Le piège tendu à Abou Mazen

Le président palestinien Mahmoud Abbas s'exprimant lors d'une réunion des dirigeants palestiniens à Ramallah, en Cisjordanie, le 7 mai 2020. Photo de Flash90
Le président palestinien Mahmoud Abbas s'exprimant lors d'une réunion des dirigeants palestiniens à Ramallah, en Cisjordanie, le 7 mai 2020. Photo de Flash90

Depuis que Donald Trump occupe la Maison Blanche, Abou Mazen n’est pas à la fête. Le président américain a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, y a transféré l’ambassade des Etats-Unis, a interrompu son aide bilatérale à l’Autorité palestinienne ainsi que sa contribution à l’UNRWA, et ordonné la fermeture du bureau de l’OLP à Washington.

Rien de surprenant à tout cela. Le président s’est aligné sur les positions de Binyamin Netanyahou, prenant pour argent comptant le principal argument de la droite israélienne : les Palestiniens seraient les seuls responsables de leur situation car ils ont refusé toutes les « propositions généreuses ».

On serait bien en peine de détailler ces offres qui tiennent en un non-dit : les Palestiniens doivent accepter la souveraineté Israélienne sur la Cisjordanie, et se contenter d’un « Etat-moins » (l’expression est de Binyamin Netanyahou), c’est-à-dire d’une autonomie au sein d’un espace dont les frontières, les accès  terrestres, et l’espace aérien seraient exclusivement contrôlés par l’Etat juif.

Dans sa grande bonté, le Premier ministre israélien a déclaré à plusieurs de ses interlocuteurs occidentaux qu’il ne verrait aucun inconvénient à ce que les Palestiniens déploient leur drapeau et entonnent leur hymne national. En d’autres termes, la Palestine serait réduite aux symboles de l’auto-détermination sans ses conséquences, ressemblant à un Etat comme le Canada Dry à l’alcool.

Le président de l’Autorité palestinienne (AP) et l’ensemble des Palestiniens toutes tendances confondues ont refusé de se soumettre. Aux termes du plan Trump, dans quatre ans, un Etat Palestinien serait proclamé sur 70 % de la Cisjordanie, 30 % pouvant être annexés immédiatement par Israël.

L’Autorité palestinienne devrait admettre ce qu’elle n’a jamais accepté comme la pérennité des 132 colonies israéliennes ou la souveraineté israélienne sur Jérusalem-Est. Avec le projet d’annexion au 1er juillet, le chantage s’est encore aggravé : une annexion de 10 % du territoire serait suivie d’une proposition de négociation, et en cas de refus de l’AP, les 20% restant seraient annexés à leur tour.

Le piège tendu à Abou Mazen est simple : soit il négocie pour accepter ce qu’il a toujours refusé, soit on le lui impose avec le soutien des Etats-Unis. C’est sans doute pour échapper à ce traquenard que, début juin 2020, le Premier ministre palestinien, Mohammad Shtayyeh, a déclaré avoir remis au Quartet (Onu, Union européenne, Etats-Unis, Russie) une proposition pour la création d’un « État palestinien souverain, indépendant et démilitarisé » comportant des « changements mineurs du tracé des frontières lorsque c’est nécessaire ».

Mais cette proposition a rencontré peu d’écho. C’est dire si le piège est en train de se refermer.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
Comments