Le déni du déni, refuser de voir l’Autre comme il est

Domaine public
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Le citoyen israélien a parlé pour la seconde fois cette année, la poussière du combat entre les factions opposées est retombée et tout comme la première fois, match nul, personne n’a gagné, personne ne peut rien faire des voix qu’il a collecté. Alors, pas de gagnant ?

Mais si ! Les gagnants sont bien là, ils ne sont pas ceux qu’on attendait et ils paradent, fort de leurs 13 mandats. Il s’agit, vous l’aurez deviné, de la Liste Arabe Unifiée. Ils veulent enfin, disent-ils, participer à la société civile israélienne, peser dans la vie publique, voire même participer au gouvernement, de loin pour l’instant.

Pour la première fois depuis la création de l’état d’Israël, les députés arabes ont pris parti, ils ont recommandé au président de l’état le nom d’un Juif sioniste pour qu’il tente de former un gouvernement. La gauche est toute à sa joie, enfin les Arabes commencent à changer, il se passe quelque chose dans la société arabe. A gauche l’espoir renaît…

Le déni

Mais qui sont ces députés Arabes et que pensent-ils ? Le port d’un costume et d’une cravate est-il suffisant pour faire penser Ahmed Tibi, comme un occidental, son diplôme de gynécologie acquis à l’université hébraïque de Jérusalem l’a-t-il occidentalisé pour autant ?

Posons une première question au député Ahmad Tibi ? Qui a détruit le premier et le second Temple des Juifs à Jérusalem ? Ahmad Tibi n’a pas besoin de réfléchir, il connait la réponse ! Comme on le lui a appris et comme il a enseigné à ses enfants, il s’exclame avec la véhémence qui le caractérise, mais il n’y a jamais eu de Temple Juif à Jérusalem, c’est un mythe que les Sionistes ont récemment inventé, au pire s’il y a eu un Temple c’était au Yemen, bien loin d’ici ou au pire à Sichem-Naplouse (réponse de Arafat à Clinton) !

« Je suis chez moi ici, nous (les Arabes) sommes les propriétaires du pays » (intervention auprès du président du 23 Sept 2019) vous, les Juifs, êtes des colonialistes, des impérialistes, des immigrés, vous n’avez rien à faire ici, retournez dans vos pays d’origine, vous êtes de Pologne, de Russie, des Etats Unis, allez-y et foutez-nous la paix, vous êtes des occupants, point final.

Alors là, il y a de quoi être étonné, quoi, le Dr Ahmed Tibi le député capable de faire un discours émouvant à la Knesset le jour de la Shoah, celui qui, depuis le perchoir de la Knesset, corrige avec délectation les fautes de grammaire hébraïque de ses collègues députés Juifs à la tribune de la Knesset, qui distille quelques mots de Yiddish bien à propos, ce musulman qui se dit séculaire (mais qui respecte le Ramadan durant 30 jours…) qui a été éduqué dans les universités de type occidentale de l’état d’Israël, comment peut-il penser une pareille chose ?

Mais n’est-ce donc pas en contradiction avec toutes les connaissances historiques acquises depuis les temps les plus reculés, de toutes les traditions religieuses monothéistes et de toute la science historique et archéologique ?!

Il n’en a cure, il l’affirme haut et fort, les Juifs n’ont pas de lien avec cette Terre qui est musulmane depuis le début des temps. Comment se fait-ce ? Mais alors, s’il avait raison, que font effectivement les Juifs dans ce pays ? Quelle est donc cette rengaine, ‘l’année prochaine à Jérusalem’ prononcée à la fin du Seder de Pessah entonnée depuis près de 2000 ans, tout cela aussi inventé ? L’un des 2 délire, le Juif ou l’Arabe palestinien ? Serait-ce que Moise était-il aussi dur d’oreille quand il a entendu ‘va en Canaan’ alors que c’était peut-être ‘va au Canada’.

Le but de cet écrit est de faire partager à mes amis Juifs de gauche, l’état d’esprit et le mode de pensée dans lequel se trouve les Arabes qui vivent entre le Jourdain et la mer Méditerranée afin de mieux comprendre l’ampleur des enjeux du conflit, comprendre la réelle ampleur du problème.

Le député Ahmed Tibi siégeant au Parlement de l’état d’Israël ne fait que reprendre les idées qui ont cours dans le peuple arabe qui se nomme depuis peu palestinien. Les Arabes nient en bloc le lien des Juifs avec la terre d’Israël, il n’y a jamais eu de Temple Juif, ni de premier, ni de second.

