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Le noahisme, nouveau souffle pour Israël

Israël semble être à bout de souffle et avoir besoin -justement- d’un nouveau souffle. Le sionisme socialiste laïc qui devait subrepticement se transformer en sionisme religieux n’a pas abouti à une adhésion consensuelle.

Le sionisme religieux s’est transformé en messianisme soit raisonnable soit délirant (violent et injuste). Israël est fragmenté entre, d’un côté ceux qui ne veulent plus entendre parler de Torah, de mission universelle et de particularité du peuple élu, et d’un autre côté ceux qui veulent expulser les Palestiniens et les Arabes d’Israël lors de la prochaine guerre afin de régler le conflit démographique.

Par ailleurs, le pays semble devenu non pas une terre de réconciliation entre l’Orient et l’Occident mais plutôt une annexe des États-Unis, un pays où le coût de la vie devient insupportable. De plus en plus de jeunes Israéliens choisissent aujourd’hui la yerida (sens inverse de alya) -et inévitablement l’assimilation- parce qu’ils ne perçoivent pas d’idéal sain(t) pour leur peuple et leur pays trop secoué de tensions anxiogènes dont l’une des causes principales et le manque d’unité du peuple juif.

Où est la paix ? On ne la voit plus poindre à l’horizon. Comment juifs et non-juifs, datim (religieux) et hilonim (laïcs) peuvent cohabiter dans un même pays ? Où trouver des issues à ces impasses ?

Le noahisme (ou noachisme) fait à mon avis partie des bonnes réponses. Comment le définir ? Y a-t-il plusieurs noahismes ? Quels sont les risques et quels sont les bienfaits du noahisme ? Quel est le sens profond du noahisme ? Comment le développer ?

Qu’est-ce que le noahisme ?

On pourrait le définir comme une adhésion aux valeurs du judaïsme sans être juif ni vouloir le devenir. C’est en quelque sorte être associé au peuple d’Israël sans en faire vraiment partie. C’est adhérer à sept mitsvot (les lois noahides) au lieu de 613.

Bref, certains caricatureront en disant que c’est un statut « bâtard », un judaïsme light ou un moyen pour l’État d’Israël de recruter des alliés en vendant aux noahides une pseudo-conversion, un guiour bon marché. Sur les réseaux complotistes on le suspecte d’être une nouvelle religion mondiale bien sûr téléguidée par « les juifs ». Dans des milieux plus raisonnables on l’assimile à une spiritualité compatible avec toutes les religions, ou au moins les trois dites monothéistes.

Sur le site du « Centre noahide mondial » fondé par le rav Oury Cherki il est clairement stipulé que le judaïsme n’est pas une religion mais une nation et que par conséquent le noahisme est une adhésion à une nationalité. Le rav Cherki précise avec le bouddhisme à condition de le débarrasser de ses éléments païens. Par contre, même si l’on peut conserver sa sensibilité chrétienne et l’orienter vers la Torah d’Israël, il n’est pas envisageable d’être noahide en souscrivant au dogme trinitaire polythéiste.

Cependant le noahisme n’est pas figé dans le marbre, tous ces sujets et de nombreux autres sont « en discussion ». Dans le monde entier, des groupes noahides surgissent et se développent ; on ne peut pas dire qu’il y ait un noahisme monolithique.

Y a-t-il plusieurs noahismes ?

Il y a des groupes noahides qui se donnent une identité officielle définie en s’appelant Bne Noah, enfants de Noé. Pourtant, théoriquement, il n’est pas nécessaire de se dire Ben Noah pour l’être : toute personne (croyante ou pas) respectant même sans le savoir les règles noahides est noahide.

En effet, les sept lois sont plus ou moins acceptées et pratiquées par une grande partie de l’humanité : établir des tribunaux ; interdiction de blasphémer ; interdiction de l’idolâtrie ; interdiction d’unions illicites ; interdiction d’assassiner ; interdiction de voler ; interdiction de manger la chair arrachée à un animal vivant.

Il n’est en effet pas indispensable d’être croyant pour s’abstenir de blasphémer et, à plus forte raison, de pratiquer l’idolâtrie. Selon certains rabbins les Musulmans et les Chrétiens sont noahides.

Mais si l’on veut être plus clair il faudrait ajouter aux sept commandements un huitième implicite : aimer Israël. Et bien sûr on ouvre ici un débat : qu’est-ce qu’Israël ? Le peuple juif ? La nation Israël ? La culture hébraïque ? Sa spiritualité ? Etc.

Quels sont les risques et les bienfaits du noahisme ?

Le risque principal du noahisme est de reproduire ce qui s’est passé il y a deux mille ans lorsque les disciples de Jésus ont décidé (sous l’influence de Saint-Paul) de couper les ponts avec Israël. Ce noahisme s’est transformé en une religion qui ensuite s’est retourné contre sa matrice. Aujourd’hui, depuis Jean Paul II, on est en train de réparer les dégâts mais ils sont si lourds que la réparation (tikoun) est loin d’aboutir.

Un autre risque du noahisme qui est semblable au premier dans le sens où il s’agit de création de religion nouvelle, c’est le repli sur soi, l’entre-soi. On constate par exemple que beaucoup de noahides anciens chrétiens sont devenus violemment anti-chrétiens. Avec une attitude si radicale est intolérante, le noahisme va « dans le mur »… C’est le phénomène classique du néophyte qui croit qu’en se convertissant à l’idéologie qu’il vient de découvrir pense que sa communauté est l’unique remède à tous les maux de l’humanité et que toutes les autres sont à mettre à la poubelle.

