Le come-back d’Israël en Afrique, entre pragmatisme et ambition

Le président Isaac Herzog rencontre le président congolais Félix Tshisekedi à la résidence présidentielle de Kinshasa, lors de sa visite officielle en République démocratique du Congo, le 11 novembre 2025. (Crédit : Maayan Toaf/GPO)
Le président Isaac Herzog rencontre le président congolais Félix Tshisekedi à la résidence présidentielle de Kinshasa, lors de sa visite officielle en République démocratique du Congo, le 11 novembre 2025. (Crédit : Maayan Toaf/GPO)

On s’y attendait sans vraiment y croire. En novembre 2025, Isaac Herzog a posé le pied en Zambie puis en RDC. Deux jours, pas davantage, mais assez pour signifier un virage : Israël n’observe plus l’Afrique de loin, il revient. Pas par éclat diplomatique, mais par une série de gestes mesurés, qui remettent en mouvement une relation restée en sommeil.

Le voyage n’avait rien de spectaculaire : quelques rencontres officielles, des poignées de main, des déclarations sobres. Pourtant, l’impression dominante était celle d’un retour attendu et surtout gagnant pour tous. Cela faisait si longtemps qu’on n’avait pas vu un président israélien dans ces régions que la simple image d’Herzog descendant de l’avion suffisait à marquer les esprits.

Retour gagnant en Zambie

Depuis que l’ambassade d’Israël avait rouvert à Lusaka, on percevait des signaux dispersés : visites techniques, échanges préliminaires, petites coopérations discrètes. Mais c’est la venue du président qui a noué l’ensemble, donnant une cohérence et un poids politique que les diplomates africains suivaient déjà, souvent avec un intérêt prudent.

Ce que recherchent les pays africains n’a rien d’abstrait : mieux gérer l’eau, moderniser l’agriculture, sécuriser les sites miniers, former des techniciens, éviter que les hôpitaux ruraux ne manquent d’outils essentiels.

  • La Zambie, confrontée à une économie trop liée au cuivre, attend des solutions qui permettent enfin de diversifier la production.
  • En RDC, l’objectif est clair : suivre les minerais depuis la mine jusqu’à l’exportation pour éviter les pertes, les fraudes, et améliorer la transparence.

Israël ne s’avance pas avec des promesses alambiquées. Il vient avec des outils. Et cette simplicité-là colle parfaitement aux attentes africaines.

L’innovation comme terrain d’entente

De longue date, Israël mise sur une technologie appliquée, pensée pour des contextes difficiles. Ce n’est pas un hasard si, dans plusieurs pays africains, on croise d’anciens stagiaires passés par MASHAV, familiers des systèmes d’irrigation ou des méthodes agricoles israéliennes.

La visite d’Herzog a surtout permis de redonner un cadre officiel à cet héritage.

Depuis, on parle à Lusaka de projets d’irrigation adaptés aux petites exploitations ; tandis qu’à Kinshasa, l’idée d’un système numérique pour suivre la production minière est évoquée avec insistance. Ce ne sont pas des concepts théoriques. Ce sont des outils concrets, déjà utilisés ailleurs, que l’Afrique peut adopter sans attendre une décennie de financement international.

Sur la sécurité, un sujet discret mais essentiel

Officiellement, ce n’était pas la priorité du voyage. Mais dans les couloirs, le sujet revenait régulièrement.

  • La RDC, qui affronte encore l’instabilité dans l’Est, cherche depuis longtemps des partenaires capables de l’aider sur le plan technique : surveillance, renseignement, cybersécurité.
  • La Zambie, de son côté, veut éviter que ses infrastructures minières ou énergétiques ne deviennent vulnérables.

Israël, fort d’une expérience particulière dans ces domaines, propose une collaboration sans grands discours, mais avec la solidité que recherchent les gouvernements africains.

Un retour qui n’a rien d’un accident

L’erreur serait de voir dans cette visite une manœuvre improvisée. Le mouvement est plus profond. Israël comprend que l’Afrique n’est plus un espace périphérique, mais un terrain central pour les alliances nouvelles, surtout dans un monde où les pôles d’influence se recomposent.

Les États africains, eux, ne demandent pas d’alliances idéologiques. Ils veulent des solutions rapides, applicables, mesurables. Et c’est précisément sur ce registre qu’Israël joue sa carte.

Un début plutôt qu’un aboutissement

Depuis le départ d’Herzog, plusieurs chantiers se mettent en place :

  • groupes de travail entre ministères,
  • équipes techniques qui échangent documents et analyses,
  • formation de personnel local,
  • discussions autour d’investissements ciblés.

Rien de spectaculaire en apparence, mais une base solide qui préfigure un retour durable. Pour Israël, l’enjeu dépasse les accords : il s’agit de retrouver une présence réelle en Afrique, de reconstruire des réseaux et de montrer, par des projets concrets, que ce retour s’inscrit dans le temps long.

Ce rapprochement n’a rien d’un effet d’annonce. Il ressemble plutôt à une relation ancienne qui reprend son souffle, avec une maturité nouvelle.

Israël, un partenaire efficace

Israël propose des outils qui fonctionnent. Les deux se rejoignent sans emphase, mais avec un réalisme qui pourrait bien s’imposer dans les années à venir. La tournée d’Isaac Herzog n’a pas bousculé la scène internationale. Elle a fait mieux : elle a remis en marche un lien que l’on croyait éteint.

Et les relations qui renaissent dans la discrétion sont souvent celles qui durent le plus longtemps…

à propos de l'auteur
Journaliste et auteur. Jocksy Andrew Ondo-Louemba est l'auteur d'un essai sur l'Afrique dénommé Something is wrong paru en 2015 dans lequel il s’interroge sur les relations afro-israéliennes.
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