Le parti marxisant ne peut plus guère capitaliser à plein temps sur la détestation de l’entité sioniste abhorrée

Tout a été écrit ou presque sur l’antisémitisme reproché à la France insoumise. À tel point que l’auteur de cette chronique n’a pas hésité à le nommer comme tel dans ses livres ou ses messages sur X, ce qu’il ne fera pas ici. Toujours est-il qu’un débat n’est pas clos pour savoir si l’attitude du parti de Jean-Luc Mélenchon à l’égard des Juifs et d’Israël était purement opportuniste pour s’attacher la clientèle des quartiers islamisés ou bien, plus profondément, si ce mouvement ne suivait pas la lourde tendance de l’extrême gauche mondiale à regarder les Juifs et l’État qui porte leur nom, comme des blancs suprêmement haïssables. Contrairement à l’extrême droite d’hier qui les regardait comme des métèques apatrides.
J’ai pour ma part toujours considéré le mouvement mélenchoniste comme sincère dans sa détestation, encore qu’il puisse joindre l’utile électoralisme à la haine agréable. Cette détestation a atteint son summum pendant la guerre à Gaza où la France insoumise aura été à la tête du combat assez réussi pour affubler l’État issu de la Shoah et martyrisé le 7 octobre de l’étiquette de génocidaire. Reconnaissons à son chef une certaine fidélité de logique comportementale puisqu’il fut également un des rares politiciens européens à ressusciter le mythe du peuple juif déicide. J’ai écrit européen, car son grand ami, le dictateur vénézuélien Chavez, prédécesseur du non moins dictatorial Maduro, ne dédaignait pas de temps à autre chanter en espagnol l’air du Juif errant. Toujours est-il qu’en dépit de la meilleure volonté, la guerre à Gaza s’éloignant, le parti marxisant ne peut plus guère capitaliser à plein temps sur la détestation de l’entité sioniste abhorrée.
C’est précisément à ce moment que deux députés de celui-ci, Carlos Martens Bilongo et Sébastien Delogu, se sont illustrés par des déclarations qui ont permis à ce parti de franchir ou plutôt d’élargir, dans sa continuité anti-blanche, un nouveau degré sur l’échelle du racisme décomplexé. Le premier aura procédé à trois sorties de la route des convenances minimales qui ne sauraient être attribuées au hasard ou à la maladresse.
La première concerne Jordan Bardella, elle a été prononcée lors d’une interview donnée au youtubeur Docteurdrew. Selon Carlos Martens Bilongo, le député du RN ne saurait être considéré comme beau que selon « les standards qui fleureraient bon le IIIe Reich ». On voit bien ici que dans l’esprit de détestation Insoumis, Hitler, l’apôtre de la race aryenne blanche immaculée, n’est appelé en renfort que pour conférer à la beauté prêtée injustement au jeune député nationaliste français blanc la laideur la plus noire.
La seconde a été tenue et diffusée le 23 décembre 2025 sur YouTube dans le cadre de la « Librairie Africaine ». Elle concerne l’intelligence de Carlos Martens Bilongo et des siens (entendez ces Africains avec lesquels il réalise l’interview) et qu’il considère comme plus intelligents que les autres :
Il faut leur montrer qu’on est plus nombreux et qu’on est plus intelligents.
Ici encore, une supériorité intellectuelle raciale décomplexée est assumée sans fard. Le député ajoute menaçant :
Si on fait plus de gosses qu’eux, tant pis pour eux.
Des esprits plus chagrins que complotistes pourraient y voir une volonté désormais affichée ouvertement de remplacement de la population ancienne par la nouvelle, plus intelligente.
Enfin et dans le même esprit, le député Bilongo moque sans complexe « la misère intellectuelle » des gens du Nord :
Là où il y a une pauvreté intellectuelle, dans les territoires fracturés par les fermetures d’usine, dans le nord de la France, les racistes sont en avant.
J’oserais tout de même penser que certaines Gueules Noires auraient pu surpasser et par la culture et par l’esprit ceux qui empruntent les excès racialistes de Malcom X ou, plus récemment, d’Al Sharpton, avec tout de même un style moins flamboyant.
