Le Deal du siècle, échec annoncé ou insolente réussite ?

Le président Donald Trump accueilli lors du sommet Opportunity Now à Charlotte, en Caroline du Nord, le vendredi 7 février 2020. (Photo AP / Gerry Broome)
Le président Donald Trump accueilli lors du sommet Opportunity Now à Charlotte, en Caroline du Nord, le vendredi 7 février 2020. (Photo AP / Gerry Broome)

Après avoir été maintes fois repoussé, le président américain Donald Trump a enfin dévoilé enfin son Deal du siècle pour régler le conflit israélo-palestinien. Réussira-t-il là où les autres présidents US ont lamentablement échoué avant lui ?

La réponse est claire : non, bien sûr. Et cette réponse peut être faite sans avoir besoin même de prendre connaissance de la teneur de ce Deal annoncé à grands renforts de cors et trompettes. Le volet politique avec ses propositions concrètes sur le terrain aura le même destin que le volet économique dévoilé à Bahreïn en Juin 2019.

La proposition d’une paix économique avec 50 milliards d’aides à la prospérité a fait choux blanc, elle n’a pas réussi à faire avancer d’un seul iota les dirigeants de l’Autorité palestinienne dans une quelconque direction. Il en ira de même pour le volet politique.

Comment être aussi sûr de cet échec annoncé ? C’est que tous ces plans de paix tentent d’offrir une solution occidentale avec une boîte à outils occidentale à un conflit qui a lieu au Moyen-Orient. Toutes ces tentatives font complètement abstraction de la spécificité des mentalités et des cultures locales.

La prémisse de l’Occidental est que la rivalité est territoriale, deux peuples, les Israéliens et les Palestiniens, se disputent un même territoire. Surtout ne pas évoquer ne serait un instant un quelconque conflit religieux car aucune solution ne serait alors envisageable. La partition est la bonne solution, la seule solution ; il faut tout simplement trouver la bonne clé de partition, par exemple les lignes de cessez-le feu de 1949 entre Israël et la Jordanie ou comme certains les appellent les « frontières de 67 ».

L’autre prémisse occidentale est qu’après le partage, nécessairement imposé de l’extérieur aux protagonistes, les esprits se calmeront et les dirigeants de l’Autorité palestinienne soudainement converti en gouvernants responsable de l’Etat de Palestine retrousseront leurs manches et travailleront sans relâche à la prospérité du pays nouvellement créé.

La réalité du terrain est bien entendu tout autre, il suffit d’écouter ce que disent les uns des autres. A Ramallah, l’ennemi est le Juif (Yahoud), pas l’Israélien. A Jérusalem, l’ennemi est l’Arabe (Aravi) pas le palestinien. Le conflit n’est donc pas israélo-palestinien, il est Juifs contre Arabes, il est Judaïsme contre Islam avec comme principal enjeu (chut, il ne faut pas le dire) la possession du Mont du Temple de Jérusalem alias Haram al-Sharif, 3ème lieu saint pour l’islam sunnite (pas pour les chiites) et premier et unique pour les Juifs.

Les Palestiniens ne représentent que le fer de lance des Arabes voire de tous les Musulmans. Exprimé politiquement, la paix ne passe pas par Ramallah ou Gaza mais par Riyad et le Caire et plus précisément par les grand Muftis d’Arabie saoudite et d’Égypte, l’équivalent des grands rabbins d’Israël pour les Juifs, ainsi que par le grand Imam de la mosquée Al-Azhar du Caire dont les fatwas c’est-à-dire les décrets religieux faisant office de lois, font autorité sur la Oumma (communauté des croyants) des Musulmans sunnites.

C’est la fameuse paix régionale mais avec son indispensable volet religieux. Obtenir l’approbation des hautes autorités cléricales, c’est exactement ce qui a eu lieu lors des accords de paix avec l’Égypte en 1979. Peu de gens savent que le président Sadate a au préalable obtenu une fatwa du Grand mufti d’Egypte Ali Djad Al-Haq, qu’il avait si justement nommé en 1978 à ce poste (sic), lui permettant de faire une….Hudna (paix temporaire) avec Israël.

La seconde raison de l’échec annoncé de ce Deal du siècle est plus prosaïque, plus accessible à l’esprit occidental qui refuse l’aspect religieux du conflit. Ramallah n’a pas été consulté et les bruits qui courent sur la remise de Jérusalem aux mains des Hébreux ne peuvent que provoquer qu’ire et refus. Ce dont la partie palestinienne ne s’en cache pas.

Mais alors, à quoi sert l’annonce de ce Deal, s’il ne mène pas à une proposition de paix réalisable ? Ce Deal est de fait une action politique d’envergure destinée à rebattre les cartes et à mettre sur la table, bien en vue de tous, d’autres paramètres de résolution du conflit que ceux de Clinton et Kerry repris par les Européens et poussé aux devants de la scène par l’infâme résolution 2334 du Conseil de Sécurité de Décembre 2016, et qui sont parfaitement inacceptables par Israël.

C’est une vraie grosse balle lancée énergiquement dans le jeu de quilles mis patiemment en place par les gauches occidentales européennes et américaines avec l’appui de la Ligue Arabe et l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI) pour imposer à Israël des propositions irrecevables.

Du coup, ce Deal du siècle provoque un changement de paradigme en profondeur, plus de communauté internationale homogène qui clame que les colonies juives en Judée-Samarie/Territoires Occupés Palestiniens sont illégales au regard du droit international, plus d’unanimité quant aux paramètres Clinton-Kerry, plus d’indispensable nécessité de scinder Jérusalem, capitale historique exclusive du peuple Juif et d’aucune autre entité musulmane jusqu’à ce jour.

A partir d’aujourd’hui d’autres propositions que celles du passé ont le droit de cité et qui, aux dires des négociateurs de l’administration Trump, sont plus conformes à la réalité du terrain ainsi qu’à la réalité historique. Le lien du peuple Juif avec cette terre n’est plus à remettre en question par un narratif palestinien d’indigénéité millénaire inventé depuis peu, cananéen ou philistin au choix.

C’est une fenêtre d’opportunités et un parapluie politique que Trump offre à la droite israélienne pour enfin réaliser ce qu’elle a toujours voulu faire mais a toujours redouté d’exécuter durant ses 4 décennies au pouvoir, sous peine de répercussions douloureuses en termes de soutien au Conseil de Sécurité sous des administrations US moins favorables, tant démocrates que républicaines :

1) Exercer la souveraineté israélienne sur la vallée du Jourdain pour définir sa frontière Est sur les rives du Jourdain.

2) Débarrasser la population juive installée de l’autre côté de la Ligne verte d’une Administration militaire tatillonne et coercitive et lui faire bénéficier des même lois et des mêmes droits qui ont cours à Tel Aviv ou à Herzliya. On appelle cela exercer la souveraineté israélienne sur le territoire.

L’histoire toute proche nous dira si la droite israélienne saura saisir cette perche providentielle et inespérée pour elle, et créer une nouvelle réalité sur le terrain, avec comme de bien entendu sa nouvelle cascade de conséquences, imprévisibles à ce jour.

à propos de l'auteur
Shaul, diplômé de Sciences Po, est depuis longtemps un observateur attentif de la géopolitique du Moyen-Orient et suit plus particulièrement les développements intérieurs et extérieurs en rapport avec Israël. Spécialisé sur la thématique "Israël, Jérusalem, la Judée-Samarie et le Droit international", il anime depuis plusieurs années des conférences et présentations sur ce thème en France ainsi qu'en Israël.
Comments