Le jour du Souvenir

Aujourd’hui, le 11 novembre, est un jour particulier pour les Français.

Nous commémorons la signature de l’armistice de 1918, annonçant la fin de la « Grande guerre », comme nous l’appelons en France, et porteuse de l’espoir d’une paix nouvelle. Faut-il rappeler que ces quatre années sanglantes ont marqué un tournant dans l’Histoire humaine ?

Conflit mondial, terriblement meurtrier, « industriel » par ses moyens : des dizaines de nations engagées, dix-huit millions de morts – dont 10 % pour la France seule et un milliard d’obus tirés sur le sol français. Nous en gardons encore, sur nos terres et dans nos cœurs, les blessures douloureuses.

Cette guerre avait alors été surnommée la « Der des der », car personne n’imaginait qu’elle serait suivie, deux décennies plus tard, des horreurs que le second conflit mondial allait réserver au monde, venant ravager une paix balbutiante.

L’an dernier, nous avons commémoré, en France et dans de nombreux pays, le centenaire de l’armistice. J’étais alors à Paris, où plus de cent-vingt dignitaires étrangers représentant les États belligérants, les institutions européennes, les Nations Unies et plusieurs autres organisations internationales étaient réunis à l’Arc de Triomphe.

Le Président de la République, Emmanuel Macron, les avait ensuite conviés à la première édition du Forum de Paris sur la Paix – dont la seconde session se tient aujourd’hui – destiné à apporter des réponses à la montée des tensions du monde contemporain, notamment à travers des réformes en profondeur de la gouvernance mondiale. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu était présent, aux côtés notamment de Donald Trump, d’Angela Merkel et de Vladimir Poutine.

Le 11 novembre est aussi désormais, pour les Français, le jour du Souvenir. A l’instar de Yom Hazikaron commémoré partout en Israël à la veille du jour de l’Indépendance, les Français rendent aujourd’hui hommage à tous leurs morts pour la patrie.

Car la France reste présente sur de nombreux fronts : sur le sol national comme en opérations extérieures, nos soldats défendent, avec courage et détermination, notre territoire, notre société, nos familles, ainsi que les valeurs qui nous définissent : la démocratie, la liberté et le respect de la personne humaine. Ils luttent contre le terrorisme, pour la paix et la sécurité.

Mais si « le seul combat qui vaille est celui de la paix », cet engagement a un prix. Depuis l’an 2000, 272 soldats français sont morts en opérations extérieures : au Sahel où la France est engagée depuis 2013 pour combattre les groupes djihadistes (opérations Serval puis Barkhane) ; en Irak et en Syrie, où nous sommes engagés au sein de la Coalition contre Daech (opération Chammal). Au cours des douze derniers mois, ce sont neuf soldats français qui ont trouvé la mort dans l’accomplissement de leur mission. Je salue leur héroïsme.

Aujourd’hui, dans chaque ville et village de France, et dans chacune de nos ambassades à travers le monde, nous voulons nous souvenir, nous voulons honorer, et nous voulons transmettre. Outre l’hommage annuel des anciens combattants au carré Caffarelli à Akko, j’accueillerai aujourd’hui pour la première fois à la Résidence de France, à Jaffa, une cérémonie de commémoration en présence de nombreux officiels israéliens, d’ambassadeurs et membres du corps diplomatique, mais aussi de jeunes représentant les générations futures.

Des élèves de l’école française Marc Chagall et du lycée franco-israélien Mikvé participeront à la cérémonie dans le cadre de leur enseignement moral et civique et d’un projet pédagogique axé sur la transmission de l’Histoire et le devoir de mémoire. Car cette transmission à nos enfants reste l’une de nos plus grandes responsabilités : leur permettre de construire leur avenir en étant instruits des leçons du passé.

à propos de l'auteur
Normalien, agrégé de physique, diplômé de Sciences Po Paris et ancien élève de l’ÉNA, Eric Danon a effectué l'essentiel de sa carrière autour des questions de prospective stratégique, de sécurité internationale et de coopération/développement. Ancien Directeur Général adjoint des Affaires Politiques et de Sécurité au Quai d’Orsay, ancien Ambassadeur pour le désarmement à Genève, il a mené au nom de la France de nombreuses négociations sur les questions nucléaires, le commerce des armes et la criminalité organisée. Il a travaillé de nombreuses années dans le secteur privé, tant dans les domaines de la haute technologie que pour la mise en œuvre des projets de bonne gouvernance et de santé publique en Afrique francophone. Eric Danon est actuellement l'ambassadeur de France en Israël.
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