Le double jeu du Qatar

© Stocklib / boule13
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Le Qatar est un pays dont le nombre de citoyens est inférieur à 300 000 âmes lesquelles jouissent du plus haut revenu par personne au monde. Les ventes de gaz qui constituent 70% des recettes de l’État, lui permettent de jouir d’un PNB de plus de 200 milliards. Qatar est connu pour ses acquisitions économiques en Occident. La politique offensive en matière d’investissements du petit Émirat dans le monde entier lui permet aujourd’hui d’avoir des participations dans de gros groupes bancaires mondiaux, immobiliers, industriels, la distribution de produits de luxe et les équipes de sport.

Son carnet d’achats d’armes de plusieurs dizaines de milliards de dollars comprend l’acquisition d’avions de combat Mirage et Rafale français, Typhoon britannique, F15 américains, des tanks Léopard allemands et des navires de guerre italiens. Il est même question d’acquérir le système antiaérien russe S-400 ce qui a fait dire à l’expert russe Viktor Murakhovsky que les achats d’armes n’ont pas d’utilité pratique, mais servent à améliorer les relations avec les pays exportateurs.

Le nœud de contradictions qatari

Néanmoins, le Qatar joue un double jeu qui ne fait pas cas des contradictions :

Le Qatar maintient la plus grande base américaine au Proche-Orient. La base américaine d’Al-Obeid au Qatar est le point d’envol des avions militaires américains qui vont bombarder des groupes terroristes de Syrie et d’Irak dont certains sont financés… par le Qatar et auxquels l’organe médiatique d’Al Jazeira donne un temps d’antenne appréciable.

Dans ce même organe médiatique, certains groupes radicaux se permettent de faire des serments d’allégeance au leader à Al-Qaeda tout comme c’est le cas pour Hussein Muhammed Hussein ou encore de lancer des appels contre des intérêts américains comme l’a fait Anis Al-Naqqash. C’est aussi le cas d’un clerc musulman expulsé de l’Inde aux diatribes antisaoudiennes et antiaméricaines virulentes, sans oublier Yousuf Al-Qardawi l’idéologue des Frères musulmans connu pour son vocabulaire antisémite et antioccidental qui jouit d’un temps d’antenne régulier. Al-Qardawi demande aux vrais croyants de finir l’œuvre d’Hitler…

Le Qatar a servi de médiateur pour transférer des rançons pour la libération d’otages par des groupes terroristes.

Au Qatar même, les libertés civiles sont très limitées et la condition de servitude des travailleurs étrangers est des plus oppressives, notamment auprès de ceux qui œuvrent à la préparation du championnat mondial de football FIFA 2022.

Le Qatar maintient des relations avec les pays sunnites, mais génère une propagande médiatique antigouvernementale venimeuse ces pays – le Qatar excepté il va sans dire. Il maintient de bonnes relations avec l’Iran qui attaque l’Arabie saoudite de missiles à longue portée par l’intermédiaire des Houtis du Yémen. Les pays du Golfe ont tenté de boycotter le Qatar pendant un certain temps.

Le Qatar et la Turquie soutiennent les mouvances affiliées aux Frères musulmans en Syrie et ailleurs. Il a investi 18 milliards de dollars pour venir en aide à la Turquie après l’imposition de sanctions américaines. Il aurait également acquis 10% de la bourse d’Istanbul sans que les détails de la transaction aient été rendus publics. L’émir qatari Al-Thani a également offert au président Erdogan un avion privé Boeing 747 dont la valeur est estimée à 400 millions de dollars.

Malgré le manque de relations entre Israël et le Qatar, Israël permet à ce pays de transférer régulièrement des dizaines de millions de dollars en espèces à Gaza. La dernière confrontation entre Israël et Gaza a montré que le métro de Gaza est un ensemble de 300 km de tunnels fortifiés dont plus d’un tiers ont été détruits. Il est clair que les sommes d’argent transmises à Gaza ne servent pas toutes aux nécessiteux.