Nous ferons grâce à Carlos Martens Bilongo de ses déclarations concernant Rachida Dati qui « n’aurait pas réussi sans coucher », dans le cadre d’une « promotion canapé », celui-ci s’en étant excusé après avoir été gourmandé tendrement par les siens et promis à quelques séances de rééducation contre le sexisme par les siennes.
Exactement dans le même esprit, encore que le mien répugne à employer le mot en cette funeste circonstance, Sébastien Delogu, peu avare de fadaises marseillaises, d’inepties et de coquecigrues, a préconisé également à la fin du mois de décembre de « faire élire un racisé à Saint Denis ». Mon imagination est impuissante à décrire l’avenir politique, social ou même juridique d’un homme de droite au teint pâle qui recommanderait de faire élire un blanc à Montrouge.
Je n’ose ressortir mon privilège rouge, et pourtant, il le faut en partie. En partie seulement. Certes, il ne fait pas de doutes que les temps médiatiques sont plus cléments infiniment pour l’extrême gauche. Et je n’ai pas entendu sur l’audiovisuel public la moindre condamnation des déclarations précitées qui ont été à peine évoquées. C’est d’ailleurs précisément pour cette raison que nos députés s’en sont donné sans retenue aucune à cœur joie, ayant été éduqués à l’impunité.
D’ailleurs, la différence de traitement opéré par l’Arcom entre la manière dont doit être traité le parti extrémiste et racialiste de gauche et le parti nationaliste de droite explique également le comportement sans frein du premier. C’est ainsi que CNews, Radio J et les Grandes Gueules de RMC, se sont vues adresser des remontrances aux motifs que ces médias auraient osé laisser dire que Jean-Luc Mélenchon serait antisémite. Voici donc l’autorité de régulation de l’audiovisuel plus intransigeante et sévère que l’autorité judiciaire.
D’autre part, lorsque le sommeil ne me vient pas le soir, je compte les fois où, sur l’audiovisuel public, tel éditorialiste décrit le RN comme un parti raciste ou tel humoriste à sens inique habille pour l’hiver sa présidente en uniforme nazi. D’ailleurs, sur France Inter et sur France Info, le RN est situé à l’extrême droite tandis que la FI n’est qu’à la gauche de la gauche, sans que l’Arcom n’y trouve rien à redire au plan géométrique.
Il n’y a d’ailleurs pas que les médias audiovisuels. Le Monde du 27 décembre a traité sans acrimonie particulière la théorie de créolisation de Jean-Luc Mélenchon, la créditant même dans ses colonnes du bénéfice d’habileté pouvant gêner les désirs identitaires de la droite française plus déterminée qu’hier à mettre un frein à l’immigration massive et invasive « Jean-Luc Mélenchon avec la Nouvelle France s’empare du terrain de l’identité pour contrer l’extrême droite ». De même, aucune critique n’est venue accabler les deux députés précités. Mais après tout, que ce soit sur la question palestinienne ou sur la question migratoire, il n’existe pas, sur le fond, de grandes divergences entre le parti d’extrême gauche et le journal.
Voilà pour le privilège rouge qui donne du zèle, mais il ne serait rien dans les dernières incroyables imprécations insoumises sans cette détestation du blanc et de l’Occident. Détestation que j’ai montrée plus haut dans la détestation de Sion.
Enfin, ce qui interroge est le moment. Un esprit superficiel mettrait ses excès sur le compte de la proche période électorale. Mais dans l’inconscient profond de ces deux députés qui ne se caractérisent ni par la prudence ni par l’esprit de responsabilité, le moment est venu d’exprimer les choses sans apprêts. La population française aurait suffisamment changé pour pouvoir dire impunément que le blanc a fait son temps. Qu’il soit mélangé de force ou qu’il passe la main.
D’ailleurs Jean-Luc Mélenchon ne supporte pas de vivre dans un quartier où il y a trop de blancs. Quand je dis que la haine a changé de trottoir. En une semaine, celle d’extrême gauche est encore montée d’un cran. En douceur et profondeur.
Article publié sur Le Figaro le 05/01/25.
