Le paradoxe économique et social israélien

Magasin fermé avec des affiches à louer sur la rue King George, dans le centre-ville de Jérusalem, le 10 novembre 2020. Photo de Hadas Parush / Flash90
Magasin fermé avec des affiches à louer sur la rue King George, dans le centre-ville de Jérusalem, le 10 novembre 2020. Photo de Hadas Parush / Flash90

La crise sanitaire engendrée par la covid a des conséquences sociales économiques et politiques qui s’aggravent jour après jour.

Les conséquences sociales sont considérables, créant des conditions de repli sur soi induit par les différents épisodes de confinement. Les cas de dépression sont en nette augmentation en raison de l’incertitude grandissante sur les risques sanitaires et sur les pertes d’emploi.

La fracture sociale s’est brutalement aggravée économiquement, mais plus gravement sociologiquement. La distinction justifiée scientifiquement entre les populations âgées particulièrement exposées et les populations moins âgées a créé des comportements réflexes d’évitement et discriminatoires préjudiciables à une harmonie sociale. Toutes les tranches d’âge, toutes les couches sociales sont touchées par la covid, à des degrés différents, créant une crainte généralisée légitime à l’égard de cette affection et de la gestion de cette pandémie. Les conséquences politiques sont une mise en tension et en responsabilité du pouvoir politique, avec des réactions en amont préventives, parfois retardataires, en aval curatives, parfois inappropriées, car trop systématiques.

Cependant, à leur décharge, les actions gouvernementales israéliennes sont à l’image des réactions de tous les pays de l’OCDE. Les conséquences sociales ont été également des manifestations contestataires des décisions politiques jugées autoritaires. Les conséquences sociales sont d’autant plus graves que l’état providence a été méthodiquement défait par le libéralisme installé en Israël depuis près de 20 ans.

Paradoxalement, en contraste avec les destructions d’emplois massives dans l’économie sociale, les multinationales nationales et internationales ont préservé leurs emplois et leurs marchés intérieur et extérieur. Les grands groupes dans l’alimentation, la distribution et l’énergie ont même augmenté leurs chiffres d’affaires et leurs ratios de revenus. Au total que voit-on ?

L’économie locale de proximité, faite de micro entreprises d’artisanat et de tourisme a été touchée de plein fouet. L’économie de la culture et de l’événementiel essentiellement israélienne est également très atteinte, avec l’affaiblissement de ces activités. C’est un pan de l’économie israélienne qui s’effondre, créant ainsi une mise au sommeil de 800000 d’emplois environ.

Ces emplois ne seront pas probablement tous au rendez-vous de l’après crise, car toutes ces petites entreprises étaient déjà fragiliséavant la crise du covid et devront nécessiter une récapitalisation importante pour survivre. Des emplois dans d’autres secteurs sont en voie de pérennisation dans l’économie verte, dans l’économie solidaire et sociale, et dans l’économie numérique.

La créativité et l’adaptabilité des Israéliens conduit à créer de nouveaux comportements de consommation de communication. Le télé travail s’impose dans les entreprises. La restauration à emporter s’est développée et les achats par internet se sont vulgarisés. Mais cette mutation va demander du temps pour recréer le tissu économique et culturel auquel les Israéliens sont attachés.

Paradoxalement, la macroéconomie qui repose sur les grands groupes industriels et les industries de la high tech ont tenu bon et ont permis de limiter la chute du PIB et les pertes d’emplois et c’est heureux. Cette donnée a été soulignée par les agences de notation comme Moody par exemple qui n’a pas dégradé Israël.

Cependant la faible quantité d’emplois sauvegardés par l’économie numérique et la high tech ne peut suffire à compenser la diversité et la multiplicité des emplois perdus. On assiste donc en Israël à une véritable modélisation de la crise post covid au sein d’une économie libérale avancée qui a tourné le dos à l’état providence. Israël est devenue au cours des années une économie moderne libérale de type silicone vallée qui peut résister macroéconomiquement à un choc sanitaire de grande ampleur mais qui doit mesurer et réparer désormais les dégâts sociaux.

Cette résilience est faite au détriment du maillage socio économique hérité de l’histoire d’Israël et de la tradition socialiste des pères fondateurs. La microéconomie culturelle et sociale israélienne est le ciment de la société israélienne dans toute sa diversité. La macroéconomie tire vers le haut l’économie israélienne, elle ne peut prétendre être l’alpha et l’Omega d’un roman israélien fait d’histoire et de culture et de tradition. Les pertes d’emploi sont présentes et pérennes. Les subventions, certes minimes, ne peuvent être continuelles et à la hauteur des attentes.

Les souffrances sociales et les inquiétudes sur l’avenir sont réelles d’autant plus en absence d’état providence. Le contraste entre la macroéconomie florissante et la microéconomie fléchissante est flagrant et ne pourra se perpétrer au sortir de la crise sans créer des disparités sociales inquiétantes. Comment sortir de cette contradiction ?

Dans l’immédiat, il est irréaliste de penser reconstruire l’état providence, car le temps est compté et la synchronicite économique et financière mondiale ne s’y prête pas. C’est l’opportunité pour Israël d’innover dans le concert des économies libérales modernes et pour promouvoir des concepts évolutionnaires tels que le capital universel et le salaire universel. Le capital universel est une solution de sortie tout en abandonnant l’illusion de la sempiternelle et dépassée lutte anti capitaliste et ses conséquences contre productives.

D’autre part, cette solution permet de rétribuer à juste titre tous les citoyens sans exception pour le don de la propriété de leur données personnelles capitalisées et utilisées gratuitement par toute l’économie numérique mondiale. Le salaire universel est la solution pour compenser légitimement et symboliquement les pertes d’emploi.

C’est une innovation pour délivrer une compensation financière au travail social effectué par chaque citoyen régulièrement auprès de la collectivité par son action civique jusqu’alors non rétribuée. Ces deux mesures auraient l’avantage de relancer l’économie immédiatement et de recréer le lien social entre des citoyens israéliens tétanisés par cette crise sanitaire et économique holistique, premier signal d’une mondialisation protéiforme et chaotique.

Références:

Texte de Steve Ohana et Homa capital. La Tribune du 15/10/2020 . “Le capital universel”.                                            

Texte de Steve Ohana et Homa capital. “Le monde d’après” du 28/05/2020       

Steve Ohana est polytechnicien, docteur en économie, professeur à l’ESCP, chargé de la R&D auprès de Homa capital.

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Posted by KAN en français on Thursday, November 12, 2020

à propos de l'auteur
Docteur en médecine, Gilbert est aussi médecin du travail, acupuncteur, homéopathe ainsi qu'enseignant de neurophysiologie.
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