Le droit à l’indifférence

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Minorités en tous genre, femmes, hommes, hétérosexuels ou homosexuels, blancs, noirs, jaunes ou autres, chrétiens, juifs, musulmans, bouddhistes ou autres, riches ou pauvres, de quelque spécificité que l’on soit, nous avons le droit à l’indifférence. C’est ce droit que toute démocratie doit garantir !

Nous avons le droit d’être jugé sur ce que l’on fait et non pas sur ce que l’on est.

Tel est le message de la Révolution Française, celui pour lequel tant d’hommes se sont battus, celui qui a participé à la construction de la République française et celui de tous les combats pour la démocratie !

En effet, le message de l’Universel n’est pas celui du droit à la différence mais bel et bien celui du droit à l’indifférence ! C’est lui et lui seul qui permet, et permettra toujours, de résoudre l’antinomie naturelle entre l’affirmation individuelle, qui est intrinsèque à ce que l’on est, et celui de l’exigence collective, qui est impératif dans toute société démocratique, normalement constituée.

Ce message du droit à l’indifférence a été quelque peu véhiculé, à juste titre, dans les années 90 mais il est aujourd’hui malmené, vilipendé par des revendications communautaires en tous genres. La différence est faite Reine, or la différence est le meilleur véhicule des passions, parfois mortelles.

Ainsi, aujourd’hui ce droit à l’indifférence est contesté par des groupes sociaux au nom d’une liberté que l’Etat ne garantirait plus !

Aujourd’hui, au nom de l’égalité on prône l’inégalité, fût-elle « positive », et on l’autoproclame à toute occasion ! C’est le droit à la différence que l’on met en avant. C’est l’oxymore « Discrimination positive » qui devient la règle comme si une discrimination (et quelle qu’en soit la raison) peut être positive !

Pire que ça, l’on met, de manière empirique, une hiérarchie de valeurs au sein de ces différences. Ainsi, les malmenés d’hier doivent devenir les modèles d’aujourd’hui ! Le Noir doit devenir supérieur au Blanc, la Femme supérieure à l’Homme, le Musulman supérieur au Chrétien, l’Homosexuel supérieur à l’Hétérosexuel ….

Ainsi la Gay Pride, qui traduisait, naguère, une juste revendication du droit à l’indifférence est devenue une parade de la différence homosexuelle la plus caricaturale, véhiculant tous les clichés portés par les homophobes en tous genres !

Au-delà de la création de ce contrat d’union sociale (PACS) ou du mariage entre personnes de même sexe, c’est, en fait, un communautarisme basé sur la différence sexuelle qui se met en place et que traduit, désormais, cette manifestation qui interroge sur une demande, de plus en plus explicite, d’un statut spécifique pour les homosexuels ?

Ouvertement posée, cette question est loin d’être la seule, elle ne vient que s’ajouter à d’autres qui sont autant d’affirmations identitaires révélatrices de profonds mouvements de déstabilisation de la société française.

Si l’on s’en tient à l’actualité la plus récente, le mouvement #MeToo, celui des BLM ( Black Live Matters), celui de l’islamisme, la bataille des quotas, lancée par les femmes pour vaincre la discrimination sexiste en politique, veut se conclure par un dernier combat, celui de la généralisation d’une « discrimination positive » dans le monde éducatif, politique et du travail. Tous ces combats obéissent tous, au fond, à une logique communautaire, c’est-à-dire à une vision mosaïque de la société, fondée sur le droit à la différence.

Pour la France, qui a été édifiée et organisée sur le principe d’intégration et d’assimilation des individus, sa vocation est, certes, de garantir la différence mais uniquement dans la sphère privée. Avec le nouveau paradigme prônant la différence, non seulement dans la sphère privée mais dans la sphère publique, c’est d’une véritable révolution dont il s’agit pour la société française, d’une remise en cause radicale de son modèle social, et on peut même dire d’un véritable échec de son projet républicain fondé sur l’assimilation !

La reconnaissance d’identités sexuelles, ethniques, religieuses, régionales, etc., débouche en effet sur une construction démocratique tout-à-fait nouvelle en France car elle juxtapose des groupes au lieu de rassembler des individus en une seule et même collectivité. Bref, à ce rythme, l’Amérique et son modèle communautaire, distendu par de nouvelles revendications, s’installeront en France, la loi des corporations et des communautés s’imposera à la rigueur formelle et à l’universalité du droit, les inclinations du Moi triompheront des exigences du Nous.

Déjà, il y a un siècle, Emile Durkheim soulignait dans ses leçons de sociologie que ce culte de l’individu obéit à un enseignement de l’Histoire, peut-être pour le déplorer, en écrivant  « Plus on va, et plus la dignité de la personne va croissant. Il n’est pas de loi mieux établie. »

L’extension des libertés individuelles et l’égalité des droits sont des forces irrépressibles, mais la France les avait, jusqu’à présent, garanties en privilégiant toujours l’universel sur le catégoriel, le général sur le particulier, en refusant la formation de groupes secondaires jouissant de statuts singuliers, en favorisant l’indifférence sur la différence.

C’est cette alchimie fantastique qui faisait l’originalité française, qui alimentait son exception républicaine, qui justifiait le pouvoir global et jacobin de son Etat, devenu aussi le meilleur garant de l’émancipation individuelle. Le droit à la différence, revendiqué aujourd’hui ici et là dans des combats divers, frappe de plein fouet cette architecture nationale.

Le drame de la décapitation de Samuel Paty en est le triste aboutissement.

Il traduit avec une violence extrême ce que peut devenir notre société si les revendications de chaque minorité s’imposent comme une règle générale. Nos règles de vie ne seront plus alors le Plus Grand Dénominateur Commun à tous les Français mais le Plus Petit Dénominateur Commun à toutes les minorités vivant sur notre territoire. Autant dire que nos libertés se réduiront comme une peau de chagrin !

Certes, ce phénomène traduit des malaises réels, de profonds désarrois et des retards démocratiques, il est conséquent à une mondialisation qui importe les inégalités venues d’ailleurs, des frustrations mondialisées mais il porte en lui la fin de notre modèle républicain, qui, depuis plus de deux siècles, privilégie l’intérêt général, la vie collective et l’épanouissement privé de l’individu dans le nécessaire droit à l’indifférence.

à propos de l'auteur
Consultant en relations internationales Président des associations : C.J.F.A.I (Confédération des Juifs de France et des Amis d’Israël) AGIR ENSEMBLE, pour la République, dans la République SOS VICTIMES Mentor de la Loge Deborah Sam Hoffenberg du B’nai B’rith Vice-Président du B.N.V.C.A (Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme) Ancien Membre du “Board of Governors du B’nai B’rith International” Membre du Bureau de l’U.P.J.F Membre de la Commission de Lutte Contre l’Antisémitisme du Consistoire Central Ancien Président de la L.I.C.R.A Val-de-Marne
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