Le challenger

Le sort des élections a peut-être basculé le 29 janvier au soir lorsque Benny Gantz a prononcé son discours fondateur au parc des expositions de Tel-Aviv. Jusqu’à présent, en face de Binyamin Netanyahou, il n’y avait rien ou plutôt le trop plein de challengers (Yaïr Lapid, Avi Gabbay, Tsipi Livni…) dont aucun n’arrivait à s’imposer.

Désormais, les choses sont claires : la bataille est entre Binyamin Netanyahou et Benny Gantz. Le Premier ministre, déjà affaibli par les perspectives de mise en examen, sait qu’une majorité alternative peut se constituer autour de l’ancien chef d’Etat-Major. Pour ce dernier, le challenge était d’une double nature : échapper à l’étiquette d’homme de gauche (devenue une insulte en Israël) que la droite s’efforce de lui coller ; proposer des solutions alternatives aux Israéliens.

Benny Gantz a incontestablement réussi son entrée en campagne en développant une vision centrée sur le rassemblement des Israéliens : une grande fermeté sur les questions sécuritaires, mais sans fermer la porte aux perspectives de paix ; des moyens de lutte contre la vie chère (lutte contre les monopoles, construction massive…); une revitalisation des services publics d’éducation et de santé (recrutement de médecins et création d’hôpitaux); ouverture sur les questions de société (droits des homosexuels, tolérance zéro face à la corruption, défense des institutions démocratiques).

Dès le lendemain, les sondages créditaient le parti de l’ancien chef d’Etat-major d’une vingtaine de députés. Plus encore, il talonne le Premier ministre sortant dans les enquêtes d’opinion sur ses capacités à occuper la même fonction.

Ayant fait l’union avec Moshé Yaalon (ce qui lui donne une caution de droite), Benny Gantz devra désormais ouvrir sa liste à des femmes et des Orientaux (on parle d’Adina Bar Shalom, la fille du Rav Ovadia Yossef, et d’Orly Lévy-Abecassis) qui lui donneront aux côtés de Michaël Bitton (ancien maire de Yerouham), déjà rallié, la caution sociale – à défaut d’être de gauche – qui lui manque encore.

Une union avec Yesh Atid de Yaïr Lapid pourrait le promouvoir à la première place dans les sondages. Il faudra surtout que ses alliés d’Avoda et de Meretz, seuls ou ensemble, passent le seuil d’éligibilité (3,25%, soit 4 députés). Binyamin Netanyahou a le même problème : obtenir les regroupements nécessaires à la droite de la droite entre les différents partis se réclamant du sionisme religieux, ce qui devrait se faire.

Shas attend l’accord de ses rabbins pour accepter la proposition de Yaadout ha Thora de former une seule liste ultraorthodoxe. Pour les partis constitués autour d’une forte personnalité (Moshé Kahlon, Avigdor Liberman), les réticences à rejoindre leur maison d’origine (le Likoud) semblent plus fortes. La querelle des égos pourrait bien décider du résultat, désormais très incertain, des élections du 9 avril prochain.

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Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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