Le Likoud dispose d’un socle inébranlable à base marocaine

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et la ministre de la Culture Miri Regev assistant à la célébration juive marocaine de Mimuna, à Dimona, le 18 avril 2017.
Photo de Kobi Gideon / GPO
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et la ministre de la Culture Miri Regev assistant à la célébration juive marocaine de Mimuna, à Dimona, le 18 avril 2017. Photo de Kobi Gideon / GPO

Les sondages, sous réserve qu’on y croit, montrent une certaine stabilité voire une progression des intentions de vote pour le Likoud caracolant en tête et laissant ses adversaires à plusieurs sièges derrière lui.

Netanyahou se maintient malgré une coalition de partis qui se dressent contre lui. Plusieurs explications peuvent être données à ce phénomène inédit dans les pays occidentaux qui voient, les uns après les autres, leurs dirigeants contestés par leurs bases, rejoindre les tiroirs de l’Histoire.

L’opposition israélienne n’a pas réussi à faire émerger un leader nouveau capable de l’évincer. Les concurrents sont, soit trop vieux à l’instar de Ron Huldaï ou de Moshe Yaalon, soit trop artificiels comme Naftali Bennett qui n’a jamais eu de stratégie stable, soit non crédibles comme Yaïr Lapid, soit inexistants à l’instar des Travaillistes. Les autres sont trop insignifiants pour figurer dans le peloton de tête. Gideon Saar peut sortir du lot mais, en quelques semaines, il doit rattraper son retard face à son ancien leader qui ne lui fera aucun cadeau et qui se bonifie dans le combat.

Le seul moyen pour fragiliser Netanyahou est de s’attaquer à son socle inébranlable. Comme un immeuble bâti sur pilotis, il faut s’attaquer aux piliers qui le supportent et en particulier à l’héritage de Menahem Begin. Ce leader de droite s’identifiait à la caricature convenue du Juif ashkénaze triste et austère mais au fil du temps, est apparue une personnalité tout en paradoxes avec son élégance vestimentaire surannée, costume-cravate, qui le distinguait des autres dirigeants sionistes à la chemise blanche ouverte.

Il avait tout de l’homme courtois dans ses rapports avec ses adversaires mais surtout, il savait soulever les foules par son magnétisme d’orateur. C’était un homme simple tout comme d’ailleurs Itzhak Shamir qui ont vécu chichement dans leurs deux pièces de Tel Aviv, souvent de location.

Mais Menahem Begin était déterminé avec une fièvre intérieure qui le rendait parfois inquiétant parce qu’il arborait les extrêmes en ne jurant que par Jabotinsky et par le révisionnisme qui l’entrainèrent à se heurter violemment aux sionistes socialistes tout en faisant preuve d’une retenue en tant qu’opposant responsable. Il avait une réputation d’homme rigide et sectaire qui le rendit infréquentable. Mais il a su exploiter la chance inespérée de l’usure des Travaillistes au gouvernement.

Il avait compris que pour arriver au pouvoir, lui l’ashkénaze froid, pur et dur, il devait s’appuyer sur une communauté martyrisée et dédaignée, bonne à fournir une main d’œuvre à bon marché après avoir été envoyée dans des contrées lointaines, aux portes du Néguev en particulier, pour peupler les zones arides. À leur contact, il était alors entré dans la peau d’un homme d’État plein de convictions.

Tous les partis d’alors, avaient négligé cette communauté dont les enfants s’étaient révoltés en 1971 à travers les Panthères Noires, le mouvement de protestation sociale contre le statut inférieur des Juifs Mizrahis et contre la discrimination dont ils étaient les victimes. La répression fut sévère et à l’époque, n’existaient pas les réseaux sociaux qui auraient pu relayer la mauvaise humeur justifiée de ceux qui avaient été laissés à l’abandon. D’ailleurs, à l’époque, dans toute la communauté séfarade, on avait estimé qu’il n’y avait pas de candidat digne pour siéger à la Cour suprême.

Begin avait décidé de rendre son honneur à cette communauté de travailleurs qui avait œuvré pour élever le pays au rang des pays occidentaux. Il avait donc fait d’un maçon d’origine marocaine, David Levy, un ministre des affaires étrangères et d’un lettré francophone, Yéhouda Lancry, maire d’un petit trou au nord du pays, un ambassadeur en France et à l’ONU. Ils n’ont pas fait rougir leur communauté ; au contraire ils l’ont boostée pour montrer qu’ils étaient des hommes capables, aussi efficaces que les créateurs historiques du pays.

Les «Marocains» ont gardé leur reconnaissance presque éternelle à un parti qui leur a redonné un honneur perdu pour ne pas rester des «sous-merde», des bons à rien, des hommes de peine, et des tacherons. Et leurs enfants, qui n’ont pas connu les souffrances de leurs parents arrivés nu-pieds dans les années 1960, ont hérité de cette reconnaissance vis-à-vis d’un parti qui a fait d’eux des citoyens à part entière alors qu’ils étaient assimilés à Arabes israéliens, bons à être de la piétaille.

C’est pourquoi, Netanyahou bénéficie du soutien de ceux qui sont reconnaissants à Menahem Begin et à ses successeurs qui lui donnent une longévité malgré l’usure du pouvoir. Il bénéficie d’un électorat fidèle depuis le 21 juin 1977 lorsque le vieil establishment ashkénaze a été bousculé par l’émergence de l’électorat populaire séfarade. Contrairement aux partis de gauche, la droite nationaliste a su fidéliser son électorat. Frédérique Schillo, chercheuse en histoire et spécialiste d’Israël avait souligné que «Dans cet Israël périphérique, on vote Likoud de père en fils». Cette loyauté a permis à la droite de gouverner et de se maintenir pendant 30 ans.

Mais Frédérique Schillo soulève un paradoxe : «Les électeurs de Netanyahou sont touchés par la crise sociale. Ils font partie des laissés pour compte de la réussite économique d’Israël. Ils ont moins accès aux services publics mais ils votent Likoud». Cela explique que malgré les impondérables, les manœuvres politiques et les «casseroles», le chef du Likoud reste adulé par sa base conservatrice et nationaliste.

En conséquence les concurrents de Netanyahou, en particulier Gideon Saar qui dispose de qualités intrinsèques solides, doivent s’attaquer aux fondements du Likoud pour faire écrouler une partie de l’édifice en puisant dans la représentation séfarade. Ils doivent inclure dans leurs listes des «marocains» à des postes éligibles pour vider le parti d’une partie de son essence, mais pas à travers la caricature vivante des séfarades parvenus et grossiers. D’ailleurs, le Likoud a la liste la plus remplie de Séfarades qui représentent la moitié de la population mais à peine 10% des dirigeants.

Saar doit descendre d’une marche de son piédestal et s’adresser à l’électorat populaire du Likoud qu’il connait pourtant, les commerçants du Souk Hacarmel et de Mahane Yéhouda, les chauffeurs de taxi et les petites gens du sud du pays. Il doit exploiter la qualification de Bloomberg qui l’a nommé parmi les huit meilleurs individus à surveiller en 2021.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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