Le cirque

Les travailleurs de la Commission électorale centrale comptant les bulletins de vote restants au parlement israélien à Jérusalem, après les élections générales, le 25 mars 2020. Photo de Yonatan Sindel / Flash90
Les travailleurs de la Commission électorale centrale comptant les bulletins de vote restants au parlement israélien à Jérusalem, après les élections générales, le 25 mars 2020. Photo de Yonatan Sindel / Flash90

Les Juifs du monde entier ont célébré la fin de l’esclavage et la sortie d’Égypte pharaonique.

Les Israéliens, eux, par contre, commencent la traversée du désert politique en se demandant quand ils vont devoir retourner aux urnes départager les marchands de tapis auto proclamés politiciens.

Notez que je n’ai rien contre les marchands de tapis…

Le président de l’État a vu défiler les différents partis ayant tous récolté quelques voix éparses, montrer leur incapacité à s’entendre sur un gouvernement au service du peuple.

Je sais, « au service du peuple » ne semble pas être l’expression appropriée en l’occurrence tant la déconnection s’est installée.

Et puis pour ajouter une dose de surréalisme, notre Premier ministre, Benyamin Netanyahou, a passé la journée au tribunal, répondant finalement après bien des tentatives de multiples renvois aux calendes grecques, à ses différents chefs d’inculpation… Tout en ayant pris soin auparavant d’envoyer une escouade de délégués assurer au President Rivlin que le seul en mesure de servir les intérêts du peuple en qualité de chef de gouvernement ne pouvait être autre que lui-même.
Pas étonnant que Kafka ait été juif, il a dû avoir des visions prophétiques de l’État Juif….

Finalement aucun gagnant n’est sorti des urnes, car seul celui ou celle en mesure de réunir une majorité de 61 députés peut prétendre à la médaille d’or.
Or la journée qui vient de s’écouler a démontré qu’il n’en était rien.

Le système politique israélien marque ainsi ses limites. A vouloir donner une voix à chacun, personne ne peut se faire entendre.

Même les islamistes ont un parti en Israël et Mansour Abbas, le chef du parti Ram, pourrait devenir celui qui détermine le résultat final.

Mais pour changer le système il faut des députés qui votent des lois. Qui décident par exemple de la tenue de deux scrutins, un vote pour élire le chef de l’exécutif, et un vote pour élire les représentants à la Knesset. Car finalement, les chefs de partis polarisent les votes et une grande majorité d’électeurs ne prennent plus le temps de lire les programmes. Quand il y en a.

Quelque part, celui qui a de facto instauré d’ores et déjà ce système n’est autre que le Premier ministre actuel qui a axé toutes ses campagnes électorales sur sa propre personne. En se plaignant ensuite, par un tour de force démagogique, d’être la cible de campagnes contre sa personne.

Le choix de partis à droite était conséquent, ceux ayant fait le choix de voter Likoud n’ont pas élu un parti mais plébiscité son chef. Qui n’a d’ailleurs pas pris la peine de présenter un programme sachant que le vote se faisait sur sa personne. Et malgré ses efforts et sa première place, il n’a pu obtenir de majorité claire pour former de gouvernement.

Un plébiscite en demi teinte pour celui qui a mis son salut judiciaire entre les mains des électeurs.

Autre détail cocasse qui pourrait prêter à rire si les conséquences n’étaient pas si graves : le mandat du ministre de la Justice est arrivé à terme car celui initialement nommé a démissionné il y a quelques semaines, laissant le Premier ministre en charge de ce ministère. Et aujourd’hui, au sortir du tribunal, face caméra, Benyamin Netanyahu a clamé sa méfiance envers le système judiciaire israélien qu’il a accusé de mener une croisade contre lui. Lui, le ministre de la Justice….

Quant aux chefs de partis qui ont eu tout le temps de discuter depuis le dépouillement des urnes, ils n’ont pas été en mesure de proposer de Premier ministre qui permettrait de former un gouvernement au service des citoyens israéliens.

Voilà.

Tout ceci serait drôle si le pays n’était pas prisonnier de ce cirque incessant alors que nous sortons d’une année ponctuée de confinements et autres restrictions qui ont atteint sévèrement les israéliens dans leur vie quotidienne et dans leur capacité à se projeter dans le futur.

Or le public israélien a, lui, démontré une grande résilience et n’a pas hésite à se faire vacciner en masse pour vivre de jours meilleurs en faisant taire craintes et hésitations.

Je suis bien consciente que je ne dispose pas d’éléments suffisants pour savoir ce qui se trame réellement dans les couloirs du parlement israélien et que nous ne sommes pas à l’abri de surprises.

Mais j’espère sincèrement qu’il ne s’agira pas d’une mauvaise surprise avec un gouvernement formé de racistes, d’islamistes, de misogynes, d’homophobes et autres ayatollahs. Car il serait accouché aux forceps et ne représenterait pas la majorité numérique du peuple d’Israël qui, quoique divisé, demeure un peuple fascinant qui aspire juste à vivre une vie paisible.

Et moi je suis prête à voter demain s’il le faut. Même si mon candidat n’est pas élu. Car il est temps que nous reprenions une vie normale et que nous continuions à bâtir ce pays magique qui va bientôt fêter ses 73 printemps.

à propos de l'auteur
Née à Paris, ancienne avocate au Barreau de Bruxelles, Myriam a quitté l’Europe en 2005 pour s’installer à Montréal, où elle est devenue une travailleuse communautaire au FNJ-KKL puis directrice des relations communautaires et universitaires pour CIJA, porte parole officiel de la communauté juive, avant de faire son alyah
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