Le Front Solitario ou le syndrome du bébé (trop) secoué

Un soldat tenant le drapeau du Front Polisario alors qu'un hélicoptère des Nations Unies file au-dessus du camp de réfugiés de Smara près de Tindouf, dans le sud-ouest de l'Algérie, le samedi 5 mars 2016. (Photo AP / Toufik Doudou)
Un soldat tenant le drapeau du Front Polisario alors qu'un hélicoptère des Nations Unies file au-dessus du camp de réfugiés de Smara près de Tindouf, dans le sud-ouest de l'Algérie, le samedi 5 mars 2016. (Photo AP / Toufik Doudou)

Exit l’héritage du spectre soviétique totalitaire. Place à une réalité politique plus amère: le Front Solitario vient de couper le cordon ombilical avec sa maman-poule qui ne l’a que trop couvé.

Languide du communisme de Lénine et enfant surprotégé du sponsor officiel des guerres froides de la région MENA, le Front Solitario a, après avoir fait danser ses écus, vu s’éteindre la lumière au fond du tunnel de ses rêves avortés.

En 2020, après avoir brûlé la chandelle par les deux bouts, ses multiples spectacles visant à extérioriser sa catharsis devant les institutions européennes n’ont pas eu droit aux bonnes vieilles ovations du public.

Et il a fallu qu’un virus délétère s’empare du voisin de l’Est, à l’instar des autres contrées du globe, pour que le Front Solitario se sente encore plus esseulé. Mais cela ne l’a pas empêché de continuer à rire du tiers et du quart.

La logistique n’étant pas son point fort, il a eu, en cette conjoncture sanitaire ardue, du mal à suivre les transmutations géostratégiques que le monde est en phase d’expérimenter.

Sa seule panacée ? Sa logorrhée séparatiste qui nous rappelle vaguement les incantations que l’on fredonnait, petits, en versant de l’eau chaude dans la salle de bain, le soir, pour invoquer Satan ou Qandisha.

Le Front Solitario est, par la même occasion, un distributeur moisi de théories conspirationnistes et négationnistes. D’ailleurs, le moindre déboire diplomatique relèverait, selon lui, de la manœuvre judéo-maçonnique.

Aujourd’hui, il crie à l’injustice, à la rosserie et au népotisme quant au renouvellement des accords agricole et de pêche qui relèvent du territoire du Sahara, et à la reconnaissance américaine de la marocanité de ce dernier.

Aussi, a-t-il été abandonné par Joachim Schuster, leader de «l’intergroupe du Sahara occidental» du Parlement européen. En contestation contre la transgression, par le Front incriminé, du cessez-le-feu en place depuis 1991, l’homme politique allemand a démissionné de son siège, déjà éjectable.

S’en est suivi un scénario macabre de retraits de reconnaissances de l’autoproclamée RASD, à l’annonce de l’ouverture de moult consulats dans les ex-présides espagnols, au sud du Maroc, ouvrant la voie à une nouvelle page dans l’histoire diplomatique du pays.

Après plusieurs décennies et autant de liasses prodiguées, le Front Solitario a vu s’écrouler son rêve d’enfance : celui de devenir un leader, voire un dealer de la pensée omnipotente d’antan, revisitée aux goûts du jour.

à propos de l'auteur
Journaliste avec préméditation, auteure en devenir et poétesse du dimanche, Houda voue un amour sans pareil au patrimoine judéo-andalou, un de ses sujets de prédilection. Lors de ses quelques voyages en Espagne (à Cadix, Jaén, et Huelva en Andalousie, mais aussi à Vilajoyosa, une commune d'Alicante en Communauté Valencienne) elle a pu visiter quelques juderías et découvrir les écrits du grand et majestueux Maïmonide sur son long séjour dans le beau Sud ibérique.
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