Le Hezbollah sabote la normalisation israélo-libanaise  

L'armée libanaise patrouillant devant une affiche montrant des portraits du chef du Hezbollah Said Hassan Nasrallah, à droite, et du chef du bloc parlementaire du Hezbollah, Mohammed Raad, à Nabatiyeh, au sud du Liban, le dimanche 15 mai 2022. AP Photo/Mohammed Zaatari)
L'armée libanaise patrouillant devant une affiche montrant des portraits du chef du Hezbollah Said Hassan Nasrallah, à droite, et du chef du bloc parlementaire du Hezbollah, Mohammed Raad, à Nabatiyeh, au sud du Liban, le dimanche 15 mai 2022. AP Photo/Mohammed Zaatari)

Le 14 octobre 2020, le Liban et Israël avaient entamé des pourparlers indirects par l’intermédiaire des États-Unis afin de résoudre un litige concernant leurs frontières maritimes respectives.

Ces jours-ci, une nouvelle plateforme d’exploitation est arrivée sur le site du champ gazier de Karish. Il est installé dans la zone économique de l’Etat d’Israel reconnue par l’ONU. Cette zone se situe à plusieurs kilomètres au sud du secteur disputé. Le gouvernement israélien affirme à maintes reprises que la plateforme ne pompera aucun gaz dans le périmètre disputé, et pourtant, le Liban conteste sa présence et le Hezbollah menace d’agir par la force.

Tsahal a pris toutes les mesures militaires nécessaires pour sécuriser la plateforme. Des unités de la marine ont été déployé avec un système de défense antimissile. Une éventuelle escalade mettrait l’Etat libanais responsable de toutes les conséquences. Contre toute attaque, la riposte israélienne contre les infrastructures libanaises sera plus que jamais foudroyante.

Depuis les premières négociations à Naqoura et malgré les efforts intensifs déployés par les Américains, les pourparlers se trouvent dans une impasse, dans une situation explosive qui risque d’enflammer toute la région.

Pourtant, il semblait que les discussions israélo-libanaises au siège de l’ONU de Naqoura soufflaient enfin un vent d’espoir et annoncent un climat pacifique. Elles arrivaient juste après la signature des accords de normalisation diplomatiques avec les Emirats arabes du Golfe.

Le Hezbollah est sans doute le plus grand responsable du malheur quotidien des libanais. La moindre tentative de réconciliation avec Israel ou même des réformes intérieures sont automatiquement sabotées par la milice chiite. Les dernières élections libanaises n’ont malheureusement pas modifié l’échiquier politique et n’ont pas apporté des solutions pour chasser le régime corrompu.

L’ensemble du peuple libanais souhaite vivement sortir du marasme économique et de l’emprise du Hezbollah. Les négociations avec Israël auraient pu conduire à des accords commerciaux notamment dans la découverte maritime de gisement de gaz. L’exemple des Emirats du Golfe prouve que des intérêts économiques réciproques peuvent conduire à des accords politiques.

Soulignons que les réserves potentielles inexplorées dans le bassin du Levant s’élèvent à 1,7 milliard de barils de pétrole récupérable et plus d’une centaine de milliards mètres cubes de gaz récupérable. Il s’agit bien de l’une des plus grandes découvertes de gaz au monde.

Terrorisé par le Hezbollah, le gouvernement libanais craint le pire. Pourtant, une négociation sur un litige de frontière maritime est fréquente entre les Etats voisins et en général des solutions adéquates sont trouvées.

Il y a 22 ans déjà que Tsahal s’est retiré de tout le territoire libanais. Depuis, Israël considère que la frontière internationale est inviolable malgré le litige existant toujours concernant les fermes de Shaba dont la Syrie revendique aussi.

Aujourd’hui encore, Israël est prêt à signer un traité qui mettra fin à l’état de guerre mais hélas toutes les démarches israéliennes ont demeuré vaines à ce jour.

Rappelons qu’après la Première guerre du Liban en 1982 nous avons signé un accord-cadre de paix avec les Libanais. Suite à l’assassinat du président Béchir Gemayel et aux pressions syriennes ce traité fut annulé. Depuis, le Liban refuse catégoriquement de négocier avec « l’entité sioniste ».

Dans le contexte actuel, il est clair que sans le désarmement du Hezbollah et la réhabilitation de la souveraineté de l’État libanais la situation chaotique au Liban ne changera guère. Cet objectif n’est sans doute pas une partie de plaisir et risque de déclencher une nouvelle guerre civile mais c’est la seule voie pour pouvoir redonner aux Libanais leur totale liberté et un espoir de vivre dans la dignité.

Dans aucun pays au monde une milice dicte le pas à une armée, à un Etat souverain et indépendant.

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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