Le gouvernement Netanyahou-Ben Gvir

Le nouveau Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à gauche, et le législateur Itamar Ben Gvir, au centre, se serrent la main après la cérémonie d'assermentation du parlement israélien, à la Knesset, à Jérusalem, mardi nov. 15 janvier 2022. (AP Photo/ Maya Alleruzzo, Piscine)
Le nouveau Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à gauche, et le législateur Itamar Ben Gvir, au centre, se serrent la main après la cérémonie d'assermentation du parlement israélien, à la Knesset, à Jérusalem, mardi nov. 15 janvier 2022. (AP Photo/ Maya Alleruzzo, Piscine)

On pensait qu’il s’agirait d’un gouvernement Netanyahou-Smotricht, mais le leader de Ha Tsionout ha Datit (Sionisme religieux) s’est révélé trop difficile à gérer.

A l’heure où ces lignes sont écrites, il serait le dernier à signer un accord avec le Likoud. Il a compris qu’il n’aurait pas le ministère de la Défense et a donc dû accepter celui des Finances mais n’a pas renoncé à se voir attribuer la responsabilité de l’administration de la Cisjordanie.

C’est Itamar Ben Gvir, son allié, qui récupère une bonne partie de ces attributions : il disposera des gardes-frontières dans ces territoires et, sous couvert d’un autre ministère et d’une commission présidée par le Premier ministre, sera chargé de la régularisation des implantations illégales.

Le leader de Outzma ha Yeoudit (Puissance juive) a de quoi être satisfait : il ne sera pas « ministre de la Sécurité publique » comme ses prédécesseurs mais « ministre de la Sécurité nationale » pour mieux souligner l’extension de ses compétences.

Il aurait en outre obtenu des budgets importants et pourrait recruter 5 000 policiers supplémentaires. On comprend que dans ces conditions, il ait été le premier à signer un accord avec le parti du futur Premier ministre. Binyamin Netanyahou le sait : la promesse d’Itamar Ben Gvir de garantir aux Israéliens leur « sécurité personnelle » explique largement son succès électoral et celui de l’ensemble des partis composant la coalition qui prend le pouvoir.

Un sondage réalisé pour la chaîne 12 montre qu’une majorité d’Israéliens approuve la future nomination d’Itamar ben Gvir, à la différence de celle de Bezalel Smotricht décidément trop incontrôlable aujourd’hui dans les négociations, et sans doute aussi demain au gouvernement.

Mais Itamar Ben Gvir fera aussi des siennes. Avant même d’être nommé, il prend une position contraire à celle du chef d’Etat-Major qui suspend des soldats coupables de brutalités à l’égard de militants de gauche à Hebron. Il ne cache pas non plus son intention de monter sur le Mont du Temple et d’agir pour modifier le statu quo qui régit ce lieu hautement conflictuel.

Sans compter tous les incidents qui pourraient survenir du fait de sa volonté de changer les règles d’utilisation des armes à feu par les soldats et les policiers et de garantir à ces derniers une immunité en toutes circonstances.

Du reste, Itamar Ben Gvir a aussi décidé de bouleverser les règles de fonctionnement de son futur ministère en étant directement responsable de la police, empiétant sur les prérogatives de son commandant.

On l’aura compris : le futur ministre de la Sécurité nationale entend jouer les premiers rôles dans ce gouvernement, c’est-à-dire devenir le partenaire incontournable du Premier ministre.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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