Pour la première fois depuis sa création en 1901, le KKL entend décider officiellement d’acquérir des terres palestiniennes privées en Cisjordanie dans le but d’étendre les colonies juives en zone C qui recouvre un peu plus de 60% de la Cisjordanie et regroupe quelques 450.000 résidents israéliens (Jérusalem-Est non compris).

La nouvelle direction du KKl, fortement marquée à droite, élue mi-novembre 2020, aurait sans doute souhaité que cette décision restât sinon secrète, du moins discrète, le projet de résolution étant remis en mains propres aux membres du conseil d’administration.

Jusqu’à présent, le KKL n’intervenait jamais de manière directe en Judée-Samarie mais se dissimulait derrière des organisations-écrans telle Himanuta, dans le cadre d’opérations d’envergure relativement limitée.

Dorénavant, si le projet actuellement “dans les tuyaux” devait être approuvé, cette puissante organisation financerait désormais officiellement et publiquement la croissance des colonies. Elle le ferait plus énergiquement que dans le passé, investissant massivement dans le développement de colonies. Elle pourrait mobiliser des millions de dollars et serait à même d’appâter, d’aucuns recourraient au terme de soudoyer, les propriétaires palestiniens afin qu’ils vendent leurs terres. On sait ce que “vendre des terres” signifie dans le cadre d’un conflit national….

Ainsi le KKL ne se limiterait plus à œuvrer pour le développement de l’État d’Israël dans le cadre de ses frontières reconnues internationalement, mais agirait également pour favoriser une expansion territoriale, contestée et contestable, au détriment de la population déjà en place. Si elle était validée, cette nouvelle orientation marquerait non seulement l’officialisation de cette dérive, mais également son intensification. À la peste viendrait s’ajouter le choléra… ou inversement !

Sans surprise, Shalom Akhshav/Peace Now a dénoncé le plan du JNF (Jewish National Fund) comme une étape supplémentaire de mise en danger de la possibilité d’une solution à deux États. Il aggraverait l’annexion rampante des territoires occupés et “nous rapprocherait d’une réalité permanente et non démocratique d’un seul État“.

Fait encourageant, cette dénonciation n’est pas restée l’apanage des seules organisations dites “de gauche”. Plusieurs grandes associations juives se sont élevées contre un tel projet. Pour le rabbin Rick Jacobs, président de l’Union pour le Judaïsme réformé, “…l’amour d’Israël exige de protester contre les actions qui sapent la sûreté, la sécurité, la démocratie et le caractère moral d’Israël...”.

Le mouvement ‘conservative’ s’est joint aux réformés pour condamner le projet d’achat par le KKL de terres palestiniennes en Cisjordanie afin de favoriser l’expansion des implantations : une telle décision “imposerait une structure qui reflète et favorise la politique des implantations de l’extrême-droite israélienne, un acte qui est incompatible avec ce qui a été un principe fondamental du JNF tout au long de son histoire” …

Le JNF est un organisme qui appartient à l’ensemble du peuple juif et il est hors de question de laisser sans réaction les activistes colons prendre le contrôle de ses centres de pouvoir et le transformer en “banque” alimentée par les contributions de la diaspora pour financer l’activité douteuse d’achat de terres en territoire occupé. Comme l’a déclaré Shalom Akhshav, “les partisans des colons utilisent le Fonds national juif, pourtant l’une des pierres angulaires du sionisme, pour détruire les fondements du sionisme “et, comme le souligne à juste titre le mouvement masorti, il y a rupture du « principe du consensus sioniste – reconnaître et respecter les différentes approches de la concrétisation du sionisme ».

Le JNF a été mis sur pied pour aider à la création de l’État d’Israël et le mandat qui lui a été donné par le peuple juif est d’agir “dans l’État d’Israël dans toute zone sous la juridiction du gouvernement d’Israël“. L’activité en dehors du territoire souverain d’Israël dans les territoires occupés soulève des questions juridiques, non seulement en termes de droit international, mais aussi en termes d’adéquation aux objectifs du JNF lui-même. Certes, il convient de reconnaître que par le passé il a déjà été actif dans les territoires occupés, tant pour le financement de projets dans les colonies que pour l’achat de terres. Mais il y a néanmoins eu des années où les achats de terres ont été interrompus.

Si la proposition actuelle est approuvée, après les élections du 23 mars, le JNF ne pourra plus se soustraire à ses responsabilités et prétendre que ces actions ont été entreprises sans autorité ou sans approbation explicite. D’ailleurs, suite de la divulgation des acquisitions effectuées sans l’approbation du conseil d’administration, la direction du JNF avait nommé un conseiller juridique spécial qui a statué que le transfert de fonds sans l’approbation du conseil d’administration était illégal. Il a également, et malheureusement, convenu que le JNF était autorisé à opérer dans les territoires occupés…

Est-il opportun pour le JNF, en déclarant officiellement qu’il mènera des activités de colonisation en Cisjordanie, de violer ouvertement le droit international et d’adopter une position clivante qui fait débat au sein même des communautés juives de par le monde… alors que le Néguev et la Galilée restent avides de développement ?

La droite extrême n’a cure de susciter méfiance et la remise en cause du statut international de cette institution dont la mission est de contribuer au développement d’Israël et non à la colonisation des territoires.