Le destin juif : de Sarah Halimi aux roquettes

Des roquettes sont lancées vers Israël depuis Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, au début du 12 mai 2021. Photo par Abed Rahim Khatib / Flash90
Des roquettes sont lancées vers Israël depuis Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, au début du 12 mai 2021. Photo par Abed Rahim Khatib / Flash90

Voici quelques semaines à peine se tenaient un peu partout en France et dans le monde des manifestations pour obtenir justice pour Sarah Halimi. Derrière ces rassemblements, il y avait en filigrane une question que se posent beaucoup de juifs depuis la deuxième intifada qui avait débuté en 2000, synonyme d’attentats en Israël et de paroles et de violences antisémites à l’échelle mondiale, en particulier en France où plus d’une quinzaine de juifs ont été tués depuis 2003.

Le développement de l’islamisme radical qui profite d’une passivité des autorités publiques depuis plusieurs dizaines d’années, ses alliances avec les extrémistes rouges et verts, le nouveau politiquement correct du woke décliné par les racialisés, le danger d’une arrivée du Rassemblement national au pouvoir sont des réalités qu’on ne peut pas occulter avec des belles paroles de protestations, des communiqués ou des tweets.

Dans ce pays qui se délite de plus en plus, les Français juifs s’inquiètent, s’interrogent : quel avenir pour nous, nos enfants et nos petits-enfants ?

Mais voici que les événements de ces derniers jours viennent nous ramener à une sanglante réalité. Le 14 mai 1948, David Ben Gourion proclamait l’indépendance de l’Etat d’Israël mais depuis, 24 000 Israéliens sont morts dans les 12 conflits et les attentats terroristes. Plusieurs générations d’Israéliens ont du mener plusieurs guerres et chacun en Israël a connu de façon directe ou indirecte le deuil d’un proche.

Ces derniers temps, on s’était endormi dans une euphorie, louant Israël, la start-up nation, championne du monde de la lutte contre la Covid 19 et signataire des accords d’Abraham avec plusieurs pays arabes.

Mais il faut ouvrir les yeux avec lucidité : Jérusalem, Tel Aviv ont été attaquées cette semaine et au moment où j’écris ces lignes, nul ne peut présager ce qui va se passer dans les prochains jours.

Nous assistons depuis plusieurs années à la mise en place d’une nouvelle donne géopolitique. Tsahal et les services secrets israéliens sont certes performants et de nouvelles alliances ont été conclues.

Mais… Israël est le seul pays du monde que l’on cherche à détruire. Au premier rang se trouve l’Iran. Sans remettre en question l’amitié de Donald Trump pour Israël, on doit constater que la sortie des Etats-Unis de l’accord de Vienne n’a pas empêché l’Iran d’avancer dans la construction de la bombe, d’autant plus que les démocraties n’ont pas fait preuve d’un courage exemplaire. Mais l’Iran a d’autres moyens de s’en prendre à Israël. Elle contrôle le Hamas et le Hezbollah, qui eux sont à ses frontières et sont dotés de centaines de milliers de missiles qui peuvent toucher tout le pays, même si le Dôme de Fer est très efficace. Téhéran et ses marionnettes terroristes palestiniennes ont aussi les moyens de provoquer une nouvelle intifada avec sa vague de violences.

La situation est d’autant plus difficile que la Russie, profitant du départ américain de la région, s’implante en Syrie, au Liban où l’Iran est déjà présente, et ailleurs. Poutine un nouveau tsar comme Erdogan qui rêve de devenir un nouveau calife qui finance et aide les Freres musulmans, dont le Hamas est une branche ? Des alliances qui semblent improbables ne sont pas impossibles, d’autant plus que la politique moyen-orientale de Joe Biden n’est pas très claire.

Il faut espérer que dans cette période d’incertitude, Israël arrivera enfin à se doter d’un gouvernement capable de prendre des décisions fortes et réalistes pour protéger son peuple.

« Ein Breira, on n’a pas le choix » dit-on souvent en Israël. Ayons confiance en écoutant le président Reuven Rivlin : « Nous regardons les ennemis d’Israël, sur tous les fronts, droit dans les yeux et les avertissons clairement : la sécurité de nos citoyens ne doit pas être perturbée. Nous ne permettrons à personne d’interrompre notre vie quotidienne. Quiconque cherche à tester notre résilience trouvera un mur défensif, une main de fer. Que personne ne conteste la puissance meurtrière de nos forces. Ne les mettez pas à l’épreuve ! »

à propos de l'auteur
Haïm Musicant est journaliste et écrivain. Vice-président du B'nai B'rith France, il a été directeur général du CRIF.
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