Le « démon ethnique » frappe à nouveau

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu votant lors des élections législatives israéliennes dans un bureau de vote à Jérusalem, lundi 2 mars 2020. (Atef Safadi / Photo de la piscine via AP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu votant lors des élections législatives israéliennes dans un bureau de vote à Jérusalem, lundi 2 mars 2020. (Atef Safadi / Photo de la piscine via AP)

Dans son article « Eizenkot veut-tu être Premier ministre ? Va au Likoud » (Yisrael Hayom 30.11.2020), Avishai Ben-Haim joue à nouveau avec le ‘‘démon ethnique’’, mais, cette fois, c’est lui-même qui l’incarne.

Ses motivations politiques sont évidentes. De sa position privilégiée, avec son statut de journaliste, il persiste et perpétue l’abandon de tout un pan de la population, connu sous le nom de «Second Israël». Il s’en auto-déclare porte-parole, bien qu’il ne vive pas en son sein. Il joue le conseiller politique et intellectuel et ne craint pas les conséquences de ses interventions.

Cette fois, Ben Haïm s’en prend à Eizenkot, homme de grande valeur, qui a atteint le sommet de Tsahal grâce à ses mérites, et surtout sans brandir une identité ethnique. La comparaison avec ses prédécesseurs orientaux qui ont, sans succès, tenté d’accéder au poste de Premier ministre, est erronée et même scandaleuse.

En réponse à Ben Haim, je rappelle qu’Itzik Mordechai a échoué en raison de démêlés personnels avec la justice et non parce qu’il était kurde. Amir Peretz a échoué en raison de son exigence d’être ministre de la Défense. S’il avait choisi un ministère lié au social, à l’emploi ou au développement de la périphérie, il aurait pu s’ancrer au sein du Parti travailliste.

Il serait resté chef du parti et aurait pu tenter de renverser le gouvernement. Mofaz, a trébuché parce qu’il a vendu son âme à Netanyahu, et non parce qu’il est persan. Gabay, a échoué parce qu’il a voulu transformer un parti de gauche en un parti de centre-droit.

L’expression « Premier Israël » est fondamentalement erronée. Il s’agit d’une invention de Ben-Haim avec laquelle il tente de faire revenir le « démon ethnique ». L’Israël d’aujourd’hui n’est plus celui des années cinquante. Il ne se caractérise plus par ses ethnies ou par les origines diverses de ses habitants.

Il est désormais composé de descendants de deuxième et troisième générations nés dans le pays de familles mixtes. Ils sont impliqués dans la vie culturelle, économique et politique, leur réussite n’est plus freinée. Le plafond de verre est depuis longtemps brisé. Le ciel est la limite pour tous ceux qui méritent de réussir.

L’intention d’Eizenkot de mettre son talent et son expérience au service du peuple ne peut être que saluée. Elle annonce une nouvelle ère dans le jeu politique contemporain. Ses idées de colombe et ses origines modestes le serviront tant qu’il affichera une position claire sur les questions de sécurité et les questions sociales en particulier.

Le moment est venu pour la politique israélienne d’être représentée principalement par deux camps : une « droite claire » contre une « gauche claire ». Il y en a assez avec les partis androgynes « centre-gauche » ou « centre-droit » qui veulent saisir la corde par les deux bouts. Il faut surtout refuser les partis ethniques qui perpétuent la fracture du peuple et brouillent la carte politique.

Le désir de satisfaire tous ceux qui en ont assez de la vieille politique ne suffit pas pour diriger un pays. « En politique et dans la vie, les hypocrites et les moitiés font toujours plus de mal que les décisions nettes et fortes« . (Stephen Zweig)

De nouvelles formations politiques sont créées au fil des ans par des généraux à la retraite, des journalistes ou des célébrités de toutes sortes. Ils balaient le spectre politique de gauche à droite. Comme ils n’ont pas d’idéologie bien définie ni de vision, ils se retrouvent rapidement hors du jeu. Les déceptions qu’ils causent sont, généralement, à la hauteur des promesses non tenues.

Les tentatives passées des partis du centre ont toujours échoué : celles de Dash, de Shinuye, de Koulanu, de Kahol-lavan. Seule une base idéologique claire, notamment en matière de sécurité, d’économie et de social, permettra le renouvellement. Ehud Barak a gagné les élections de 1999 en s’engageant à évacuer l’armée du sud du Liban. Ariel Sharon a gagné en 2001 en s’engageant à évacuer la bande de Gaza.

Les électeurs ne veulent plus de promesses conciliantes et trompeuses. Eizenkot doit défier le Likoud. Il doit être clair et déterminé sans craindre les étiquettes négatives que l’on a récemment collées à la gauche. En fait, la vraie bataille politique se déroule entre le camp du « Grand Israël » et le camp favorable aux « Deux États ».

Eizenkot ferait bien de déclarer un désengagement du cœur de la Cisjordanie, que ce soit par un accord ou par une décision unilatérale. C’est ce que veut la majorité du peuple : arrêter l’occupation, arrêter les dépenses exorbitantes au profit d’une population juive clairsemée et délirante.

à propos de l'auteur
Mickaël Parienté, éditeur franco-israélien, a conçu et dirigé à Paris de nombreux projets culturels, en particulier : une galerie d’art israélien moderne, un club littéraire et artistique autour du judaïsme contemporain et une librairie-café méditerranéenne. Auteur d’une thèse de doctorat socio-littéraire sur la littérature israélienne, traduite et publiée en français, depuis la création d’Israël (1948) jusqu’à nos jours, il a publié deux bibliographies : "2000 titres à thème juif - 1420 biographies d’auteurs", préfacée par Emmanuel Le Roy Ladurie, éd. Stavit, "Paris 1998 ; Littératures d’Israël", éd. Stavit, Paris 2003. Auteur bilingue, il a publié : "L'Autre Parnasse", roman paru en hébreu et en français en 2011, en anglais et en espagnol en 2013, éd. StavNet ; "A l'Ombre des Murailles - souvenirs d'enfance du mellah de Meknès, Maroc", paru en hébreu et en français en 2015, ed. StavNet. Mickael Pariente publie régulièrement des articles d'opinion dans la presse israélienne : Le Haaretz, Jérusalem Post, Ynet, Itonout... et en France, Libération, Le Monde...
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