Mis à part ces travers et d’autres qu’il serait inutile de mentionner ici, le noahisme est une belle idée. Il répond au besoin d’un nombre croissant de goyim en manque de repères (ou sans religion). Le noahisme fait du bien à l’humanité et à Israël parce que les goyim qui s’attachent au peuple qui a reçu la Torah lui permettent de se connaître lui-même et de s’amender. Les noahides croient en Israël plus que les juifs eux-mêmes. Ils redonnent sens, non seulement à l’idéal sioniste devenu idéal matérialiste sans humanisme ni humanité, mais aussi au judaïsme : Israël devient ainsi concrètement « lumière pour les nations ».

La Talmud préconise de tuer celui qui veut te tuer avant qu’il ne le fasse. Attaquer avant de l’être. Si l’on transpose la signification de « tuer », ce verbe peut signifier convertir, « manger » l’autre, l’absorber dans sa propre identité : c’est le programme du christianisme et de l’islam. Se sentant en danger, le judaïsme à son tour, semble en train de devenir lui-aussi prosélyte. Cela est devenu possible depuis qu’Israël est revenu chez lui. Néanmoins il ne s’agit pas exactement d’une démarche de conversion mais d’adhésion. La nuance est essentielle. Dans le noahisme véritable on ne change pas d’identité, on s’attache à la source de toutes les spiritualités qui se trouve à Jérusalem.

Aussi, à mon avis, on peut rester dans sa propre culture et sa religion sans jouer à être juif, sans singer le judaïsme. Grâce aux outils du noahisme (et bien sûr du judaïsme) on peut étudier la Torah comme et avec les juifs, on peut participer aux prières en toute légitimité et on peut appliquer autant de mitsvot qu’on le souhaite. Les noahides ont beaucoup à dire à Israël, beaucoup à lui apporter pour lui remonter le moral et lui faire prendre conscience de lui même, le peuple préféré d’HaChem.

Quel est le sens profond du noahisme ?

En résumé le noahisme c’est lorsqu’Israël cesse d’être égoïste et accepte enfin de partager sa lumière. D’accord, durant des siècles de persécutions, le peuple juif n’était pas invité à partager son trésor. Mais aujourd’hui, grâce à l’existence d’un pays pour les juifs, Israël peut élargir l’espace de sa tente et inviter tous ceux qui le désirent à y entrer.

Si HaChem est bien le Dieu de toute l’humanité alors le noahisme est la conséquence logique et naturelle du retour des juifs sur leur terre d’origine. Cette terre n’est pas la Californie, l’idéal n’est pas une société de consommation sans âme. La terre d’Israël est destiné à devenir le centre spirituel de l’humanité. Les Arabes, en devenant noahides ne pourront plus être jaloux de la réussite économique d’Israël puisqu’ils y seront associés et en seront acteurs. C’est cela l’enjeu du noahisme : vaincre l’ennemi en le transformant en ami.

Comment le développer ?

L’idéal noahide est trop grand pour se laisser enfermer dans un seul organisme, une seule organisation, une seule communauté. Il est polymorphe et mouvant. Pour s’attacher à Israël il n’est pas indispensable de faire partie d’une communauté noahide, on peut très bien étudier le judaïsme en fréquentant la synagogue de son quartier au lieu d’aller à des réunions de noahides ; c’est même encore mieux. Une communauté noahide est utile lorsqu’il n’y a pas de communauté juive à proximité (ou lorsqu’elle est trop hermétique au noahisme, ce qui arrive…).

La meilleure manière de développer le noahisme serait à mon avis de se débarrasser de ce mot. Il est -surtout en France- mal perçu car on a l’impression qu’il s’agit d’un judaïsme au rabais, un « judaïsme bis », un judaïsme pour les goyim. On a cependant toujours besoin de mots et pour le moment c’est celui-ci qui permet le mieux d’identifier et de définir une identité non juive associée au peuple juif, une personne qui croit que le Dieu d’Israël est le Dieu de toute l’humanité sans pour autant faire partie d’Israël.

Aussi, je pense que le noahisme, pour se développer, a besoin de proximité plus que de grands moyens : il s’agit pour les juifs qui dans leur majorité ignorent tout du noahisme de devenir sensibles à ce phénomène. Comment accueillir au sein d’Israël tous ces guerim (étrangers) assoiffés de Torah ? Les juifs ont besoin de se convertir au noahisme ! Grâce à cette « auto-conversion » les noahides pourront plus facilement répandre avec Israël la lumière d’Israël qui soigne l’humanité.

Israël semble aujourd’hui être asphyxié de l’extérieur et de l’intérieur. Le noahisme, par l’adhésion de goyim au projet d’Israël, peut apporter un nouveau souffle au peuple juif tout entier. Enfin des juifs et des goyim peuvent se retrouver et travailler dans le même sens malgré la frontière toujours étanche entre eux. Un jour peut-être, cette frontière disparaîtra. Quand le Messie viendra…

Manitou prophétisait qu’un jour les goyim diront « Écoute Israël, HaChem est notre Dieu à nous aussi ». Les noahides accomplissent cette prophétie.

à propos de l'auteur
Passionné de judaïsme et d'Israël, Pierre Orsey est né en 1971 et habite près d’Avignon.
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