Le judaisme éthnique dans la pensée de Yeshayahou Leibovitz

Yeshayahu Leibowit photographié en 1994 Photo: AFP PHOTO/RICKY ROSEN
Yeshayahu Leibowit photographié en 1994 Photo: AFP PHOTO/RICKY ROSEN

La pensée de Leibowitz s’articule autour de trois notions fondamentales : celles de peuple, de terre et d’État. Cette trichotomie est traditionnelle et résulte de la nature des choses.

En ce qui concerne le judaïsme ethnique, Leibovitz le définit comme un fait imaginaire d’un judaïsme immuable commun à tous les Juifs quoique sous une forme inconsciente reposant sur un abus, celui de considérer comme juif celui qui ne se pose pas comme tel reposant sur une pensée unique. Cette inconsistance repose sur un fait brutal et indéterminant dans la mesure où elle repose sur un judaïsme ethnique élaboré avant tout pour un public déterminé loin du joug de la Torah et des mitsvot.

Le judaïsme ethnique apparaît ainsi, en son statut, comme une poursuite mimétique du monde d’existence des maîtres qui achève par occupation de leur place dans le système de positions politiques dont la structure reste instable.

Leibovitz fut, avant tout, un grand théoricien de la foi « Lishmah« , c’est-à-dire « pour elle-même », inconditionnée ou absolue, car pour notre maître : « l’homme a une conscience et est porteur de cette volonté créatrice de valeurs qui transcende toute détermination empirique ».

De cette double critique naît la revendication d’une pensée libre, d’un débat autonome qui ne soit plus un appendice lointain des débats judéo-ethniques qui confrontent directement les Juifs entre eux créant ainsi au sein du peuple un milieu humain dans lequel et par lequel puissent être posés les problèmes théoriques les plus ardus.

Ainsi pour lui, aucune « loi de la nature » ne saurait priver l’individu de la responsabilité de choisir selon ou contre le cours de cette dernière. Leibowitz le disait souvent : « le savoir n’engage à rien » et toute décision que prend l’homme est irrationnelle –au sens de non fondée en raison.

L’intelligence est ce qui est, jamais ce qui doit être et qui relève des « valeurs ».

Son itinéraire personnel ainsi que quelques phrases retenues in fine nous suggèrent la rigueur nous incitant à proportionner le savoir et le discours sur la pratique de la Torah en nous invitant briser peu à peu les rituels enchantés de la dissimulation de soi.

Enfin pour Leibowitz, la question de savoir si nous avons ou non un Judaïsme, doit donc être résolument subordonnée à l’examen impartial et au jugement objectif de la valeur intrinsèque de la Torah car le judaïsme ethnique ruine en fait toute possibilité de dialogue et d’accord entre les Juifs.

à propos de l'auteur
Guershon Nduwa est le président de la communauté juive noire de France.
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