Le lapin Duracell, la politique, et Israël

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu prononçant un discours lors de l'ouverture de la campagne électorale du Likoud à Jérusalem, le 21 janvier 2020. Photo de Gili Yaari / Flash90
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu prononçant un discours lors de l'ouverture de la campagne électorale du Likoud à Jérusalem, le 21 janvier 2020. Photo de Gili Yaari / Flash90

Le lapin Duracell est encore dans toutes les mémoires. Dans une publicité née aux Etats-Unis dans les années soixante-dix, un lapin alimenté par une pile alcaline pouvait continuer à taper sur son tambour alors que ses congénères utilisant les piles traditionnelles au zinc-carbone devaient s’arrêter les uns après les autres.

Sans faire injure au Premier ministre israélien, on notera que, depuis une semaine, il s’inspire du célèbre petit animal. Le mardi (28 janvier), à Washington, il révèle avec Donald Trump les détails d’une « affaire du siècle » censée mettre fin au conflit opposant les Israéliens et les Palestiniens depuis si longtemps.

Le jeudi, non content de faire bénéficier Vladimir Poutine de révélations exclusives sur les suites à donner au plan Trump, il met à profit son escale à Moscou pour ramener dans son avion officiel la jeune Naama Issachar graciée par un président russe que l’on avait connu plus retors.

Le dimanche, ne pouvant consacrer la réunion du gouvernement à une procédure d’annexion de territoires repoussée sine die, il enjoint à ses ministres d’accélérer les programmes de recherche pouvant aboutir à trouver et à produire en Israël un vaccin contre le virus Corona.

Le lundi, il s’envole vers l’Ouganda, où après avoir rendu hommage à son frère Yoni tombé en héros pour libérer des otages à l’aéroport d’Entebbe en 1976, il rencontre sur place le nouveau président soudanais.

Celui-ci, soucieux de sortir son pays du marasme économique et de le débarrasser de son image de plaque tournante du terrorisme, se montre ouvert à l’établissement de relations officielles avec l’Etat juif.

L’activisme du Premier ministre donne le tournis, et ce n’est pas fortuit. Sous le coup d’une triple mise en examen, il devrait comparaître devant les juges après le scrutin du 2 mars. Mais il espère bien que les électeurs éblouis par des résultats qu’il va chercher à l’autre bout du Monde, oublieront ses frasques judiciaires pour mieux apprécier à leur juste valeur les brillantes perspectives ouvertes par un King Bibi vibrionnant : l’extension de sa souveraineté israélienne sur les implantations juives et plusieurs zones stratégiques de l’autre côté de la ligne verte; la conquête de marchés géants pour soigner le monde entier et équiper une Afrique voulant bénéficier des technologies de la Start-up Nation; un dialogue permanent avec les grands de ce Monde confortant la puissance militaire du pays…

Le pari est audacieux mais pas inatteignable. Equipés de vieilles piles usagées, les opposants ont du mal à suivre la mascotte infatigable de la droite israélienne. Benny Gantz et les siens pourront toujours trouver un motif de consolation en se souvenant que même le lapin Duracell a dû un jour s’arrêter. Les lois de la science sont imparables. A condition de savoir les utiliser.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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