Le mensonge politique plane sur les élections

Cette photo du 18 mars 2015 montre une affiche de la campagne électorale du Premier ministre Benjamin Netanyahu parmi les bulletins de vote au siège électoral de son parti à Tel Aviv. (AP/Dan Balilty)
Cette photo du 18 mars 2015 montre une affiche de la campagne électorale du Premier ministre Benjamin Netanyahu parmi les bulletins de vote au siège électoral de son parti à Tel Aviv. (AP/Dan Balilty)

Dans quelques jours, le peuple israélien ira aux urnes pour élire une nouvelle coalition gouvernementale.

Certes, le devoir civique est de coutume dans les pays démocratiques et chaque citoyen est roi le jour du vote. En Italie ou en Grande-Bretagne, par exemple, la crise gouvernementale domine fortement tous les esprits mais elle n’est pas existentielle comme en Israël.

Ici, les résultats du scrutin peuvent basculer vers une paix chimérique et illusoire comme une guerre sanglante et inutile. Vers une confrontation civile violente entre les extrêmes dans un contexte de conflit armé avec les ennemis qui nous entourent.

Pour la première fois dans l’Histoire de notre pays nous sommes allés aux urnes pour la deuxième fois en l’espace de quelques mois, car le Premier ministre Nétanyahou n’avait pas réussi à former une coalition majoritaire.

Une fois encore, il est triste de constater que le Mal israélien persiste par la multiplication des petits partis et la présence de démagogues et populistes et que seule la modification du système électoral actuel pourra assurer une coalition stable et une bonne gestion gouvernementale.

Concernant ces nouvelles élections, la société israélienne demeure déchirée et le nombre des indécis et surtout des absentéistes grandit. En l’absence de réforme, il est clair qu’un troisième round électoral ne pourra non plus changer l’échiquier politique.

Dans ce contexte, le 18 septembre 2019, au lendemain des élections, le chef du plus grand parti devra faire toutes les acrobaties possibles pour obtenir une coalition stable d’au moins 61 députés.

Après une dizaine d’années au pouvoir, le Premier ministre, Benjamin Nétanyahou, se lance, pour la sixième fois, dans la bataille électorale. Elle est sans doute la plus rude et la plus compliquée pour lui, malgré les sondages favorables qui le placent toujours en tête des leaders israéliens.

Malgré ses efforts hors du commun de pouvoir diriger à la fois les affaires courantes et sécuritaires de l’Etat, et consolider les relations avec les grands leaders de la planète, la lassitude de le revoir une fois encore diriger le pays, et surtout son éventuelle mise en examen, risquent en effet d’ébranler complètement l’échiquier politique.

Tout pronostic reste donc hasardeux bien qu’il pourrait exister un léger avantage au bloc de droite pour former une prochaine coalition viable, selon les derniers sondages, qui malheureusement ne sont pas toujours fiables.

Cependant, nous constatons une fois encore qu’il existe, comme d’ailleurs dans le monde entier, une carence en leadership, une absence de véritables leaders, les vrais hommes d’Etat, ceux qui possèdent le charisme, l’audace, l’expérience, et surtout les intérêts des citoyens et des affaires de l’Etat.

Les stratèges en communication ont évidemment un rôle à jouer, surtout sur les réseaux sociaux, mais ils ne doivent pas dicter aux leaders la marche à suivre en leur offrant des messages creux, des promesses vides de sens, populistes et irréalisables.

Cette dernière décennie, nous vivons à l’ère où le mensonge politique passe facilement. On peut donc mentir et tricher sans rougir de honte. On peut changer d’avis et tourner sa veste, être mis en examen et poursuivre tranquillement son chemin. La pratique de la fausseté et de la dérobade des responsabilités est odieuse et indigne. Elle prouve lâcheté, paresse et manque de bravoure.

Dans ce contexte, les journalistes de la presse israélienne, et en particulier des chaînes de télévision, devraient avoir la hardiesse de réviser leur attitude à l’égard des hommes politiques. Ne pas les juger selon leur propre opinion personnelle ou par revanche cynique en raison d’un manque de considération de leur part.

Certes, l’objectivité n’existe pas mais l’honnêteté intellectuelle devrait jouer un rôle significatif et primordial. Faire clairement une distinction nette entre l’important et l’insignifiant, l’essentiel et la futilité, le faux et le vrai.

La presse dans un pays démocratique est gardienne des libertés et dévoile les injustices. Beaumarchais disait justement : « sans la liberté de blâmer, il n’est pas d’éloge flatteur »

L’éloge perd donc son sens si notre interlocuteur n’est pas libre de nous blâmer. Les relations presse-pouvoir devraient être basées selon des critères de crédibilité absolue et de respect mutuel.

Enfin, espérons que cette campagne électorale s’achève dans le calme et la dignité et que le meilleur parti gagne.

Cet article a été publié le 5 septembre 2019 sur le site http://jcpa-lecape.org/

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 22 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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