Le faiseur de Roi

Le 11 novembre 2019, le président du parti israélien Beytenu, Avigdor Liberman, prenant la parole lors d'une réunion de faction à la Knesset, à Jérusalem. Photo de Hadas Parush / Flash90
Le 11 novembre 2019, le président du parti israélien Beytenu, Avigdor Liberman, prenant la parole lors d'une réunion de faction à la Knesset, à Jérusalem. Photo de Hadas Parush / Flash90

Avigdor Liberman, en obtenant le 17 septembre dernier 8 sièges contre 5 lors de la consultation précédente, a réussi deux paris.

Le premier, celui de dépasser son électorat traditionnel composé de russophones de la génération des primo-arrivants des années quatre-vingt-dix, en attirant de nouveaux électeurs pour que son parti, Israel Beitenou (Israël notre maison), occupe un créneau délaissé sur la scène politique israélienne : celui d’un parti de droite laïc.

Le second, celui de jouer les arbitres, aucun des deux grands blocs n’ayant de majorité. Il a pleinement assumé ce rôle de faiseur de Roi, en posant le 10 novembre dernier un ultimatum à chacun des deux postulants à la fonction de Premier ministre.

De Binyamin Netanyahou, il exige qu’il se sépare des partis ultra-orthodoxes. A Benny Gantz, il demande d’accepter la proposition de compromis du président Rivlin qui conduirait à la formation d’un gouvernement d’Union nationale avec Binyamin Netanyahou occupant le poste de Premier ministre dans un premier temps. Le refus de l’un conduirait Avigdor Liberman à soutenir l’autre. Et l’ultimatum semble fonctionner.

Binyamin Netanyahou a déjà fait connaître qu’il refusait de démanteler le bloc des 55 députés qui le soutiennent. A l’heure où ces lignes sont écrites, Benny Gantz n’a pas fait connaître sa position, mais on suppose qu’il finira par accepter la proposition du président Rivlin, pour se retrouver ainsi dans la position inédite de « Premier ministre suppléant ».

Au cas, très probable, où Binyamin Netanyahou serait mis en examen, il lui incomberait de laisser la place à son rival. Sur le plan juridique, il faudrait procéder à quelques éclaircissements et sans doute à l’adoption d’une nouvelle législation, ce qui prendra du temps. C’est du reste le principal souci de Binyamin Netanyahou : gagner du temps en restant le plus longtemps possible au poste de Premier ministre.

Une position qu’il pourrait conserver encore plusieurs mois en cas de nouvelles élections. Et cette fois-ci, sans engagement à laisser sa place en cas de mise en examen. C’est la raison pour laquelle il refuse de céder à l’ultimatum de son ancien allié. Il resterait alors à Avigdor Liberman à se rallier à une solution également envisagée par Benny Gantz : un gouvernement minoritaire où Bleu-Blanc (33 sièges) associé à la gauche (11 sièges) serait soutenu de l’extérieur par la Liste unifiée (les partis arabes, 13 sièges).

Avigdor Liberman assurerait l’appoint nécessaire avec ses 8 sièges en participant au gouvernement, ou, plus sûrement, en s’abstenant lors du vote d’investiture. On observera qu’aucun de ces scénarios n’est nouveau. Mais les choses commencent à bouger. A une semaine de la fin du mandat confié à Benny Gantz, Avigdor Liberman va encore beaucoup faire parler de lui.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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