Le dilemme des électeurs juifs américains

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prenant la parole lors de la conférence de l'AIPAC à Washington DC, États-Unis, le 6 mars 2018 Photo de Haim Zach / GPO
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prenant la parole lors de la conférence de l'AIPAC à Washington DC, États-Unis, le 6 mars 2018 Photo de Haim Zach / GPO

Les élections présidentielles américaines de novembre vont être décisives pour l’avenir du Moyen-Orient, mais également pour un équilibre géopolitique mondial. Le vote pour Trump ou contre Trump des électeurs juifs fera la différence.

La redistribution des cartes initiée par Donald Trump a consisté à remettre le rôle de la nation et des relations bilatérales au centre de la diplomatie. Les relations entre nations libres et souveraines ont été soutenues par l’administration républicaine américaine sous la gouvernance de Trump.

On a assisté à la renaissance des nations des pays de l’est libérées du carcan soviétique et affranchies du poids de la bureaucratie européenne. Les nations arabes libres et souveraines libérées de l’idéologie pan-arabique et de l’influence doctrinaire hégémonique de l’islamisme des frères musulmans ont réalisé des accords internationaux diplomatiques commerciaux et militaires d’envergure.

Les nations arabes libres sont entrées en force dans le concert des grandes nations, réalisant un bond historique dans leur évolution politique et économique. Israël, grâce à sa souveraineté de nation libre a conclu des accords bilatéraux avec les nations souveraines et arabes, notamment. La nation américaine souveraine a pu réaliser des avancées géopolitiques et commerciales comme jamais auparavant.

Tout ce programme a été réalisé grâce à la liberté d’action et à l’émancipation des USA vis à vis des structures internationales qui ont été érigées à priori comme garantes des démocraties. Tout cela est factuel, même si à tort ou à raison, on peut détester l’homme Trump. C’est l’histoire de la complexité humaine incarnée par Trump. Une personnalité contestable mais capable de réaliser des avancées diplomatiques par la dénonciation de tabous érigés en dogmes.

Trop peu de médias le reconnaissent. Les Juifs le reconnaissent timidement. Au départ, l’idéologie régnante au sein des instances internationales reposait sur les droits de l’homme universels sur l’éloge du fonctionnement démocratique des états, sur l’anti racisme et sur des échanges économiques reposant sur la réciprocité.

Qui pourrait être contre ces principes fondamentaux des rapports entre les hommes et les états ? Malheureusement une idéologie atypique hégémonique a pris le pouvoir au sein des instances internationales. Qu’en est-il exactement ? Combien de pays au sein de ces instances internationales pratiquent les principes érigés en doctrine ? Existe-t-il une seule démocratie réelle en leur sein ? Les droits de l’homme y sont régulièrement bafoués, les femmes y sont maltraitées, l’anti racisme y est dévoyé en racisme, voire en antisémitisme primaire. La réciprocité économique écologique est un concept méprisé par nombre d’entre eux.

Quels médias pour reconnaître ces faits ? Quel homme, quelle femme politique en Europe ou aux USA pour reconnaître ces réalités et les dénoncer ? Trump a dénoncé ces hypocrisies et les a combattues. Il faut lui en accorder crédit. Les Juifs américains dans leur majorité sont sensibles aux droits des minorités et aux droits des femmes et ont milité traditionnellement avec conviction et succès auprès des démocrates américains. L’exemple exceptionnel de Ruth Bader Guinzburg illustre l’histoire édifiante des juifs américains démocrates.

Aujourd’hui, sous couvert d’émancipation des minorités et de revanche anachronique, nous assistons aux USA et en Europe à l’émergence d’un courant idéologique doctrinaire radical devenu raciste et antisemite. Ce mouvement politique instrumentalise à son profit la cause palestinienne en la dénaturant en lutte anti-israélienne primaire. Des femmes députées démocrates et des universitaires démocrates sont à la tête de ce mouvement idéologique dont le but est essentiellement politique.

D’ailleurs les Palestiniens dans leur vie quotidienne n’attendent rien de concret de ces courants idéologiques extra territoriaux et ne se réclament même pas de leur soutien. Le souhait profond actuel des Palestiniens est désormais essentiellement de conclure des accords pragmatiques concrets avec les Israéliens dans un contexte régional arabe en pleine mutation. Ces soutiens extérieurs leur ont même été contre productifs.

En effet les bailleurs de fonds arabes pour les Palestiniens n’ont pas apprécié de se retrouver en face d’interlocuteurs inscrits dans des combats radicaux révolutionnaires internationaux de toutes tendances et hors sols. C’est ce qui explique en partie le désintérêt des nations arabes pour la cause palestinienne. Les nations arabes sont plus soucieuses d’avancer avec pragmatisme dans les defis économiques et géopolitiques actuels que de s’intéresser à des révolutions sans issue. C’est le début inéluctable du reflux de l’islamisme idéologique au sein des nations arabes libres.

Les juifs démocrates américains sont des soutiens légitimes des Palestiniens et des militants pour les droits des minorités. Ils se retrouvent contre leur gré liés à des mouvements radicaux racistes antisémites et anti israéliens alors que des liens solides dépassant tous les clivages religieux entre Israël et les nations arabes sont en train d’être tissés pour changer le cours de l’histoire. Les juifs démocrates américains se retrouvent dans une posture à contre courant contradictoire voire schizophrénique.

D’autant plus qu’avec l’élection de Biden ce courant d’idée atypique et chimérique qui le soutient activement risque d’être promulgué à l’international. Après les dégâts sur le moyen orient par les discours idéologiques d’Obama, nous risquons de subir les effets collatéraux d’une contradiction politique démocrate au pouvoir avec les accords israélo arabes en marche vers un futur prometteur. Certes les idéaux d’émancipation des minorités sont essentiels dans la pensée juive. Les droits des femmes et les droits de l’homme sont structurants dans la vie des Juifs et des juifs démocrates américains notamment.

Cependant parfois l’enfer est pavé de bonnes intentions et si le vote pour l’homme Trump n’est pas convainquant, le vote de bonne intention pour Biden s’avère auto destructeur, favorable à un antisémitisme latent et à contre courant d’un changement incontestable en Orient pour Israël et pour les arabes. Au minimum un vote d’abstention serait compréhensible.

D’après Yoram Hazony, chercheur israélien, la renaissance du concept de nation souveraine creuset d’identité et de liberté est à la base de nouvelles relations bilatérales libres et équilibrées entre nations. Ce concept est fondateur des nouveaux échanges internationaux, c’est la libération des états des idéologies doctrinaires hégémoniques pour devenir des nations souveraines.

C’est la libération des états de l’emprise des grands ensembles politiques et économiques proteiformes inopérants et même sources de conflit. Pour l’avenir d’Israël, pour l’avènement d’un nouvel ordre économique politique pragmatique entre nations souveraines, les juifs démocrates américains sont devant un choix difficile compréhensible de dépassement des préjugés et de bien pensance qui sévissent dans les médias.

à propos de l'auteur
Docteur en médecine, Gilbert est aussi médecin du travail, acupuncteur, homéopathe ainsi qu'enseignant de neurophysiologie.
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