Le gouvernement idéal

La bible offre un code social rigoureux, enjoignant au respect physique et moral de l’autre, notamment du pauvre, du faible, de l’esclave et de l’étranger résidant parmi nous.
Elle précède les lois dites démocratiques qui se préoccupent du demos, peuple en grec. Mais le système démocratique tel que l’Angleterre, l’Amérique ou la France l’élaborèrent, nous est étranger.
Notre tradition qui sépare le religieux du politique (le Temple et le Palais), réserve l’exécutif au roi de la lignée de David en le modérant par un sanhédrin de soixante-dix anciens désignés par leur réputation d’incorruptibilité, leur connaissance de la Thora et leurs valeurs humaines.
À cela s’adjoint un organe que les mentalités modernes perçoivent mal : le prophète, canal direct entre l’Éternel et les hommes, à commencer par le roi (David, les écouta, nombre de ses successeurs les ignorèrent). Dans l’Israël idéal, le peuple n’a aucun pouvoir politique.
Dans le chaos et la fragilité de sa renaissance, Israël adopta le modèle répandu de l’état-nation démocratique. La démocratie obéit à des règles, sans lesquelles elle devient dictature des électeurs. En France, le bicamérisme permet à une seconde chambre (le Sénat voté par quelques centaines de milliers d’élus locaux, les « grands électeurs ») de réviser les lois proposées par le parlement élu au suffrage universel. De plus, le conseil constitutionnel vérifie leur validité juridique et il y a un conseil d’état.
En Israël, les onze membres de la cour suprême cumulent les rôles du Sénat et du conseil constitutionnel. Ils se cooptent, comme dans un club. Leur majorité peut annuler les lois votées par la Knesset. Il est certain qu’elle doit être réformée.
Or, sous couvert de réforme urgente (on se demande pourquoi, soudain), la coalition actuelle veut lui ôter son rôle utile de contre-pouvoir. En composant à son gré une cour à son service, la majorité parlementaire abolirait la distinction salutaire entre le parlementaire et le juridique et disqualifierait Israël comme démocratie.
Le président exhorte coalition et opposition à s’unir dans un projet commun, car il s’agit d’un changement national, mais la coalition continue de passer au vote son projet unilatéral, tout en disant qu’elle veut négocier. Peut-on proposer des options sur l’architecture d’un immeuble, alors qu’on l’édifie déjà ?
Si la coalition arrive à ses fins, nous aurons vécu cet hiver à Jérusalem un voyage dans le temps et l’espace : à Berlin en 1934, un chancelier porté au pouvoir par une majorité électorale confisque les ficelles du pouvoir. Étrange qu’une telle manigance ait lieu dans un pays où tant d’êtres portent gravée sur leur âme et parfois encore sur leur peau, les scarifications d’une tragédie innommable.
Pour contredire les manichéistes de tous bords, à la manifestation qui se tient devant la maison du président chaque samedi soir, les kippas abondent.
Maintenant, réfléchissons à ce que serait un gouvernement idéal israélien. Nous avons essayé la démocratie assortie d’une économie socialiste qui freinait le développement. Nous sommes passés à un libéralisme économique de façade qui laisse libre cours au renchérissement affligeant de la vie quotidienne, au profit de quelques bénéficiaires de monopoles.
L’encouragement étatique de ces monopoles est une corruption en soi. Pouvons-nous sauver Israël par l’instauration d’une théocratie sur le modèle iranien, après s’être inspirés de l’Occident, de la Russie soviétique, de l’Amérique ? Ou par une dictature militaire, comme au Soudan et au Tchad ?
À la croisée des chemins, éclairons-nous auprès des prophètes qui nous enseignent que l’Éternel n’attend de nous que la vérité, la compassion, la justice et le droit et que notre avènement ne se confirmera ni par l’épée ni par la force, mais par l’Esprit (du créateur). Je ne vois pas dans la vitrine de l’état, tous partis confondus, un seul se référer à ces principes essentiels ni à rappeler que notre légitimité dépend de notre du service sacerdotal que nous devons offrir aux nations.
