Le cerveau de la bombe atomique explose à Téhéran

Photo publiée par le site officiel du bureau de la présidence iranienne, le président iranien Hassan Rohani assistant à une réunion du groupe de travail de son gouvernement sur le coronavirus à Téhéran, en Iran, le samedi 28 novembre 2020. Rohani a promis samedi de se venger du meurtre de Mohsen Fakhrizadeh, un scientifique lié au programme nucléaire militaire de Téhéran. (Bureau de la présidence iranienne via AP)
Photo publiée par le site officiel du bureau de la présidence iranienne, le président iranien Hassan Rohani assistant à une réunion du groupe de travail de son gouvernement sur le coronavirus à Téhéran, en Iran, le samedi 28 novembre 2020. Rohani a promis samedi de se venger du meurtre de Mohsen Fakhrizadeh, un scientifique lié au programme nucléaire militaire de Téhéran. (Bureau de la présidence iranienne via AP)

L’élimination de savants ou de chefs terroristes n’est pas une pratique nouvelle dans la guerre tous azimuts que mène Israël contre ses ennemis proches ou lointains.

Hier, des savants allemands basés en Egypte étaient visés, puis des scientifiques atomistes étrangers et irakiens responsables du projet Osirak made in France à Bagdad, et aujourd’hui, c’est le tour des scientifiques atomistes iraniens qui sont pris dans le collimateur.

Le but principal est d’éviter par tous les moyens qu’un pays arabo-musulman se dote de l’arme nucléaire.

Depuis le début de la Révolution islamique en 1979, le régime a utilisé plusieurs moyens en sa disposition pour terroriser le monde. Voilà deux décennies que le gouvernement israélien suit de près les intentions hégémoniques et nucléaires de l’Iran. Nous étions les premiers à avertir le monde libre sur les réels objectifs des Ayatollahs.

Les Occidentaux ont essayé plusieurs approches pour négocier avec le régime iranien y compris l’apaisement, les négociations et les sanctions. Pourtant à Téhéran, personne n’a été dissuadé ni convaincu de mettre fin au programme nucléaire pour des fins militaires.

Durant les quatre dernières années de l’administration Trump, l’entente était totale entre Washington et Jérusalem pour contrecarrer toute tentative des Ayatollahs de s’implanter militairement en Syrie avec le risque croissant d’avoir un accès sur la Méditerranée, pour empêcher l’interventionnisme terroriste des Gardiens de la Révolution à travers les continents, mais surtout pour stopper tout progrès dans le programme nucléaire et les activités balistiques.

Avec l’élection de Joe Biden, l’incertitude plane sur les intentions de lever les sanctions et de renouveler le dialogue avec Téhéran pour pouvoir enfin signer un nouvel accord sur le projet atomique.

Devant le désarroi et le doute, il ne restait donc que quelques semaines jusqu’au 20 janvier prochain pour agir et se mettre au diapason de l’administration Trump. D’une part consolider la normalisation avec de nouveaux pays arabes telle que l’Arabie saoudite, et d’autre part, poursuivre sans relâche le combat contre le projet nucléaire et le terrorisme islamiste.

Malgré leur menace de lancer des représailles, les Ayatollahs savent parfaitement que le soutien des Etats-Unis à Israël est inconditionnel et que le président Trump n’hésitera pas à réagir avec toute la force qu’il possède jusqu’à l’installation de Joe Biden à la Maison Blanche.

Les propos de l’ancien directeur de la CIA, John Brennan, sous la présidence de Barack Obama sont très inquiétants. Ils prouvent qu’elle sera la politique de Joe Biden à l’égard de l’Iran. Juste après l’élimination du savant iranien, Mohsen Fakhrizadeh, Brennan a déclaré : « un tel acte de terrorisme étatique constituerait une violation flagrante du droit international et encouragerait davantage de gouvernements à mener des attaques meurtrières contre des responsables étrangers ». Il a même exhorté l’Iran « à ne pas lancer des représailles et d’attendre le retour de dirigeants américains responsables sur la scène internationale. »

Ces propos vont de pair avec la position d’une partie des médias et des militants de gauche qui qualifient l’attentat de « d’acte criminel » et de « provocation ». Le chargé de la politique étrangère européenne, Josep Borel, s’est empressé lui aussi de condamner sévèrement cet attentat. Concernant le dossier iranien, l’attitude de l’Union européenne demeure hypocrite et ce double jeu annonce une entente des Européens avec l’équipe Biden.

L’élimination du cerveau de la bombe atomique iranienne est un message clair à l’Iran mais aussi à tous ceux qui souhaitent renouveler un mauvais accord nucléaire avec les Ayatollahs.

Cette élimination était prévue de longue date, précisément après l’opération spectaculaire du Mossad en mai 2018 pour récupérer des archives atomiques.

Chaque opération de ce genre contre des savants iraniens ou des chefs terroristes nécessite bien entendu une préparation logistique minutieuse sur le terrain, suivant à la loupe et par des moyens électroniques sophistiqués tous les déplacements et les itinéraires de la cible. Avec un renseignement précis et de qualité tout passe au crible et au moment opportun la cible est attaquée sans hésitation et sans regrets.

Le dernier attentat contre Mohsen Fakhrizadeh comme le raid audacieux des Américains contre le général Qasem Soleimani et ses complices chiites provoquent non seulement une véritable onde de choc et dévoile les points vitaux des services de sécurité iraniens, mais retarde aussi la mise en œuvre du projet atomique et des activités terroristes.

Bien entendu, chaque savant peut être remplacé mais une chose est certaine : l’Iran n’a pas renoncé ni au nucléaire, ni au terrorisme et ni à détruire l’Etat juif.

Pour l’heure, aucune organisation, aucun groupe ou Etat n’a revendiqué la responsabilité de cet attentat. Pourtant, l’Iran menace de lancer des représailles contre Israël et les Etats-Unis. La guerre est donc ouverte et toutes les options sont envisageables.

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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