Les Arabes qui vivent sur ce territoire sont les descendants des Cananéens affirme Saeb Erekat, le négociateur en chef de l’autorité palestinienne. Ils étaient là avant l’occupation du pays de Canaan par Josué et sa troupe! Tiens, tiens, il y avait donc au moins une fois des Israélites sur cette terre….

D’autres Arabes, ceux de Gaza, affirment être les descendants des Philistins. D’ailleurs les fouilles archéologiques le montrent bien dit le ministre de la Culture de l’Autorité Palestinienne Hatef Abu Saief, il n’y aucun vestige Juif. Quand les Juifs affirment avoir exhumé un vestige de l’histoire Juive, ce n’est que mensonge et fabulation, puisqu’ils ne sont pas d’ici. Seul le narratif est important, le reste n’est qu’ineptie.

On comprend mieux l’obsession de l’Autorité Palestinienne de faire reconnaitre par l’UNESCO que les sites les plus Juifs de la tradition Juive sont des sites de l’héritage palestinien. Ils disent, Jésus est un palestinien de Bethléhem, pauvre rabbi Yeshou fils de Yoseph et de Myriam ! S’il avait été accusé d’être autre chose qu’un Judéen un zélote de la foi du D. ieu de Jacob, Moise et Hillel, il aurait assené un grand coup de gourdin sur la tête de l’auteur de cette farce dépourvue de sens.

Pour pousser la plaisanterie ou l’absurde un peu plus en avant, rappelons-nous que le premier dirigeant de l’OPL, Ahmed Choukeiry est né au Sud du Liban à Tibnin, que le second chef de l’OLP, Yasser Arafat est né au Caire, que le grand-père d’Ahmed Tibi est de Syrie et une grande partie de sa famille s’y trouve encore, que Saeb Erekat le Cananéen de Jéricho (le seul au monde) appartient du clan bédouin Huweitat originaire du Nord-Ouest de l’Arabie Saoudite, que son clan (h’amoula) a migré sur les bords du Jourdain au début du 20è siècle après une première étape à Abu Dis.

Les Arabes reconnaissent l’existence d’une entité juive, à l’instar de la Charte de l’OLP reprise par l’Autorité palestinienne, cependant ils en font une religion sans prétention possible à un état en propre (article 20). Il y a bien des Chrétiens en France, en Italie, en Irlande, ils n’ont pas de terre spécifique. Il en va de même pour les Juifs, il y a des Juifs Français, des Juifs Arabes, des Juifs américains ou plutôt des Français de confession Juive, des Arabes de confession juive, etc…, qu’ils retournent dans leur pays d’origine.

Après avoir lu ce que vous avez lu, on comprend mieux le sentiment d’injustice, ‘la plus grande injustice au monde’ comme ils disent (sans rire), qui a cours dans la société arabe qui vit entre le Jourdain et la Méditerranée. On comprend mieux pourquoi la Charte de l’OLP décrit l’entité sioniste comme étant une entreprise colonialisme (article 22) puisqu’elle n’a aucun lien avec cet endroit qui aurait été dérobé à la nation Arabe, pourquoi l’entité Sioniste est décrite comme étant un poste d’avant-garde de l’impérialisme occidental, un occupant pur et simple.

Comprenez-vous la méprise ? Vous rendez-vous compte du déni abyssal dans lequel se trouve la société Arabe ? Accepter un quelconque partage de ce territoire c’est accepter le narratif du lien du Yahoud avec ce morceau de terre entre fleuve et mer. Accepteriez-vous de partager quelque chose qui vous appartient avec un voleur ? Quand de plus il a le culot de prétendre que ce qu’il vous a volé lui appartient ! C’est là précisément la situation de déni magistral dans laquelle se trouvent les Arabes, du plus haut au plus bas de cette société.

Je vous sens perplexe et vous ne croyez pas ce que vous lisez. Croirez-vous alors le témoignage des négociateurs américains du président Clinton, un homme qui a de solides connaissances bibliques. L’américain Denis Ross raconte dans ses mémoires qu’au cours des négociations avec Arafat à Camp David en 2000, ce dernier a ouvertement nié la présence d’un Temple Juif à Jérusalem (voir « Temple denial », Wikipédia). Clinton s’est alors offusqué, a claqué la porte et a répondu, puisque c’est ainsi nous n’avons rien à nous dire.

Il faut donc, avant même de commencer à parler de quoi ce soit avec les Arabes qui se disent Palestiniens, remettre les choses à leur place, les extirper de ce déni, les obliger à lire les écrits musulmans d’avant le 20è siècle puis leur faire accepter la vérité. C’est une condition sine qua non pour avancer dans une saine direction.

