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Le fantôme du Tsar

Le président russe Vladimir Poutine s'adressant aux représentants des compagnies aériennes russes lors de sa visite à l'Aeroflot Aviation School à l'extérieur de Moscou, en Russie, le samedi 5 mars 2022. (, Spoutnik, Kremlin Pool Photo via AP)
Le président russe Vladimir Poutine s'adressant aux représentants des compagnies aériennes russes lors de sa visite à l'Aeroflot Aviation School à l'extérieur de Moscou, en Russie, le samedi 5 mars 2022. (, Spoutnik, Kremlin Pool Photo via AP)

« Cette fois, nous avons frappé Poutine tellement fort qu’il ne s’y attendait pas ! »

Cette déclaration des dirigeants occidentaux aux sourires radieux et éperdument satisfaits à l’annonce de chaque nouvelle salve de sanctions à l’encontre de la Russie à de quoi faire frémir et se poser des questions quant au réalisme géopolitique de nos dirigeants.

Tout se passe comme s’ils étaient convaincus que Poutine était l’un des leurs, un de ces démocrates capitalistes civilisés à la sauce occidentale qui parlerait leur langue diplomatique et qui plierait rapidement face à des sanctions complexes que seuls ne comprennent les aficionados de l’économie mondialisé, et qu’il paniquerait lorsqu’il analyserait les conséquences potentiellement désastreuses sur l’économie de son pays.

Tout se passe comme s’ils n’avaient pas compris le large écart béant entre la civilisation occidentale et celle de Russie, qui, comme Poutine, est largement restée ancrée dans le XXe siècle.

Tout se passe comme s’ils pensaient que Poutine avait adopté les codes de la virilité démocrate-capitaliste à l’occidentale, portant costume ajusté en guise d’uniforme et attaché-cases bourrés de paperasses légales en guises de fusils, sans savoir que notre Poutine ne se sent jamais aussi à l’aise que dénudé et bombant le torse en chassant l’ours ou domptant le cheval.

Tout se passe comme si Poutine en avait seulement quelque chose à faire de la rhétorique moralisatrice employée à l’usure par les diplomates occidentaux pour essayer de le raisonner. Au lieu de cela Poutine s’amuse à accueillir Emmanuel Macron pour se distraire à le voir déployer avec espoir et naïveté pléthore de tactique diplomatique, l’observant s’essouffler avec un regard condescendant, sans que cela ne chance strictement rien à sa position, mais en attendant, ça l’amuse.

L’opinion se tare de penser qu’il n’avait pas mesuré à l’ampleur des sanctions qu’il lui tomberait dessus et ses conséquences. Il semblerait plutôt qu’il n’en ai strictement rien à faire et je le soupçonne de même ne pas y comprendre grand- chose, ne pigeant fichtrement rien à ce langage économique alambiqué et ces guerres du XXIe d’un tout nouveau genre. Car tant qu’il sait pouvoir s’appuyer sur ses 600 Milliards de Dollars bien réels sous son matelas capitonné du Kremlin, rien ne semble pouvoir inquiéter ce nostalgique de l’époque des Tsars dans sa quête de reconstitution de l’Empire Russe.

L’Occident pensait pouvoir manoeuvrer en douce pour faire entrer l’Ukraine dans l’Otan par petits pas et astuces politiques, Poutine les a ramené à la réalité en leur faisant bien comprendre que chez lui, n’en déplaise à ses voisins occidentaux pacifiés, la guerre bien réelle existe toujours, qu’elle se fait à coups de bombardements, de chars et de combattants tchétchènes acharnés, et que si l’envie la lui en prend il n’hésite pas à la déchaîner avec force sur qui l’indispose. Car la guerre, c’est encore la chose que Poutine sache le mieux faire.

Même une fois la guerre enclenchée, les nations occidentales pensaient pouvoir gagner la bataille en restant sur le simple plan diplomatique et économique, ne comprenant pas que Poutine et une large partie de son peuple est encore de ceux qui voient dans l’honneur de la Nation la valeur suprême et sont prêts à tout subir sans brocher et même la famine pour gagner la guerre et sauver l’honneur du peuple Russe.

Poutine, c’est le fantôme d’une civilisation que l’on pensait éteinte à jamais au profit de la nôtre, mais qui débarque de sa pleine puissance pour envoyer en éclat le douillet équilibre géopolitique que l’on s’était appliqué à construire en Occident.

Poutine, c’est celui que si une mouche le dérange, il n’ouvre pas la fenêtre pour la laisser sortir, il s’écrase dans sa main, un sourire satisfait aux lèvres.

Un adversaire politique ? Surtout ne pas se fatiguer dans des combines politiques car tellement plus simple et satisfaisant de l’empoisonner, avec effet dissuasif sur les copains en cadeau.

Un OTAN qui joue des coudes pour y intégrer l’Ukraine sans pour autant avoir le courage de l’acter ? He bien on envahit, on bombarde, on massacre. Beaucoup plus efficace à son goût et puis, il offre par la même occasion une balade de santé à ses soldats en manque de combats et d’adrénaline.

Les sanctions et les condamnations commencent malgré tout à lui chauffer les oreilles ?

Il agite son doigt sur le bouton nucléaire en menaçant tout simplement de la fin du monde, simplement pour le plaisir de voir la planète s’affoler.

Même lorsque l’OTAN réfléchit à une solution semi-militaire pour aider l’Ukraine en imposant une zone d’exclusion aérienne, il n’hésite pas non plus à menacer d’attaquer sans distinction toute force étrangère qui se mettrait sur son chemin.

Poutine a en quelques jours réveillé l’Occident de plusieurs décennies d’aseptisation politique et d’oubli de son devoir à ne pas se perdre dans un démocratisme utopique et rêveur, et à son obligation de renouer avec une véritable fermeté et une réelle dissuasion pas seulement politique mais aussi militaire capable de faire face à tout les acteurs de la géopolitique mondiale si elle veut pouvoir protéger le monde meilleur qu’elle tente de construire.

L’erreur fatale de l’Occident aura donc été d’avoir considéré Poutine comme l’un de leurs pareils acquis à la cause occidentale, surestimant la soft-power et oubliant qu’il reste des larges pans de l’humanité encore insensibles aux charmes du libéralisme, de la démocratie et de l’humanisme, étant encore certes dans un mode de civilisation archaïque à nos yeux, mais bien réel, capable de beaucoup de dégâts, et que l’on ne peut balayer d’un coup de main démocratique.

à propos de l'auteur
Monté en Israël et passionné par la vie renouvelée du Peuple Juif, Malahie Tebol s’essaie aux chroniques d’opinions dans le cadre de sa formation journalistique au Jerusalem Press Club. Allergique au pollen et à la bien-pensance.
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