Le Hamas joue avec Netanyahou

Le Hamas connaît les points faibles de Netanyahou par coeur. Cette roquette M175 qui a détruit une maison dans le Moshav Mishmeret n’a pas été tirée par hasard. Le timing est soigneusement calculé, et le Hamas peut même se permettre de se moquer de Netanyahou en expliquant que la roquette a été tirée par erreur, ajoutant l’insulte à l’injure. En effet, et ce malgré la mobilisation de brigades de réservistes, malgré la campagne de bombardements, malgré la destruction des bureaux d’Ismail Haniyeh, ce nouveau round d’affrontement est perdu d’avance pour Netanyahou.

Le Hamas le sait très bien, Netanyahou ne lancera pas d’opération visant à remettre en question le leadership du groupe terroriste qui dirige Gaza depuis son coup de force contre le Fatah en 2007. Tout au plus, une campagne de bombardement limitée, sur des bâtiments vides. Mais il est extrêmemt peu probable que des troupes au sol entrent dans Gaza. Parce que Netanyahou déteste la guerre, qu’il sait pourvoyeuse de mauvaises nouvelles, de soldats capturés ou tués, ou les deux, de parents furieux, et de condamnations internationales, bref, pour cet animal politique, rien à gagner. Et spécialement à 2 semaines pile d’élections serrées.

Le Hamas le connait. Il sait que c’est donc le bon moment pour le mettre dos au mur et tenter de lui forcer la main pour de nouvelles livraisons d’argent Qatari, voire des allègements du blocus. Parce que depuis trois semaines, le Hamas doit faire face à des manifestations hostiles sans précedent, de gazaouis à bout, excédés par 12 ans de dictature stérile, de morts, de blessés, de chômage et de misère. Et en embuscade, le Djihad Islamique attend son heure. Pour le moment, il ne conteste pas le pouvoir du Hamas, mais celui-ci sait que ça ne durera pas éternellement, surtout si le soutien populaire lui échappe totalement.

Il fallait donc une échappatoire, une diversion. Quoi de mieux que des bombardements israéliens ? Le Hamas a juste eu à envoyer une roquette dans le Sharon. Ça envoie plusieurs messages à Netanyahou : « Tu as besoin de calme pour te faire réélire. Si tu veux du calme, donne nous ce qu’on veut ». « Nous avons les moyens logistiques et militaires de frapper dans un rayon de 150 kilomètres, jusque dans le Sharon, et tu n’y peux rien ».

Et Netanyahou a marché. Il n’avait pas le choix : pour un Premier ministre sortant qui a toujours fait campagne sous le slogan « Bibi fort face au Hamas », en pleine période électorale, il ne pouvait pas faire autrement. Le Hamas le tient. S’il ne riposte pas, il passe pour un faible et risque de perdre face à Gantz. S’il riposte, mais pas assez fort, les roquettes pleuvent, les habitants du Neguev Occidental vivent dans les abris, au rythme des alertes. Et s’il riposte trop fort, il prend en plus le risque de s’embourber.

Dans la mesure ou Netanyahou n’a aucun plan politique d’aucune sorte pour Gaza, il est coincé, et il le sait. Et le Hamas le sait. Tout cela finira comme d’habitude, piteusement, par un cessez-le-feu, qui sera rompu après quelques heures ou quelques jours. Le Hamas aura démontré une fois de plus que c’est lui qui a l’initiative et qui dicte l’agenda, en plus de quelques gains financiers, Israël aura juste acheté un peu de calme, les habitants du sud retourneront à leur angoisse quotidienne, les gazaouis à leur misère habituelle.

Jusqu’à la prochaine fois.

à propos de l'auteur
Diplômé en réseaux et systèmes informatiques de l'Université Napier d'Edimbourg, géopoliticien/historien amateur, Samuel a fait son alyah en 2004, et a travaillé 15 ans dans la sécurité informatique, entre autres pour des fournisseurs de la défense, en parallèle d’activités politiques au niveau local. Il dirige aujourd'hui les activités de testing pour une start-up parisienne.
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