J’entends d’ors et déjà les belles âmes dirent mais jamais les Arabes n’accepteront d’abandonner leur narratif, jamais il y aura alors de solution. Ils ont probablement raison, mais c’est exactement la raison pour laquelle il ne peut avoir de solution dans l’immédiat, pas de Paix maintenant. Ce sont fabulations et mensonges qui sont à la base de ce conflit et la seule manière de faire crever l’abcès et de faire reconnaitre la Vérité.

Ainsi, on comprend bien que ce déni total bloque toute avancée en direction d’une solution politique. Dans la culture Arabe, on ne donne pas quelque chose qui nous appartient. Quand de plus vous saurez que le mot ‘compromis’ n’existe pas en arabe, on voit l’inextricable.

Le premier ministre Benjamin Netanyahou demandait une précondition simple pour ouvrir des négociations avec Mahmoud Abbas, que les Arabes reconnaissent que l’état d’Israël est l’état de la nation Juive. Cette demande exprimée par le Juif est a priori anodine et la réponse à cette requête devrait être facile et aisée.

Mais de fait, pour l’Arabe qui se dit Palestinien, c’est une demande à laquelle il se trouve dans l’impossibilité de donner suite, car cela reviendrait à remettre en cause son narratif, reconnaitre sa falsification de l’Histoire et remettre en question l’identité qu’il s’est forgée de toute pièces. Et cela il ne peut se le permettre sous peine de détruire son identité nouvellement acquise.

Le déni du déni

L’homme de Gauche ignore tout cela car il vit dans sa bulle tel-avivienne, occidentale. En l’apprenant, il ouvrirait de gros yeux tout rond, il nierait en bloc, c’est trop gros pour être vrai ce mensonge que les Arabes se racontent. Ou s’il l’accepte, il dirait comme Yaïr Lapid, peu m’importe, peu m’importe que les Arabes reconnaissent l’état d’Israël comme l’état du peuple Juif ou non, il m’importe à moi de le savoir et cela m’est suffisant.

Ce faisant, il nie l’énormité de la taille du problème et veut le rapporter à une simple dispute territoriale. Face à cette petite dispute de terrain, le bon sens occidental dit, mais cessez donc de vous disputer, de vous chamailler, partager et point final. Tout ira bien dans le meilleur des mondes.

C’est ce déni, opéré par l’homme de Gauche, du déni de l’appareil de l’Autorité Palestinienne et de toute la société arabe qui empêche tout progrès. La première étape, qui doit prendre tout le temps qu’il faudra, doit passer par la dénonciation officielle de ce déni et par la nécessité de la population arabe et de ses dirigeants de se rendre à la réalité historique. Il faut cesser de dire et croire que leur narratif sur ce territoire est tout aussi respectable que le narratif des Juifs. Il n’est en pas ainsi, il y a la réalité historique et leur affabulation historique.

La Vérité doit tout d’abord triompher pour pouvoir discuter et négocier à partir de la réalité et non à partir d’une fabulation qui ne peut mener nulle part. Cela prendra le temps qu’il faudra. Au Moyen-Orient, on a tout le temps qu’il faut, l’Occidental pressé par le rythme effréné du temps électoral  ne le comprend en aucune façon.

Avec cet écrit, je ne tente pas de convaincre l’Occidental de gauche qui vit à Tel-Aviv et sa périphérie. En tant qu’Occidental éclairé, il ne peut comprendre le mode de fonctionnement du Moyen Orient, sa culture et ses mentalités. Un ami qui se réclame de Gauche dit que pour trouver une solution au conflit avec les Arabes il faut changer la disquette, il faut changer les mentalités…..du Moyen-Orient. Je suis tout sourire, tout se fera plus rapidement si cet ami changeait sa mentalité de vouloir et d’avoir l’espoir de changer la culture millénaire qui a cours au Moyen-Orient chez nos ennemis.

L’objectif de cet écrit est d’informer, pas de convaincre, cela serait trop affectivement pour lui de le remettre en question. Tout simplement,  qu’il sache que cela existe, qu’il l’ait un jour entendu, car un jour ou l’autre il finira, comme de nombreux autres qui l’ont précédé, par réunir les pointillés pour voir le trait plein de la situation réelle et non pas celle qu’il souhaite de toutes les fibres de son âme généreuse.

à propos de l'auteur
Shaul, diplômé de Sciences Po, est depuis longtemps un observateur attentif de la géopolitique du Moyen-Orient et suit plus particulièrement les développements intérieurs et extérieurs en rapport avec Israël. Spécialisé sur la thématique "Israël, Jérusalem, la Judée-Samarie et le Droit international", il anime depuis plusieurs années des conférences et présentations sur ce thème en France ainsi qu'en Israël.
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