Influences délétères

Les journalistes français Chesnot et Georges Malbrunot ont mis à jour des milliers de filières documentant le soutien qatari aux groupes affiliés aux Frères musulmans en Europe en plus de financer plus de 138 institutions islamiques en Occident. Il ne serait guère sûr que le curriculum de ces institutions réponde aux critères de civisme des pays occidentaux.

Le Qatar a investi des dizaines de milliards aux États-Unis et offre des dons de plus de 5 milliards aux universités américaines. Il vient en tête des pays donateurs. À titre d’exemple, l’université Georgetown à Washington a reçu plus de 330 millions de dollars. L’université de Harvard qui a une fondation de plus de 40 milliards est aussi récipiendaire des fonds qataris. Les dons aux universités ne comprennent pas les bourses et les voyages au Qatar offerts aux enseignants. Pourquoi le Qatar investit-il tant dans les universités américaines alors que la situation de l’éducation dans les pays arabo-musulmans est criante ?

La même remarque pourrait être faite à propos de l’Arabie saoudite (qui a investi plus de 10 milliards de dollars dans la promotion du wahhabisme), pays qui offre des dons aux universités dont les futurs enseignants et les bibliothécaires suivent un séminaire faisant usage de « The Arab World Studies Notebook .» Il va sans dire que le conflit moyen-oriental y est présenté de façon unilatérale et pernicieuse.

Les autorités américaines se sont récemment intéressées aux dons souvent « non déclarés » des universités américaines (se montant à plus de 6,4 milliards) et le Congrès américain a demandé à ce que ces dons soient rendus publics, y voyant un moyen détourné d’approcher indirectement des recherches reliées à la défense ou la promotion de la mouvance des Frères musulmans. L’ISGAP (Institute for the Study of Global Antisemitism and Policy) a mis à jour la corrélation quasi faustienne entre les activités de propagande antisémite et antiisraélienne et les universités recevant des dons du Qatar…

Et le Canada ?

Il est notoire que des pays comme la Chine achètent des pages entières de publicité aux organismes de presse afin de mitiger la critique à l’égard des politiques intérieures ou extérieures de la Chine. Comment pourrait se manifester l’ingérence qatarie ? L’agence canadienne du Revenu a révélé qu’une organisation qatarie soutenant le terrorisme contrôlait ou influençait la société islamique de Colombie britannique. Par ailleurs, les organes de presse canadiens pourraient constituer une cible de choix. Ils sont en crise en raison des médias numériques et des réseaux sociaux et le gouvernement canadien soutient les organes de presse en difficulté.

Le scénario suivant pourrait être envisagé : l’organe de presse montre systématiquement des victimes palestiniennes et jamais une victime israélienne; les dégâts causés à ceux qui lancent des milliers de roquettes sur les populations civiles israéliennes sont montrés quasi quotidiennement et pas un seul mot ou une seule photo des incendies causés par des ballons incendiaires lancés à partir de Gaza en direction d’Israël.

Cette couverture unilatérale et ce matraquage médiatique qui recourt à des légendes de photos factices sont exactement la recette « pallywoodienne » des médias proche-orientaux au point que cette déshumanisation d’Israël est devenue la normalité même. L’effet de cette propagande est devenu évident en Europe et notamment en France, les casseurs issus des populations immigrées brandissant la cause palestinienne pour justifier leur destruction et leur brigandage.

Serait-ce trop demander que de souhaiter une vigilance attentive et une information équilibrée au Canada ?

à propos de l'auteur
Dr. David Bensoussan est professeur d’électronique. Il a été président de la Communauté sépharade unifiée du Québec et a à son actif un long passé d’engagement dans des organisations philanthropiques. Il a été membre de la Table ronde transculturelle sur la sécurité du Canada. Il est l’auteur de volumes littéraires dont un commentaire de la Bible et du livre d’Isaïe, un livre de souvenirs, un roman, des essais historiques et un livre d’art.
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