Le chômage en Israël affiche une baisse en trompe-l’œil

© Stocklib / moovstock
© Stocklib / moovstock

On ne pouvait que se réjouir à l’annonce du dernier chiffre du chômage en Israël : 2,9% en avril, soit le taux le plus bas enregistré depuis une cinquantaine d’années.

Encore faut-il savoir ce que cache ce chiffre, presque trop beau pour être vrai. A y voir de plus près, il s’agirait d’un chiffre en trompe-l’œil qui ne reflète pas exactement la réalité.

L’Institut israélien de la Statistique vient d’annoncer un recul spectaculaire du chômage : 2,9% à la mi-avril contre 3,7% à la mi-mars.

Oui, le chômage en Israël est à la baisse depuis le début 2022 et c’est une bonne nouvelle, notamment après la crise de l’emploi provoquée par les confinements de 2020 et 2021 ; mais cette baisse reste trompeuse.

Effet « Confinement »

Israël connaît le même phénomène qui est apparu dans la plupart des pays occidentaux touchés par le Covid : de nombreux demandeurs d’emplois ont renoncé à chercher un emploi à la sortie des périodes de confinement et à la fin des congés sans solde.

Cet effet « confinement » est mesuré par l’Institut de la Statistique ; en avril dernier, il concernait encore 66.000 personnes qui ne sont pas comptabilisés comme chômeurs car ils ne cherchent pas d’emploi.

Si on comptait tous les sans-emploi, qui cherchent ou non un emploi, le chômage en Israël serait de 4,4% ; bien au-dessus du taux officiel de 2,9%.

Baisse du taux d’activité

Si de nombreuses personnes ont basculé vers l’inactivité, le taux d’activité reste bas en Israël et il continue de reculer : en avril, seulement 61,0% des personnes en âge de travailler participaient au marché du travail.

Malgré la forte reprise de l’activité économique, Israël ne parvient pas à retrouver le niveau d’emploi d’avant-Covid ; en février 2020, 62,5% des Israéliens en âge de travailler participaient à la population active.

Le taux d’activité bas en Israël s’explique notamment par la faible participation au travail de deux groupes de population, les Arabes (femmes) et les Harédim (hommes) ; ce phénomène n’est pas nouveau mais la crise du Covid l’a amplifié.

Le mystère des postes à pourvoir

Si Israël compte un taux officiel de chômage de 2,9%, exactement 120.200 chômeurs, un autre mystère demeure entier : le nombre d’emplois vacants est aujourd’hui de 150.600 soit bien supérieur au nombre de chômeurs.

Autrement dit, de nombreux postes vacants ne parviennent pas à trouver preneur ; ce qui est une situation relativement inédite et qui s’explique surtout par le manque d’adaptation entre les chômeurs et les emplois vacants.

Les postes à pourvoir se trouvent principalement dans les métiers de la vente et de la restauration ; des secteurs aux salaires bas qui attirent de moins en moins les Israéliens.

La baisse du chômage en Israël est donc une bonne nouvelle, même si cette baisse est en trompe-l’œil et cache une situation plus paradoxale qu’elle n’y paraît.

Le moment est venu pour le gouvernement israélien d’agir résolument pour relever le taux d’activité de certains groupes de population et adapter davantage l’offre à la demande d’emplois.

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998, à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005 et au Collège universitaire de Netanya de 2012 à 2020. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Dernier ouvrage paru : "Les Années Netanyahou, le grand virage d’Israël" (L’Harmattan, 2022). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
Comments