Le gouvernement Bennett vient de passer le cap des 100 jours. Qui l’eût cru ?

Le Premier ministre israélien Naftali Bennett assistant à une cérémonie commémorative à l'occasion du 48e anniversaire de la guerre du Yom Kippour entre Israël et les États arabes en 1973, au mont Herzl à Jérusalem, le dimanche 19 septembre 2021. (Ohad Zwigenberg/Pool via AP)
Le Premier ministre israélien Naftali Bennett assistant à une cérémonie commémorative à l'occasion du 48e anniversaire de la guerre du Yom Kippour entre Israël et les États arabes en 1973, au mont Herzl à Jérusalem, le dimanche 19 septembre 2021. (Ohad Zwigenberg/Pool via AP)

Sa constitution et son investiture le 13 juin dernier relevaient déjà du miracle.

Après quatre scrutins consécutifs en moins de deux ans, la situation politique paraissait bloquée et tout le monde s’attendait à un cinquième scrutin … qui n’aurait peut-être rien résolu. Les tractations semblaient surréalistes. Le Likoud et ses adversaires se disputaient le ralliement du parti arabe Ra’am. Mais Binyamin Netanyahou fut victime de ses créatures politiques : l’extrême droite unie au sein de Ha Tsionout ha Datit (Sionisme religieux) refusait de siéger aux côtés de ce parti arabe et ce dernier en profita pour faire monter les enchères et finit par compléter un curieux attelage : trois partis de droite, deux partis du centre, deux partis de gauche.

Peu d’observateurs pariaient sur la durée de ce gouvernement, et surtout pas Binyamin Netanyahou tout étonné de ne plus être appelé « chef du gouvernement » mais « chef de l’opposition ». Il promettait à ses troupes que cette coalition de bric et de broc ne durerait pas trois mois. Perdu. Non seulement le gouvernement dure, mais enregistre des succès.

En premier lieu l’adoption à l’unanimité des ministres d’un budget pour 2022 et 2023, et tout indique que la Loi de Finances, accompagnée d’un programme très dense de réformes économiques, sera également votée par la Knesset en novembre. La quatrième vague de la pandémie a pu être combattue sans nouveau confinement.

Dans bien des domaines, des ministres ont montré qu’ils n’étaient pas là pour faire de la figuration : Avigdor Liberman entend bien attacher son nom à l’augmentation du pouvoir d’achat ; Yaïr Lapid s’est imposé sur la scène internationale, s’inscrivant sans difficulté dans la lignée des accords d’Abraham ; Nitsan Horowitz a développé un programme de vaccination massive. Last but not least, Benny Gantz réussit un sans-faute dans son domaine de la sécurité et devient le référent pour tout contact avec l’Autorité palestinienne.

D’ailleurs, il est très courtisé. Des journalistes évoquent une possible fusion de son parti, Kahol Lavan (Bleu-Blanc), avec le Parti travailliste. D’autres affirment que Binyamin Netanyahou lui a promis le poste de Premier ministre en cas de rapprochement avec le Likoud. Il est vrai que l’ancien Premier ministre est mal en point. Les critiques à son égard et les candidatures à sa succession se multiplient. Car pour celui qui avait parié sur un échec rapide du gouvernement, toute prolongation de sa durée le desservira.

Après 100 jours, Naftali Bennett peut être satisfait. En sus de la gestion de toutes les crises qui ne manqueront de se produire, il lui faudra aussi élargir sa base politique qui ne peut plus être celle d’un petit parti. Et pour cela, il lui faudra plus de 100 jours.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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