Le chant des possibles

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La lecture de la Torah offre cette semaine un « chant », il se nomme Haazinou. Selon la tradition, il est l’un des dix cantiques de notre histoire.

Le premier étant celui récité par Moïse et Israël lors de la traversée de la mer Rouge, le dernier sera celui entonné par toute la nation d’Israël lors de la délivrance ultime. Toujours selon la tradition, le chant de Haazinou a une caractéristique bien spéciale, il inclut en son sein, de manière tout à fait extraordinaire, toute l’histoire d’Israël.

Tout le futur et tous les évènements de notre histoire y passent de manière allégorique. En cela ce texte est tout à la fois, sublime, fascinant et poignant, à l’image de notre traversée de l’histoire. De manière inédite, Moïse l’introduit en prenant à témoin le ciel et la terre, comme pour mieux souligner sa dimension unique.

En effet selon Rachi, de par leur qualité de témoin, le ciel et la terre ne manqueraient de rappeler à l’ordre Israël si jamais le peuple venait à fléchir dans son respect de l’alliance divine.

Mais à y réfléchir, ces témoins sont radicalement différents l’un de l’autre et l’on peut légitimement se demander comment Moïse a-t-il pu les embarquer ensemble dans cette aventure. D’un côté, le ciel se fait l’ambassadeur des préoccupations spirituelles, la terre possède quant à elle des intérêts bien matériels.

La loi juive n’indique-t-elle pas que la validité d’un témoignage, qui doit se faire à partir de deux individus, dépend de la convergence des deux témoignages ? Comment est-il alors possible dans notre cas d’obtenir du ciel et de la terre une déclaration commune qui s’accorderait ?

La leçon est grande pour Israël à qui s’adresse ce chant. A l’aube de son histoire, Moïse consigne ici toute la vocation de son peuple. En réalité, le ciel et la terre ne sont pas opposés dans le projet de création, ils sont des partenaires et Israël est cette nation qui a pour mission de réunir ces forces pour les mettre à l’œuvre ensemble dans la symphonie de l’univers.

Dès lors, si mission il y a, capacité et aptitude il y a sûrement aussi. Israël doit savoir qu’il est donc possible pour lui de révéler le divin au sein même de la matière. Bien plus, c’est par le truchement de cette matière, et sans échappatoire, que doit s’illustrer le divin.

C’est précisément ce type de témoignage dont il est question dans l’appel de Moïse et qui fait du judaïsme, sans doute comme aucune religion dans le monde, un si subtil et si fin calibrage du spirituel avec le matériel.

En perspective, le cantique de Haazinou est en quelque sorte pour la nation d’Israël, le champ des possibles aussi vaste que le ciel et la terre et ce qu’ils contiennent. Ce champ des possibles se mue au fur et à mesure des accomplissements glorieux du peuple juif en un merveilleux chant des possibles. Aux temps messianiques, ce chant s’étendra aux nations, jusqu’à entière osmose avec le cosmos.

à propos de l'auteur
Daniel est spécialiste de Rachi et auteur d'un livre publié aux éditions Kehot "Cinq ans, savoir étudier le Commentaire de Rachi sur la Torah".
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