négligeables puisque l’on parle, rien que pour les USA, qui viennent de porter le montant de leur aide à un milliard de dollars, de 20 millions de munitions et de 17 000 armes dont des missiles Javelin antichars et des Stinger antiaériens. Cinq cent de ces missiles ont été également livrés par l’Allemagne, qui n’a pas hésité à transgresser sa position bien établie sur la livraison d’armes aux pays en conflit, sans compter bien évidemment les livraisons d’armes des autres pays européens.

Enfin, si le déséquilibre des forces en présence ne laisse malheureusement aucun doute sur l’issue du conflit, même si ce dernier risque d’être beaucoup plus long et compliqué que prévu par les stratèges russes, envahir un pays est une chose, mais, l’occuper en est une autre. Le contexte est bien différent de celui qui vit les interventions de l’URSS à Prague ou Budapest, d’autant plus que Volodymyr Zelensky, loin de fuir, est en train de faire preuve d’un esprit de résistance qui galvanise non seulement son peuple, mais, force l’admiration à l’étranger.

Par le simple emploi de cette comparaison outrancière, Vladimir Poutine a montré qu’il a non seulement perdu la bataille de la communication, mais, également, que ce qu’il ne pensait être qu’un blitzkrieg est en train de se transformer en un bourbier qui pourrait bien fâcheusement rappeler l’échec qu’a connu cette même armée en Afghanistan.

En comparant des sanctions économiques à un pogrom, en évoquant une victoire alors que son armée est en proie, à la fois à d’évidentes difficultés logistiques et au fait qu’il s’agit d’un pays de même culture, Vladimir Poutine est sans doute en train de réaliser que l’Ukraine n’est pas la Syrie et que l’on ne peut impunément mettre le feu aux portes de l’Europe sans que cela ait de notables conséquences.

Les dirigeants russes ont toujours été réputés pour avoir une stratégie de joueurs d’échec. Ils mesurent leurs gains, leurs pertes, et, dès lors que ces dernière dépassent les premiers, cherchent une porte de sortie. En renonçant à l’intégration de l’Ukraine au sein de l’OTAN, le président ukrainien a déjà cherché à entrouvrir cette dernière.

Si l’on en croit le Financial Times, des progrès « significatifs » ont été réalisés dans les pourparlers entre la Russie et l’Ukraine, un compromis serait possible selon le Kremlin sur la base d’un statut neutre basé sur celui de l’Autriche et de la Suède.

Mais, la demande russe constitue selon Mykhailo Podoliak, conseiller du président ukrainien, une atteinte à la souveraineté de son pays. Reste à savoir si une solution convenant aux deux parties peut être trouvée et qui de l’orgueil ou de la raison l’emportera chez un dirigeant sous stéroïdes peu habitué à être contredit…

à propos de l'auteur
Fondatrice du collectif Trans-Europe, première candidate trans a l'élection présidentielle
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