Le Plan de Trump apportera-t-il la paix ? Rien n’est moins sûr

Je suis restée sidérée après la lecture du « Plan en 21 points » de Donald Trump. Ce n’est pas seulement une déception politique : c’est une blessure morale. Où est donc passé le Donald Trump « grand défenseur d’Israël » ?
J’ai gardé en tête l’idée que, pour qu’une guerre prenne fin, il faut qu’il y ait reddition et capitulation de l’État vaincu. Ce dernier devra se plier aux conditions, aussi déplaisantes et humiliantes soient-elles, qui lui seront imposées par l’État victorieux.
À lire le Plan de Trump, il n’y a pas d’État vaincu, l’agresseur et l’agressé sont mis sur le même plan.
Par ailleurs, plusieurs éléments du plan m’ont particulièrement choquée. En particulier, ceux :
- sur la déradicalisation de la Bande de Gaza,
- sur le Hamas,
- ainsi que le point sur le Qatar.
Ils inversent les priorités fondamentales entre sécurité et reconnaissance internationale.
Concernant la déradicalisation : les points 1 et 19
Gaza devra être une zone déradicalisée et exempte de terrorisme, ne représentant aucune menace pour ses voisins. [Point 1 du plan]
- Le président sait-il de quoi il parle quand il parle de déradicalisation ?
- Comment va-t-on lutter contre des extrémistes d’une violence extrême, et surtout s’ils sont animés par des motifs religieux, idéologiques et/ou politiques ?
Encore plus difficile quand on sait que ces extrémistes ont passé plus d’un demi-siècle de leur vie à encourager le terrorisme, à recruter de nouveaux adeptes à leur cause.
- Comment compte-t-on changer chez tout un peuple ses opinions extrêmes ?
- Comment compte-t-on empêcher les Palestiniens d’accéder à du contenu extrémiste en ligne ou télécharger du matériel de propagande ?
Un processus de déradicalisation de la population sera mis en place. Ce processus inclura un dialogue interconfessionnel visant à faire évoluer les mentalités et les discours en Israël et à Gaza. [Point 19]
Il faut être d’une grande naïveté pour croire que des discours – fussent-ils prononcés par des prêtres, par le Pape lui-même, par les plus grands imams et les rabbins les plus influents – suffiront à changer les mentalités et à obtenir des Palestiniens qu’ils ne caressent plus le désir qui les anime depuis huit décennies sinon plus, à savoir : la destruction de l’État juif et l’éradication de tous les Juifs à travers le monde.
Le cas du Hamas : les points 6, 13, 14 et 17
Une fois les otages libérés, les membres du Hamas qui s’engagent à coexister pacifiquement bénéficieront d’une amnistie. Ceux qui souhaitent quitter la bande de Gaza se verront accorder un passage sûr vers les pays d’accueil. [Point 6]
Il n’est guère question de déradicaliser des terroristes d’une violence extrême. Sans doute est-on conscient qu’un tel processus ne peut se faire qu’au bout de plusieurs années. Et pour que les otages soient libérés et la paix instaurée, il n’est pas possible d’attendre ; la paix risque fort d’être remise aux calendes grecques alors qu’elle est devenue une urgence.
Donc on se contentera de demander aux membres du Hamas de « s’engager à coexister pacifiquement ».
- De quelle façon se fera cet engagement ?
- Jureront-ils sur le Coran, au nom duquel ils se battent, pour nous convaincre qu’ils veulent la paix ?
Il me semble qu’au moment de la rédaction de ce plan, ses auteurs n’avaient plus en mémoire le pogrom du 7 octobre.
Ils n’ignorent pas pourtant que la violence du Hamas est motivée par des idéologies et croyances religieuses qui prônent le recours à la violence. Or, les dirigeants de grands États n’ont cessé de nous seriner, pendant ces deux années de guerre, qu’on ne peut pas annihiler une idéologie. Alors, comment expliquer le point 6 ?
Pour rassurer les Juifs : les points 13, 14 et 17
Après l’annonce du point 6, reportons-nous aux points 13, 14 et 17.
- Premièrement :
Le Hamas n’aura aucun rôle à jouer dans la gouvernance de Gaza. [point 13]
- Deuxièmement, le Hamas s’engagera à :
Détruire et à cesser l’éventuelle construction de toute infrastructure militaire offensive, notamment les tunnels. Les nouveaux dirigeants de Gaza s’engageront à coexister de manière pacifique avec leurs voisins. [point 13]
- Troisièmement :
Les partenaires régionaux fourniront une garantie de sécurité afin de s’assurer que le Hamas et les autres factions de l’enclave respectent leurs obligations, et que Gaza cesse de représenter une menace pour Israël et pour son propre peuple. [point 14]
Enfin, si le Hamas refuse de se plier aux conditions de ce plan, celui-ci sera appliqué de façon partielle, c’est-à-dire uniquement :
dans les zones de la Bande exemptes de terrorisme. [point 17]
Le Hamas n’a-t-il pas de quoi se réjouir ?
