Younes Oumoulay
Enjeux régionaux | Dialogue interculturel
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Le Maroc, maison de ses enfants juifs

Toulal, Midelt — Pèlerinage juif marocain au mausolée de Rabbi Itshak Abihssira.
Toulal, Midelt — Pèlerinage juif marocain au mausolée de Rabbi Itshak Abihssira.

Dans un contexte régional tendu, certaines réalités échappent au bruit du moment. Elles ne se commentent pas, elles se maintiennent. Le pèlerinage juif marocain de Toulal en est une illustration.

À Toulal, dans la province de Midelt, des membres de la communauté juive marocaine, venus du Maroc et de l’étranger, se sont retrouvés au mausolée de Rabbi Itshak Abihssira. Un rendez-vous ancien, régulier, rythmé par les prières, les chants et les retrouvailles.

Les autorités provinciales étaient présentes, dont le gouverneur Abdelwahab Fadhil, aux côtés d’élus et de responsables locaux. Des prières ont été élevées pour Sa Majesté le Roi Mohammed VI, pour la Famille Royale, ainsi que pour la mémoire de Hassan II et de Mohammed V. L’attachement au Trône Alaouite a été réaffirmé.

Le pèlerinage s’est tenu comme il se tient chaque année. Sans rupture. Sans mise en scène.

Une relation inscrite dans la durée

Le lien entre le Maroc et ses enfants juifs ne se lit pas uniquement dans les textes ou les déclarations. Il s’observe dans la permanence de pratiques religieuses et culturelles qui traversent le temps sans rupture. Les Juifs marocains établis à l’étranger, y compris en Israël, continuent de revenir à Toulal comme ailleurs dans le pays. Leur présence ne relève ni du symbole ni de l’événementiel. Elle s’inscrit dans une continuité vécue, nourrie par des repères communs.

Le pèlerinage de Toulal n’est pas un cas isolé. À travers le Maroc, d’autres rendez-vous juifs se tiennent régulièrement : à Ouezzane, près d’Agouim, à Essaouira ou dans le Tafilalet. Pris ensemble, ces pèlerinages dessinent une continuité installée dans le temps et dans les territoires.

Cette réalité traverse les périodes de tension comme les phases d’accalmie. Elle ne se redéfinit pas au gré de l’actualité régionale. Elle s’inscrit dans un temps long, propre à l’histoire marocaine et à la place qu’y occupe sa composante juive.

Le Trône, Commandeur des Croyants, comme cadre de stabilité

La référence au Trône Alaouite accompagne naturellement ces rassemblements. En tant que Commandeur des Croyants, le Roi demeure le garant de l’équilibre entre les confessions et de la protection de tous les croyants. Les prières qui lui sont adressées lors des pèlerinages rappellent ce cadre partagé, au sein duquel les différentes expressions religieuses trouvent leur place sans être instrumentalisées.

À Toulal comme ailleurs, cette réalité ne fait l’objet d’aucune mise en scène. Elle se manifeste par la tenue régulière des pèlerinages et leur inscription continue dans le paysage local.

Une histoire qui résiste aux polémiques

Parler de « rupture », c’est souvent se laisser distraire par l’instant. Le lien entre le Maroc et ses Juifs n’a jamais eu besoin d’être proclamé pour exister : il se vit dans les retours, les gestes répétés, les lieux retrouvés. Il traverse les familles, les rites et les pèlerinages, avec la patience de ce qui s’inscrit dans la durée.

Pendant que le moment passe, ce lien demeure. Il circule discrètement, sans slogans ni éclats, porté par des relations humaines, des habitudes anciennes et, aujourd’hui aussi, par des échanges assumés avec Israël. Rien de brusque, rien de forcé : simplement une continuité qui avance à son rythme, fidèle à elle-même.

La suite s’écrit déjà.

à propos de l'auteur
Issu d’un parcours d’excellence dans des écoles de commerce de renom, Younes s’intéresse aux dynamiques du monde méditerranéen et aux transformations du monde arabe. Il s’intéresse particulièrement aux dimensions politiques, culturelles et sociales de ces espaces. Engagé dans la société civile, il oeuvre pour le dialogue interculturel et le renforcement des passerelles entre les diasporas en France.
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