Le cas Ayman Odeh

Ayman Odeh, leader de la Liste commune, prenant la parole après les premiers scrutins de sortie des élections israéliennes à Shefa-Amr, Israël, lundi 2 mars 2020. (AP Photo / Mahmoud Illean)
Ayman Odeh, leader de la Liste commune, prenant la parole après les premiers scrutins de sortie des élections israéliennes à Shefa-Amr, Israël, lundi 2 mars 2020. (AP Photo / Mahmoud Illean)

Ayman Odeh, le leader de la Liste unifiée (qui regroupe les partis arabes) avait tout pour plaire. A 45 ans, cet avocat de Haïfa marié à une femme médecin symbolisait la réussite sociale de nombre d’Arabes israéliens.

Avec son parti Hadash, il avait su fédérer les différentes composantes de l’opposition arabe : depuis 2015, la liste unifiée regroupe communistes, islamistes et nationalistes. Les succès électoraux étaient au rendez-vous. Forte de quinze députés, dont quatre femmes, la liste unifiée est désormais la troisième force politique à la Knesset.

Après les élections du 2 mars 2020, ces parlementaires s’étaient engagés à soutenir un gouvernement qui aurait mis fin au règne de Binyamin Netanyahou. Ayman Odeh, homme de convictions sans être agressif, était en passe de devenir une vedette de la télévision, un acteur incontournable de la vie politique israélienne. Las !

le 1er juillet, il a assisté à une conférence de presse à Ramallah organisée par le Fatah et le Hamas pour déclarer leur commune opposition aux projets d’annexion du gouvernement israélien. Ayman Odeh a justifié sa présence : « Je viens à la conférence pour soutenir les efforts de réconciliation entre les Palestiniens. La réconciliation entre les factions est une étape essentielle pour lutter contre l’annexion, mettre fin à l’occupation et parvenir à une paix juste… La division ne sert que ceux qui veulent que l’occupation continue et instaurer l’apartheid. Quiconque soutient une solution à deux États doit soutenir la réconciliation… ».

Cette présence d’un député israélien à une initiative co-organisée par le Hamas a déclenché un tonnerre de protestations du côté des partis de droite. Jusqu’ici, rien de bien surprenant.

Depuis toujours, les Arabes israéliens, quelle que soit leur tendance politique, soutiennent sans réserve les initiatives des forces politiques au pouvoir à Gaza et à Ramallah, ce qui permet au Likoud d’affirmer que leurs partis sont complices du terrorisme.

Ces dénonciations ne feront pas perdre une voix à Ayman Odeh et à ses alliés politiques. Ce sont les partis sionistes du centre-gauche qui en pâtiront. Yaïr Lapid, chef de l’opposition, qui jusqu’à présent jouait le jeu de la concertation avec les partis arabes, est, pour un certain temps au moins, obligé de prendre ses distances.

La présence du leader de la Liste unifiée à la conférence de Ramallah a rappelé à ceux qui l’avaient oublié que les responsables arabes israéliens, s’ils sont prêts à renforcer le camp des opposants à Binyamin Netanyahou, n’entendent pas pour autant abandonner leur soutien à la cause palestinienne. Ayman Odeh y a perdu son image de « bon Arabe » aux yeux du public juif, tout en confortant son leadership sur sa famille politique.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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