- On ne lui rappelle pas le pogrom du 7 octobre.
- On ne porte contre lui aucune accusation.
On se contente de brandir quelques sanctions dont il s’accommodera facilement dans la mesure où il n’est pas anéanti, et où il va rester sur sa terre et pourra préparer en douce, comme il l’a fait le 7 octobre, un autre pogrom.
Le cas du Qatar : le point 18 du Plan
Israël s’engage à ne plus mener d’attaques au Qatar. [Point 18]
Ce point-là adresse une mise en garde claire et nette à Israël.
Rappelons d’abord qu’Israël n’a pas attaqué l’État du Qatar en tant que tel : il s’agissait d’une attaque ciblée qui visait les bâtiments où se réunissent depuis des décennies les membres du Hamas.
Quand Israël a attaqué le Hezbollah au Liban, et les Houthis au Yémen, tuant leur président, on n’a pas entendu les récriminations de la communauté internationale ni les condamnations d’Israël comme ce fut le cas pour l’attaque à Doha.
Pourquoi cette prise de position pour le Qatar ?
Les États-Unis et la communauté internationale reconnaissent l’importance du rôle de médiateur joué par Doha dans le cadre de la guerre à Gaza. [Point 18]
Disons plutôt que les Occidentaux défendent leurs propres intérêts, et non les négociations interminables que mène le Qatar pour obtenir la libération des otages. Il est vrai qu’il peut passer pour le plus grand « philanthrope » de l’humanité. Alors, on se doit de le protéger, de lui donner carte blanche pour préparer sa réponse à l’attaque de Doha, au risque de mettre la sécurité de l’État juif en danger.
- Comment admettre qu’un État tiers dispose d’un feu vert implicite pour punir un autre État ?
- Où est la logique de souveraineté et de responsabilité ?
Que la diplomatie exige de la nuance, soit, mais pas au prix d’affaiblir l’État juif dont la première responsabilité est de protéger ses citoyens.
Impression générale
Je ne saurais dire l’impression qui m’habite depuis que j’ai pris connaissance de ce plan en 21 points. Je suis passablement troublée, profondément déçue, car je ne reconnais pas le Donald Trump « grand défenseur d’Israël ».
Ce plan ne nous apportera pas la paix comme on se plaît à nous le faire croire
Nous faisons un constat : le Hamas a su créer un terreau fertile pour le terrorisme, il a su propager ses messages et ses mensonges, faire de nouveaux adeptes, et il a plus de fans que n’en ont les chanteurs les plus célèbres.
D’ailleurs, le fait qu’il ait réussi en un temps record à passer aux yeux de la communauté internationale du statut d’ « État-terroriste » à celui d’État agressé, suffit à prouver qu’il représente et représentera toujours un danger incommensurable.
Le point 6 me fait particulièrement peur
En donnant au Hamas l’impression qu’il peut préparer une nouvelle opération du type du « 7 octobre », les auteurs de ce plan banalisent la logique du terrorisme. Plutôt que d’affaiblir et de prévenir les organisations qui ont juré la disparition d’Israël, ils ouvrent une boîte de Pandore en légitimant, sinon en encourageant, des cycles de représailles.
Si ce plan est adopté, je suis, hélas, persuadée que la liberté et l’indépendance d’Israël, pour lesquelles elle paye déjà au prix fort, seront compromises : certains États pourront dicter à l’État juif les limites de son action.
Et le Nobel de la paix ? Reviendra-t-il à Donald Trump, comme il l’espère ?
J’ai la douloureuse impression que la priorité de Donald Trump n’est plus la sécurité d’Israël, mais plutôt l’attrait de ce fameux prix, même au prix du sacrifice de l’État juif. C’est d’ailleurs ce que lui a laissé entendre Emmanuel Macron.
Le pire, à mes yeux, est cette impression que la quête d’un symbole – le Nobel de la paix, en l’occurrence – devient plus pressante que l’obligation première d’assurer la sécurité de l’État juif qui se bat seul contre toutes les organisations terroristes qui rêvent de l’éradiquer.
Si l’on accepte qu’une reconnaissance internationale, une médaille, un titre honorifique ou une image valent davantage que la vie des citoyens et l’existence même d’un État, alors nous traversons une déformation morale inquiétante. Jusqu’où irons-nous ? L’avenir nous le dira.
